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Tribune | Gérard Collomb “De la social-démocratie à la social-écologie” |

23/07/2009

Gérard Collomb “De la social-démocratie à la social-écologie”

Pour le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb, l’avenir appartient au PS s’il sort enfin de ses schémas passéistes. Tribune publiée dans Mag2 Lyon de juillet 2009

“On ne gagne jamais aucune élection sur une simple posture d’opposition, mais sur la capacité à incarner un projet porteur d’espoir. C’est parce qu’il a su apparaître ainsi, que Daniel Cohn-Bendit a obtenu un tel score. Beaucoup d’électeurs de gauche mais également du centre ont pensé qu’il était le seul à parler vraiment d’Europe, à défendre un projet européen crédible, capable de répondre à la crise économique actuelle, mais aussi à la crise plus profonde qui se profile derrière elle : la crise écologique. Sur ces bases, il a fédéré des couches sociales diverses qui ont reconnu chez lui leurs propres interrogations et inquiétudes sur le devenir du monde. A contrario le Parti Socialiste, qui avait su incarner un projet de modernité dans les années 70-80, est apparu accroché à des schémas passéistes, incapable d’être en prise avec la société actuelle.


Pourquoi une telle crise du PS ?


Tout simplement parce que, plutôt que d’explorer l’avenir, il vit encore largement dans une nostalgie des mythes anciens. Certains s’accrochent encore à une sorte de surenchère gauchiste, à la reprise d’un discours marxiste sur “la rupture avec le capitalisme”, qui ne date jamais que de….  la première révolution industrielle ! D’autres, moins rétro, rêvent des Trente Glorieuses, âge d’or où les sociaux-démocraties européennes, anglo-saxonnes notamment, étaient parvenues à réaliser une synthèse brillante entre progrès économique et progrès social dans le cadre d’Etats-Nations qui permettaient alors une régulation harmonieuse de l’économie. Ces temps – même s’ils marquèrent l’apogée de la social-démocratie – sont révolus. Nous sommes à l’heure d’une globalisation qui a bouleversé toutes les donnes du passé. Notre monde est devenu un ! Les entreprises se déploient et échangent au niveau de la planète. L’interpénétration des économies ne laisse plus guère de place à des politiques qui ne seraient élaborées que dans le seul cas de l’Etat-Nation. De nouvelles problématiques émergent : nous sommes à l’heure de l’urgence écologique qui interroge la “soutenabilité” de notre modèle de production et de consommation. Dans le même temps, les rapports sociaux ont, eux aussi, profondément changé. Elle est loin l’époque où le rapport capital/travail était l’élément structurant des classes sociales, qui ne pouvaient s’articuler qu’autour de deux blocs : bourgeoisie et prolétariat. Du côté du capital, les choses sont devenues plus complexes et aujourd’hui le pouvoir est davantage du côté des dirigeants qui s’octroient souverainement bonus, stocks options, parachutes dorés que du côté des actionnaires, pour ne pas parler de ces grands acteurs de la finance qui jouent en bourse avec l’argent des autres.
On ne saurait les confondre avec ces centaines de milliers de chefs d’entreprise de PME qui risquent chaque jour leurs biens personnels et ceux de leur famille. On ne saurait non plus les confondre avec tous ces chercheurs et créateurs qui ont décidé de se lancer dans l’innovation et sont porteurs de la France de demain. Le salariat, lui, non plus n’est plus le même. Il s’est diversifié. Les écarts salariaux se sont accrus et le fossé s’est agrandi entre ses couches supérieures et ceux qui se retrouvent tout en bas.
A l’intérieur même des couches populaires, les intérêts ne sont plus forcément communs entre inclus et exclus, salariés en CDD ou en contrat temporaire et salariés en contrat protégé, entre travailleurs européens et travailleurs d'origine immigrée, sans parler de la concurrence qui existe désormais en Europe, entre salariés de l’Ouest et salariés de l’Est. C’est à tous ces changements que les Partis sociaux-démocrates et plus généralement les progressistes doivent répondre s’ils veulent repartir de l’avant. La période pourrait être propice pour eux. Le modèle de l’ultralibéralisme qui a sous-tendu la mondialisation nous a conduits à la crise que l’on connaît. Il a donc largement fait faillite. Et ceux qui le défendaient ardemment hier, redécouvrent aujourd’hui les vertus de l’Etat, ou le besoin de régulation économique. Il y  a donc un boulevard pour une pensée de gauche, à condition que les partis sociaux-démocrates et le  PS changent de logiciel, pour l’adapter, enfin, à la réalité des temps modernes. Cela suppose d’abord que nous ayons pleinement conscience que c’est seulement à un niveau européen que nous pourrons construire une économie capable de répondre aux défis posés par les Etats-Unis ou les pays émergents. C’est à ce niveau-là qu’il nous faut définir des politiques de formation supérieure, promouvoir des politiques de création et d’innovation afin de construire cette économie de la connaissance, seule susceptible de nous donner la compétitivité et donc la capacité de pouvoir, sur le long terme, soutenir notre modèle social.
Cette progression vers une réelle unité économique de l’Europe ne se fera pas sans une harmonisation sociale très rapide entre les pays de l’Europe de l’Ouest et de l’Europe de l’Est, de manière à éviter que les politiques de dumping social ou fiscal n’apparaissent comme les seules viables pour les nouveaux entrants. Si l’Europe parvient à se construire ainsi, alors, selon le vœu des progressistes du monde, elle pourra plaider plus fortement pour de nouvelles règles économiques mondiales, de nouvelles normes prudentielles vis-à-vis du système financier. Elle pourra faire en sorte que des institutions comme le FMI reviennent à leur mission initiale : assurer une parité équitable entre les monnaies, assurer le rôle de régulateur de l’économie mondiale en intervenant pour juguler les crises locales avant qu’elles ne se répercutent sur d’autres pays, pour assurer enfin la croissance de l’économie mondiale.


Cette croissance, elle devra être plus équitablement répartie entre tous les pays, elle devra surtout reposer sur un autre modèle !


Les bases de l’économie actuelle ne permettent plus, nous le savons, une croissance durable, avec une consommation sans limite des énergies fossiles et des autres ressources naturelles, une émission de plus en plus forte des gaz à effets de serre, une déforestation de plus en plus poussée des grandes réserves naturelles de la planète, l’achat de terres par les pays riches pour mettre en œuvre une agriculture intensive épuisant les sols tout en poussant les populations locales à la famine… Tout cela, il convient de le remettre en cause. Et ce serait un beau challenge que de faire émerger un camp progressiste mondial sur ces sujets lors du sommet de Copenhague. Car c’est sur de telles bases que la social-démocratie se transcendera dans une pensée social-écologique qui conservera le meilleur de ses traditions (la volonté d’assurer une plus grande égalité, une plus grande justice sociale), tout en sachant se mettre à l’heure de la mondialisation, à l’heure de la sauvegarde de la planète. Si le PS est capable demain de mener cette révolution culturelle, il ne s’enfermera plus alors dans le choc des petites ambitions internes. Il retrouvera un souffle, un élan, qui lui permettront de rassembler sur sa gauche comme sur sa droite. Et il renouera enfin avec la victoire.”

Commentaire

Jean

Bien vu Battling, toujours de bons arguments. Mêmes entre sociaux démocrates.

Natacha

Pas d'accord avec Julie. Aller faire un petit tour à Paris ou Marseille et vous verrez si ces villes bougent autant et avec quelle méthode. Si Collomb a été aussi largement réélu, c'est que la réalité est assez loin des bons mots.

Julie69

Sans parler de la social-démagogie chère à notre sénateur-maire

Battling

L'électorat est extrêmement volatile. Voilà tout. Nous en serons bientôt à des élections avec uniquement 1/3 du corps électoral possible qui acceptera de se déplacer pour voter. Les gagnants des élections d'aujourd'hui et de demain se sentiront de plus en plus seuls. Après la défaite, quel que soit le camp concerné, on analyse les résultats à la lumière de son "désir d'avenir". Et je ne partage pas l'analyse présentée... Sur la société, ce qui m'importe c'est la disparition des classes moyennes et l'arrêt brutal de l'ascenseur social plus que tout autre chose. La fin de l’espérance pour ses enfants d’un meilleur avenir. En matière économique, je suis stupéfait par l'explosion du surendettement en France et la faiblesse structurelles des banques à financer l'innovation dans sa diversité. Je suis dramatiquement étranger à cette frénésie de béton à la lyonnaise, où l’on surconstruit en densifiant sans optimiser l’existant. Où l’on fait un stade contre l’avis des populations locales et de leurs représentants. Où l’on blinde Lyon de surfaces commerciales (Carré de Soie, Ol Land, Puisoz) qui vont avoir du mal à trouver des clients solvables. La société « écologique » ne doit elle point privilégier l’optimisation plutôt que la sur-contruction / consommation ? L’inverse de ce que l’on déclame finalement ? La société de la connaissance est sympathique si elle ne coûte point cher et si l’on coupe le ruban souvent : un peu partout en Europe on réduit comme peau de chagrin les budgets et les postes alloués à la R&D au profit des activités qui ont une incidence directe sur l’emploi. En France comme à Lyon, le combat est le même : « la relance de la société d’hier ». Partout les dirigeants affichent leurs convictions qu’aucunement ils ne traduisent en acte. Gérard Collomb ne fait point exception.

Forces Françaises libres

Encore une fois BEBER, il ne s'agit pas là d'une critique quand à sa gestion de la ville de Lyon ou il fait bon vivre et je partage ton point de vue sur le sujet, mais gérer le local n'a rien avoir avec appliquer une politique au niveau national.

Beber

Collomb essaye d'avoir une politique tout à la fois économique, écologique, sécuritaire, sociale... Ce qui nécessite des arbitrages. Si vous quittez vos lorgnons lyonnais pour voir Lyon depuis l'Europe, vous constaterez que c'est une ville qui est en pointe pour l'environnement, en avance sur Paris, et avec des méthodes plus démocratiques. La Duchère est aussi cité comme un exemple de rénovation urbaine. Pour le Grand Stade, Collomb doit penser que c'est bien pour le rayonnement de Lyon. Même si j'ai autant de doutes que vous sur son emplacement et la méthode employée,je trouve ridicule de le confondre avec un néo libéral même s'il est clairement plus centriste que socialo aujourd'hui.

Dada

En clair le PS comme la droite bien sûr est tombé dans le chaudron du néo libéralisme, Collomb est en plein dedans, c'est probablement ce qu'il appelle le changement.Rendre les riches toujours plus riches, voilà sa démarche,les pauvres auront les miettes,de quoi se plaignent-ils? Quand il parle d'écologie il n'est pas crédible( voir la connerie de grand stade) En voilà un qui n'a pas peur de dire une chose et de faire son contraire.Il y aurait beaucoup à dire sur ce grand démocrate Collomb. A cause de gens comme lui,le PS se perd, s'enfonce, et sombre!Le PS n'arrête pas de se renier et chaque fois qu'il se renie un peu plus, on parle de changement,de rénovation et autres mots creux qui pour le simple militant passent pour du Verlaine!!

FFL

A Beber. Il ne s'agit pas là de discours lié à la mairie de Lyon... Dans ce "blog" M. Collomb semble avancer un point de vue de politique générale, une sorte de programme électorale pro Valls, Royale, ou lui même. Il est facile de voir clair en leur tactique, démolir la gauche, ou alors en devenir le leader mais en appliquant une politique de droite tout en se disant à gauche, un peu comme en Israël ou la gauche d'hier est devenue la droite modérée et la droite d'hier est devenue exttrême droite comme Libermann. C'est cette glissade insidieuse et savamment orchestrée à mon sens depuis 1983 que je dénonce, depuis que M. Fabius est devenu 1er ministre de Mitterand. La preuve, M. Fabius qui, si ma mémoire est bonne, avait pris pour mesure la défiscalisation lorsque l'on achète des oeuvres d'art (sacrée idée de gauche), passait à l'époque pour l'aile droite du PS, voulait nous faire croire lors des primaires qu'il représentait l'aile gauche du PS. De plus Beber, ta technique pour décrédibiliser les commentaires est digne des grands médias Sarkosiens. En premier lieu, tu mets en doute les capacités intelectuelles de Savonarole et en deux tu dis déceler de l'énervement. Donc si l'on est pas d'accord l'on est forcément extrêmiste, dangereux et écervelé. Bien rôdé cette tactique mais ça commence à se voir. Quand à @savonarole, puisque Savonarole critique Collomb, c'est qu'il est de droite??? Je ne pense pas que cela soit le cas ni même que Collomb fasse consensus à gauche.

Beber

C'est étonnant comme une pensée exprimée avec mesure déchaîne tant d'énervement. Certes, Collomb fait d'abord un constat puis trace des perspectives qui ne vont pas enflammer les foules. Mais qu'est-ce que vous préférez ? Des Michel Noir qui se prennent pour des Kennedy du dimanche alors qu'ils sont toc ?

Forces Françaises Libres

D'accord avec Savonarole. C'est un discours qui sonne creux avec de grandes idées, une vision, et une pointe d'écologie due au fait de la dernière poussée (ce n'est pas un mal) de ceux-ci aux dernières élections. Se mettre à l'heure de la mondialisation en conservant une grande égalité, une plus grande justice sociale? La mondialisation puisqu'elle et générée par les grandes firmes internationales n'a aucun intérêts à harmoniser une justice sociale, ou alors elle le fera par le bas comme le préconisait le projet de constitution européenne que les français ont rejetté à plus de 55%, mais que l'on nous a fait passé par décret. Bel exemple de démocratie qui a fait certainement que près de 60% des gens ne sont pas allés voter puisque leur vote n'est pas entendu!!! Voilà un bel exemple de comment cette mondialisation "harmonise" ou l'on pourrait dire érode la souveraineté des peuples, des ETATS NATIONS, comme M. Collomb semble dire qu'ils deviennent inexistants. C'est en effet le cas lorsque la classe politique dans un presque consensus (M. Collomb en était ausi)nie la volonté exprimée du peuple. M. Collomb semble nous dire qu'il ne sert plus à rien de lutter contre une globalisation dévastatrice mais qu'il faut tout faire pour l'accompagner à moindre mal. Je trouve ce discours mièvre sans grande force pour sécuriser entreprises comme salariés contre ce NEW WORLD ORDER qui a pour but l'hégémonie de grands groupes franchisés avec des salariés aux couleurs de leurs corporations. Je tiens à préciser que je ne suis pas communiste, je considère l'entreprise comme élément central de notre société, et considère aussi que la consommation ne peut se maintenir que lorsque les gens consomment sur leur salaire (et pas à crédit) avec stabilité de l'emploi. Ceci n'est possible qu'en maintenant des régulations du travail protectrices des salariés qui sont par leur consommation le fond de roulement de notre société. Les idées de M. Collomb (qu'il qualifie lui mêmes de progressistes) ne sont ni plus ni moins que libérales. M. Collomb devrait rejoindre l'UMP. Il n'a de gauche que le nom. Au fait, une étude d'il y a quelques années montrait que le retour sur investissement était (en europe) au plus haut en grande-bretagne et en france. Comme quoi ce n'était ni la présence d'une forte régulation du travail et d'une imposition qui empêchait la réussite.
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