Deux nouveaux cas de grippe porcine ont été confirmés jeudi à Lyon. Interview choc de Bruno Lina, spécialiste français de la grippe.
On s’est affolés pour rien sur la grippe porcine ?
Bruno Lina : Non, on n’est qu’au début de la pandémie, donc le risque n’est pas du tout écarté. Au contraire. On va assister à des vagues d’épidémies et la pandémie, c’est-à-dire son extension géographique, va durer neuf mois. Alors qu’aujourd’hui, on n’en est qu’à quatre semaines !
Ce qui va se passer dans les prochains mois ?
Je n’ai pas de boule de cristal et le virus influenza est franchement imprévisible. Malgré tout, on essaie de prévoir. D’abord, les foyers de contagion devraient être de plus en plus importants dans l’hémisphère Sud où l’hiver s’installe. Avec des cas d’importation en Europe, c’est-à-dire des personnes en voyage infectées dans ces pays touchés. Ça, c’est pour cet été. Mais on ne sait pas si cette première vague pandémique sera importante ou pas.
Et quand la France sera-t-elle touchée ?
Cet automne. C’est presque inévitable car le virus de la grippe prospère à l’approche de l’hiver. Tout ce qu’on peut faire, c’est donc se préparer pour contenir cette épidémie. Avec des conseils de base : il faut se laver régulièrement les mains, ce qui est vraiment très important.
Le plus important, c’est surtout d’avoir un vaccin !
Tout est mis en œuvre pour que le vaccin soit prêt à l’automne. Mais c’est un processus un peu long. Il faut identifier le virus, ce qui est fait. Puis le modifier pour qu’il entre dans une dose. Enfin, les industriels, comme Sanofi à Lyon, vont fabriquer des centaines de millions de doses. Résultat, les premiers vaccins devraient être disponibles à la fin de l’été ou au début de l’automne.
Il y aura assez de doses pour tout le monde ?
Non, les laboratoires devraient produire 400 millions de doses pour le monde entier. Il n’est donc pas possible d’en réserver 65 millions uniquement pour la France, même si une commande de 50 millions a été passée. Surtout si la mortalité est plus importante dans d’autres pays, comme en Afrique. Il y aura donc des priorités.
Qui seront les personnes prioritaires ?
Les personnels soignants bien sûr. Mais aussi les salariés des services essentiels : gaz électricité, sécurité, tours d’aéroport, centrales nucléaires... Car le problème majeur, ce ne sont pas les morts, mais les malades. Ça peut sembler cynique mais il y a un risque social majeur quand on a trop de malades qui ne travaillent plus et qui doivent être pris en charge. Car ça désorganise le pays.
Et pour les personnes qui ne seront pas vaccinées ?
Il y a toujours les antiviraux qui réduisent la transmission de la maladie et la mortalité. Donc on projette de mettre tout le monde sous traitement au moment de la pandémie. Mais rassurez-vous, au final, il y aura plus de survivants que de morts !
Vous prévoyez combien de morts ?
On estime qu’un tiers des six milliards d’habitants de la planète vont être touchés par cette grippe porcine. Avec une mortalité de 1 pour 1 000. On peut donc estimer, sans faire de catastrophisme, que 2 millions de personnes vont mourir dans le monde. Ce sera le tarif minimum si on ne vaccine pas. Sachant que la grippe saisonnière fait 500 000 morts par an... Et que certains refusent encore le vaccin.
Et si on vaccine contre la grippe porcine ?
C’est impossible à dire. Tout dépendra de l’efficacité du vaccin qui n’est pas encore connue.
Le virus peut muter ?
Oui, il pourrait par exemple s’allier au virus aviaire. Ce scénario est peu probable mais pas impossible. En tout cas, ce serait un scénario catastrophe. Car le H5N1, celui de la grippe aviaire qui n’est pas encore adapté à l’homme, est extrêmement agressif avec un taux de mortalité de 60 %. Or si un homme venait à attraper les deux virus en même temps, il pourrait permettre des échanges génétiques, donc une virulence accrue du virus porcin qui se transmet très facilement.
Les personnes les plus à risque ?
De façon générale, la grippe touche 10 fois plus les enfants que les personnes âgées. Mais pour la grippe saisonnière, les plus jeunes n’ont pas de mal à s’en remettre contrairement aux plus de 65 ans qui font face à un risque vital. En revanche, pour la grippe porcine, les sujets jeunes sont tout aussi concernés.
Il faut se faire vacciner contre la grippe classique ?
Oui, bien sûr. Car la grippe saisonnière va comme chaque année s’installer dans l’hémisphère Nord et tuer des malades. Mais ce vaccin ne protège absolument pas contre la grippe porcine qui est un autre virus !
Vous n’avez pas l’impression d’en rajouter sur le danger ?
De toute façon, les scientifiques auront forcément tort. Si la pandémie est maîtrisée grâce à des actions de prévention, on nous reprochera d’avoir été catastrophistes et d’avoir crié au loup. Si la situation est pire que prévu, on nous reprochera de ne pas avoir fait ce qu’il fallait. Donc on sera des incapables dans les deux cas !
Vous êtes inquiet ?
Non, je suis vigilant. Je sais qu’il y aura une pandémie mais je ne sais pas quand, ni de quelle ampleur. C’est exactement comme un tremblement de terre à San Francisco. On a quelques secousses, tous les experts sont d’accord pour dire qu’il y aura un séisme mais on ne sait pas à quelle date. En attendant, on construit des bâtiments antisismiques. C’est exactement pareil pour une pandémie. On met en place des plans de prévention qui coûtent cher mais qui réduiront la mentalité le moment venu. Donc moi, je ne suis pas inquiet.
Propos recueillis par
Maud Guillot



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