Grand vainqueur des européennes, Daniel Cohn-Bendit analyse pour Mag2 Lyon les résultats de sa liste à Lyon avec au passage quelques conseils aux Verts pour les prochaines élections régionales...
Quelles leçons tirer du bon score des écologistes à Lyon ?
Daniel Cohn-Bendit : Je crois que les électeurs ont été sensibles à notre campagne européenne sur la transformation écologique de nos modes de vie. Certains socialistes semblent croire que c’est un succès éphémère. C’est complètement idiot. Même s’il faut être très prudent dans l’interprétation locale des résultats d’une élection européenne.
Un maire écologiste à Lyon, ça vous semble possible ?
Naturellement. Quand on fait 23,6 % à Lyon et même 27,5% à Paris, cela justifie au minimum des discussions très sérieuses sur la représentation des écologistes dans une majorité ! Le PS doit bien sûr tenir compte de ces élections européennes. D’ailleurs, à Stuttgart, en Allemagne, où on a voté le même jour pour les élections municipales, les Verts sont devenus le premier groupe politique à la mairie.
Mais qu’est-ce qu’un maire écologiste ferait de mieux que Gérard Collomb ?
La lutte contre la dégradation climatique serait sa priorité. C’est très important car les villes sont aujourd’hui un des principaux piliers de la lutte pour les économies d’énergie. Avec l’isolation des bâtiments anciens, la construction de bâtiments à basse consommation, voire de maisons passives qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment...
Gérard Collomb a déjà lancé les Vélo’V, construit les immeubles du Confluent en haute qualité environnementale...
Oui, mais les Vélo’V, c’est bien beau ! Je ne dis pas que les Vélo’V, c’est gadget. Mais c’est une infime partie de la transformation écologiste nécessaire dans une grande ville comme Lyon. Quant au HQE, il faut aller beaucoup plus loin en suivant l’exemple de Fribourg et de ses éco-quartiers.
Qu’est-ce que doivent faire les Verts pour se faire entendre du PS ?
La base, pour bien négocier, c’est de représenter une force politique conséquente. Ce qui passe par la présentation d’une liste autonome aux élections régionales de 2010. Forcément ! Car l’autonomie est la condition sine qua non pour renforcer l’écologie politique.
Le PS pense que les Verts feront moins bien aux élections régionales qu’aux européennes et qu’ils feraient mieux d’accepter une liste d’union dès le 1er tour...
C’est un risque à prendre. Et c'est la vie ! Que le PS prenne aussi le risque de compter sans nous ! En fait, les socialistes n’ont pas encore compris le message de ces élections européennes. Ils essayent encore du rafistolage. Mais si leur seule réponse, c’est de proposer deux postes d’adjoints de plus aux Verts, c’est qu’ils n’ont rien compris.
D’autres leçons à tirer de ces élections européennes pour les régionales ?
Le modèle social-démocrate est en panne sèche en Europe. C’est ce qui explique le succès de notre liste aux Européennes. Maintenant, les Verts doivent concurrencer le PS en présentant un projet de transformation écologiste de la région Rhône-Alpes pour vivre mieux avec une relance intelligente et moderne de l’économie. Les écologistes doivent mettre les socialistes au défi de l’imagination !
Mais les écologistes sont surtout crédibles sur l’environnement...
On a justement montré avec Europe Ecologie que notre programme était également solide sur l’économie et le social avec un projet cohérent. Il faut aujourd’hui réinterpréter la région comme nous, on a réinterprété l’Europe. Mais le préalable, c’est de conserver cette dynamique du rassemblement qui a permis le succès d’Europe Ecologie.
Etienne Tête vous reproche d’avoir un peu trop caché le logo des Verts...
Premièrement, c’est faux. Deuxièmement, je connais Etienne et il n’est pas non plus tombé sur la tête. Il a vu les scores d’Europe Ecologie et il a bien compris l’intérêt de conserver cette culture du rassemblement au niveau des régions.
Quelle méthode les Verts doivent adopter pour réussir ce rassemblement ?
Nous avons justement plusieurs rendez-vous dans les mois qui viennent : le rassemblement d’Europe Ecologie à Paris début juillet, les journées d’été des Verts en août, les Etats-généraux de l’écologie à l’automne... Ce qui va déboucher sur des assises régionales de l’écologie où nous définirons ensemble une méthode.
Les Verts de la région seront vraiment capables de rassembler les écologistes comme vous l’avez fait aux élections européennes ?
Leur réussite dépend d’abord d’eux-mêmes ! Mais je suis optimiste. Car ils ont été très impressionnés par le score d’Europe Ecologie. En tout cas moi, je suis prêt à soutenir cette liste de rassemblement écologiste aux élections régionales de 2010.
Propos recueillis par Lionel favrot - Paru dans le Mag2 Lyon de juillet-août 2009


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