Pour le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb, l’avenir appartient au PS s’il sort enfin de ses schémas passéistes. Tribune publiée dans Mag2 Lyon de juillet 2009
“On ne gagne jamais aucune élection sur une simple posture d’opposition, mais sur la capacité à incarner un projet porteur d’espoir. C’est parce qu’il a su apparaître ainsi, que Daniel Cohn-Bendit a obtenu un tel score. Beaucoup d’électeurs de gauche mais également du centre ont pensé qu’il était le seul à parler vraiment d’Europe, à défendre un projet européen crédible, capable de répondre à la crise économique actuelle, mais aussi à la crise plus profonde qui se profile derrière elle : la crise écologique. Sur ces bases, il a fédéré des couches sociales diverses qui ont reconnu chez lui leurs propres interrogations et inquiétudes sur le devenir du monde. A contrario le Parti Socialiste, qui avait su incarner un projet de modernité dans les années 70-80, est apparu accroché à des schémas passéistes, incapable d’être en prise avec la société actuelle.
Pourquoi une telle crise du PS ?
Tout simplement parce que, plutôt que d’explorer l’avenir, il vit encore largement dans une nostalgie des mythes anciens. Certains s’accrochent encore à une sorte de surenchère gauchiste, à la reprise d’un discours marxiste sur “la rupture avec le capitalisme”, qui ne date jamais que de…. la première révolution industrielle ! D’autres, moins rétro, rêvent des Trente Glorieuses, âge d’or où les sociaux-démocraties européennes, anglo-saxonnes notamment, étaient parvenues à réaliser une synthèse brillante entre progrès économique et progrès social dans le cadre d’Etats-Nations qui permettaient alors une régulation harmonieuse de l’économie. Ces temps – même s’ils marquèrent l’apogée de la social-démocratie – sont révolus. Nous sommes à l’heure d’une globalisation qui a bouleversé toutes les donnes du passé. Notre monde est devenu un ! Les entreprises se déploient et échangent au niveau de la planète. L’interpénétration des économies ne laisse plus guère de place à des politiques qui ne seraient élaborées que dans le seul cas de l’Etat-Nation. De nouvelles problématiques émergent : nous sommes à l’heure de l’urgence écologique qui interroge la “soutenabilité” de notre modèle de production et de consommation. Dans le même temps, les rapports sociaux ont, eux aussi, profondément changé. Elle est loin l’époque où le rapport capital/travail était l’élément structurant des classes sociales, qui ne pouvaient s’articuler qu’autour de deux blocs : bourgeoisie et prolétariat. Du côté du capital, les choses sont devenues plus complexes et aujourd’hui le pouvoir est davantage du côté des dirigeants qui s’octroient souverainement bonus, stocks options, parachutes dorés que du côté des actionnaires, pour ne pas parler de ces grands acteurs de la finance qui jouent en bourse avec l’argent des autres.
On ne saurait les confondre avec ces centaines de milliers de chefs d’entreprise de PME qui risquent chaque jour leurs biens personnels et ceux de leur famille. On ne saurait non plus les confondre avec tous ces chercheurs et créateurs qui ont décidé de se lancer dans l’innovation et sont porteurs de la France de demain. Le salariat, lui, non plus n’est plus le même. Il s’est diversifié. Les écarts salariaux se sont accrus et le fossé s’est agrandi entre ses couches supérieures et ceux qui se retrouvent tout en bas.
A l’intérieur même des couches populaires, les intérêts ne sont plus forcément communs entre inclus et exclus, salariés en CDD ou en contrat temporaire et salariés en contrat protégé, entre travailleurs européens et travailleurs d'origine immigrée, sans parler de la concurrence qui existe désormais en Europe, entre salariés de l’Ouest et salariés de l’Est. C’est à tous ces changements que les Partis sociaux-démocrates et plus généralement les progressistes doivent répondre s’ils veulent repartir de l’avant. La période pourrait être propice pour eux. Le modèle de l’ultralibéralisme qui a sous-tendu la mondialisation nous a conduits à la crise que l’on connaît. Il a donc largement fait faillite. Et ceux qui le défendaient ardemment hier, redécouvrent aujourd’hui les vertus de l’Etat, ou le besoin de régulation économique. Il y a donc un boulevard pour une pensée de gauche, à condition que les partis sociaux-démocrates et le PS changent de logiciel, pour l’adapter, enfin, à la réalité des temps modernes. Cela suppose d’abord que nous ayons pleinement conscience que c’est seulement à un niveau européen que nous pourrons construire une économie capable de répondre aux défis posés par les Etats-Unis ou les pays émergents. C’est à ce niveau-là qu’il nous faut définir des politiques de formation supérieure, promouvoir des politiques de création et d’innovation afin de construire cette économie de la connaissance, seule susceptible de nous donner la compétitivité et donc la capacité de pouvoir, sur le long terme, soutenir notre modèle social.
Cette progression vers une réelle unité économique de l’Europe ne se fera pas sans une harmonisation sociale très rapide entre les pays de l’Europe de l’Ouest et de l’Europe de l’Est, de manière à éviter que les politiques de dumping social ou fiscal n’apparaissent comme les seules viables pour les nouveaux entrants. Si l’Europe parvient à se construire ainsi, alors, selon le vœu des progressistes du monde, elle pourra plaider plus fortement pour de nouvelles règles économiques mondiales, de nouvelles normes prudentielles vis-à-vis du système financier. Elle pourra faire en sorte que des institutions comme le FMI reviennent à leur mission initiale : assurer une parité équitable entre les monnaies, assurer le rôle de régulateur de l’économie mondiale en intervenant pour juguler les crises locales avant qu’elles ne se répercutent sur d’autres pays, pour assurer enfin la croissance de l’économie mondiale.
Cette croissance, elle devra être plus équitablement répartie entre tous les pays, elle devra surtout reposer sur un autre modèle !
Les bases de l’économie actuelle ne permettent plus, nous le savons, une croissance durable, avec une consommation sans limite des énergies fossiles et des autres ressources naturelles, une émission de plus en plus forte des gaz à effets de serre, une déforestation de plus en plus poussée des grandes réserves naturelles de la planète, l’achat de terres par les pays riches pour mettre en œuvre une agriculture intensive épuisant les sols tout en poussant les populations locales à la famine… Tout cela, il convient de le remettre en cause. Et ce serait un beau challenge que de faire émerger un camp progressiste mondial sur ces sujets lors du sommet de Copenhague. Car c’est sur de telles bases que la social-démocratie se transcendera dans une pensée social-écologique qui conservera le meilleur de ses traditions (la volonté d’assurer une plus grande égalité, une plus grande justice sociale), tout en sachant se mettre à l’heure de la mondialisation, à l’heure de la sauvegarde de la planète. Si le PS est capable demain de mener cette révolution culturelle, il ne s’enfermera plus alors dans le choc des petites ambitions internes. Il retrouvera un souffle, un élan, qui lui permettront de rassembler sur sa gauche comme sur sa droite. Et il renouera enfin avec la victoire.”


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