Vice-président du Grand Lyon, le Modem Gilles Vesco refuse de rejoindre les centristes élus sur les listes UMP aux élections municipales. Et il estime que le centre lyonnais doit aujourd'hui faire un bilan des années Mercier.
Pourquoi vous refusez de créer un groupe Modem unique au Grand Lyon ?
Gilles Vesco : Parce qu’il n’est pas question pour moi de rejoindre des sarkozystes comme Christophe Geourjon qui ont été élus sur les listes UMP aux élections municipales de 2008. C’est leur liberté d’avoir des convictions droitistes. Mais pour moi, elles sont incompatibles avec les valeurs démocrates du Modem.
Parce que vous, vous n’avez pas trahi le Modem en vous présentant avec les listes de gauche de Gérard Collomb ?
Non. J’ai adhéré, tout comme Thomas Rudigoz et Eric Desbos, au programme de Gérard Collomb car ses propositions étaient en accord avec les convictions démocrates du Modem.
Mais au nom de quoi Christophe Geourjon serait moins centriste que vous ?
Je crois qu’il faut clarifier les termes. Aujourd’hui, ceux qui s’affirment centristes comme Christophe Geourjon sont en fait le plus souvent des élus de centre-droit. C’est pour cela que je préfère parler de démocrates pour le Modem. Mais ce qui me gène, c’est que la direction départementale actuelle du Modem met beaucoup plus la pression sur les élus qui travaillent avec Collomb comme moi, que sur les centristes qui travaillent avec l’UMP.
Pourquoi il y aurait un tel déséquilibre ?
Parce qu’au fond, la direction départementale du Modem est aujourd'hui plutôt de droite. Moi, j'ai adhéré au centre en 1989. Alors on ne va pas me raconter d’histoire. Exemple : Cyrille Isaac-Sibille militait aux élections législatives de 2002 avec sa mère, la très milloniste Bernadette Isaac-Sibille qui se présentait à l’époque contre la centriste Anne-Marie Comparini. Quant à Eric Lafond, il ne faut pas oublier que ses listes Participation citoyenne ont été montées au départ avec des chabertistes. Enfin, Anne Pellet a soutenu l’UMP Emmanuel Hamelin au second tour de l’élection législative de 2007.
Vous n’avez pas peur d’être sanctionné par la commission nationale de contrôle saisie par Cyrille Isaac-Sibille pour régler votre cas ?
Non. Cette commission est présidée par François-Xavier Peretti qui travaille à Aix-en-Provence avec le PS. Alors pourquoi nous reprocherait-il de le faire à Lyon ? Mais je préférerais qu’on se pose les vraies questions en tirant notamment un bilan des années Mercier à la tête du centre lyonnais.
Quel bilan vous tirez de ces années Mercier ?
Le bilan de Michel Mercier est catastrophique. Le centre a perdu la mairie, le Grand Lyon et le conseil régional. Et il tient de justesse le conseil général. Pourtant, quand j’ai adhéré il y a 20 ans à l’UDF, Michel Mercier contrôlait le conseil général avec les seuls élus centristes. Aujourd’hui, il a besoin de l’UMP. Et encore, sa majorité est fragile.
Mais il est quand même entré au gouvernement...
C’est une réussite personnelle mais il a été le fossoyeur de sa famille politique. Les seuls personnalités qu’il a fait émerger, c’est Jean-Loup Fleuret et Christophe Geourjon ! Un peu juste quand même. Et pour représenter le centre sur la liste UMP aux élections européennes, il a du aller chercher Damien Abad, dans le Tarn. Je ne le connais pas. Il a sans doute plein de qualités. Mais c'est un aveu d’impuissance quand même qu'il n'y ait pas une figure lyonnaise du centre. En revanche, Michel Mercier a coulé la candidature d’Anne-Marie Comparini puis celle d’Azouz Begag pour les élections municipales de 2008 à Lyon, ce qui a empêché le Modem d’avoir une liste autonome crédible.
Pourquoi un centriste ne pourrait pas participer à un gouvernement UMP ?
Quand on adhère aux valeurs sarkozystes, on trahit ses valeurs démocrates. On n'est peut-être de centre-droit mais pas Modem. D’ailleurs, à une époque, dans les premières réunions internes du Modem, Michel Mercier critiquait lui-même les tendances "liberticides" de Sarkozy... Mais il avait quand même demandé à François Bayrou de me suspendre juste parce que j’avais osé dire que Gérard Collomb était un type bien. Cette réaction était révélatrice des tendances droitistes de Mercier. Aujourd’hui, on n’a plus de doute. Ses proches, notamment Christophe Geourjon, doivent donc à leur tour clarifier leur position. Ils ne peuvent pas revendiquer une étiquette Modem anti-sarko avec François Bayrou au niveau national tout en étant franchement sarkozystes à Lyon. Ils se sont quand même organisés en inter-groupe avec l’UMP, publient des communiqués communs...
Comment le centre lyonnais peut s’en sortir ?
François Bayrou doit intervenir à Lyon pour remettre tout à plat. Pour inciter ces sarkozystes à rejoindre carrément l’UMP et nous aider à construire un groupe Modem avec des élus fidèles aux valeurs démocrates.



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