Lyonnais d'origine, Jean Yoyotte, qui est mort cet été à Paris, était l’une des figures de l'égyptologie.
C'était un homme austère. Très mince, le visage allongé, les sourcils en broussaille avec des yeux immenses. Il détestait les mondanités. En revanche, Jean Yoyotte adorait l’art africain, dont il était devenu un grand collectionneur. Erudit, amoureux de la langue française, de Brassens et de Brel, il aimait déclamer des poèmes. Un sacré personnage. Un grand égyptologue. Mais aussi un caractère parfois difficile.
Une vocation précoce
Fils d’un Martiniquais ingénieur chimiste chez Rhône-Poulenc à Lyon et d’une Française d’origine bretonne, Jean Yoyotte a passé sa petite enfance dans la banlieue lyonnaise où il est né le 4 août 1927. En feuilletant un livre d’histoire de sa sœur, il tombe sur un dessin de Ramsès II. C’est le début de sa passion pour l’Egypte.
Dans les années 30, ses parents quittent Lyon pour Paris. Jean, élève au Lycée Henri IV, est doué pour le dessin. Et justement son professeur de dessin a créé un club d'égyptologie. Avec lui, Jean Yoyotte va dessiner ses premières statues de pharaons. Il ne vit plus alors que pour l’Egypte. L’aumônier de son lycée le recommande à Jacques Vandier, conservateur du département des antiquités égyptiennes au Louvre. Il n’a que 15 ans. Mais Jean Yoyotte obtient une dérogation pour s’inscrire à l’école du Louvre afin d’apprendre l’égyptien. Ce qui va lui permettre de devenir chercheur au CNRS à 22 ans seulement. Quelques années plus tard, il rejoint au Caire l’Institut français d’archéologie orientale. Et il a un véritable coup de foudre pour les Egyptiens.
Coup de génie
En 1964, Jean Yoyotte prend la succession du célèbre égyptologue Pierre Montet à la direction des fouilles de Tanis dans le Delta du Nil, où il a mis à jour plusieurs tombes de pharaons, dont une partie est aujourd’hui exposée au Musée du Louvre. Un véritable trésor. Jean Yoyotte dirige ce chantier pendant 20 ans. Des fouilles qui lui permettront d’écrire un texte révolutionnaire d’une centaine de pages définissant une nouvelle période de l’histoire de l’Egypte antique, "la troisième période intermédiaire". Démontrant que la civilisation pharaonique ne s’est pas arrêtée à la fin du Nouvel Empire et que le premier millénaire avant notre ère n’a pas été seulement une période de décadence pour l'Egypte. Mais au contraire une époque qui a permis aux Egyptiens de développer les échanges avec leurs voisins : Libyens, Phéniciens, Assyriens, Babyloniens... "Un coup de génie", estime Pascal Vernus, son disciple.
Homme de science avant tout, Jean Yoyotte n’a jamais cessé de défendre l’égyptologie contre les dérives ésotériques. Tout en étant capable de communiquer sa science au grand public. Et jusqu’à la fin de sa vie, il n'hésite jamais à aller sur le terrain.
"C'était la Ferrari de l’Egyptologie", souligne Pascal Vernus. Et la relève est assurée avec Marine Yoyotte, sa nièce, qui s’est lancée dans une thèse de doctorat sur les reines d’Egypte.
Polémiste
Jean Yoyotte s’est aussi fait connaître comme polémiste, n’hésitant pas à interpeller d’éminents collègues dans des controverses autour de la pyramide de Kheops, du phare d’Alexandrie ou de la statue de Sésostris III, achetée 800 000 euros par l’épouse de l’homme d’affaires François Pinault. Jean Yoyotte avait alors contesté l’authenticité de cette statue. La vente sera finalement annulée en janvier dernier et son vendeur condamné à rembourser Pinault.


Twitter
Facebook

Commentaire