Dans mon édito du Mag2 Lyon de juin, j’adresse une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy où je lui conseille de lire le bouquin de son "ami" François Bayrou.
Et j’évoque un passage à mon avis essentiel mais que je ne pense pas citer en entier. Quelques lignes clef où le leader du Modem explique le danger des hommes politiques qui se positionnent comme des surhommes. Et c’est d’autant plus important dans une ville centriste comme Lyon où la tentation de certains élus qui jouent la carte de la modération, c’est de considérer que le centrisme est un positionnement dans le jeu politique alors que Bayrou propose au contraire une démarche originale. Voici la citation de ce passage extrait du chapitre de cet "Abus de pouvoir" qui éclaire tout à fait justement cette démarche :
"Je suis comme tout le monde admiratif de l’inlassable énergie que déploie Nicolas Sarkozy. A vrai dire, je détesterais courir comme il le fait, sauter d’un sujet à l’autre, péremptoire et provocateur (...), assénant sur le ton de l’évidence des vérités provisoires.
Je détesterais et de toute façon, j’en serai incapable. Nicolas Sarkozy aime se mettre en scène comme un surhomme. Une telle suractivité, je ne sais pas si cela correspond à une disposition naturelle ou au surrégime... Mais je suis sceptique. (...) Je veux bien admettre que mes doutes sont provinciaux. En tout cas, ça ne m’épate pas. Et même je trouve cela dangereux, pour lui et pour nous, d’avoir un président qui flirte constamment avec le surrégime. Si j’ai une conviction à propos de la fonction présidentielle, c’est qu’un peuple comme le notre avec son histoire, sa profondeur, n’a surtout pas besoin de quelqu’un qui se croit un surhomme et veuille faire croire aux autres qu’il serait un surhomme.
Je vais plus loin : le peuple de France avec ses quinze siècles d’existence (...) a tout à redouter des surhommes. Il sait où l’ont conduit les surhommes. Il y a laissé beaucoup de plumes et beaucoup de fils. Il n’a pas besoin de surhomme : il a besoin dans cette fonction de gens normaux, sages si possible, qui soient capables de penser non pas plus vite (...) mais plus profond. Un président ou une présidente qui voit plus loin que le bout de son nez, que le prochain Vingt Heures, que le prochain sondage et qui de surcroît lui fiche la paix. Qui le laisse vivre, respirer, réfléchir, se forger une opinion sans qu’on lui en assène une, toute faite, dans l’excitation d’un discours de plus. (....)
Le pire c’est que cette idée absurde du président qui fait tout, tombe pile dans le défaut, dans la faiblesse du peuple français. Il y a des années que c’est notre tentation nationale : avoir au-dessus de nous quelqu’un qui va résoudre tous les problèmes à notre place (...) C’est une faiblesse dangereuse parce qu’elle porte à sacrifier, je jour venu, l’homme providentiel qui a cessé de plaire. C’est une faiblesse surtout parce qu’elle empêche ce peuple de citoyens de se saisir lui-même, en toute connaissance de cause, le chemin qui lui permettra de s’en sortir et de s’y tenir."
Magistral, non ? Une certitude, cet "Abus de pouvoir" de François Bayrou est un livre fondateur (édition Plon). Non parce qu’il propose un programme miracle. Mais parce qu’il explique tranquillement sa démarche. Une démarche d’avenir, avec ou sans Bayrou.
Lire l’analyse de Philippe Brunet-Lecomte dans le numéro de juin du Mag2 Lyon. En vente chez votre marchand de journaux à partir du vendredi 29 mai.


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