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mercredi 08 février 2012 - 00:28
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Economie | René Ricol : “Ca en valait la peine” |

28/09/2009

René Ricol : “Ca en valait la peine”

Nommé, en octobre dernier, médiateur du Crédit par le Président de la République, le Lyonnais René Ricol dresse un bilan de sa mission qui s’achève le 30 septembre.

Le bilan que vous tirez de votre mission ?
René Ricol : Plus de 15 000 entreprises en difficulté nous ont saisis en un peu moins d’un an et on a enregistré un taux de réussite de 65 à 66 %. Cela nous a permis de contribuer à préserver plus de 140 000 emplois. Ce qui, pour moi, a toujours été la priorité.
Comment vous avez réussi à sauver ces entreprises ?
En intervenant auprès des banques pour maintenir ou débloquer près de 1,4 milliard d’euros de crédit. On a même obtenu des annulations totales de créances à hauteur de 1 milliard d’euros pour les cas de LBO. Mais pour éviter un déferlement de dossiers, on a obtenu également un engagement des banques pour qu’elles maintiennent l’enveloppe globale des concours bancaires sans augmenter les garanties personnelles.
Votre méthode ?
Sélectionner les dossiers, les étudier, écouter les chefs d’entreprises et trouver ensemble des solutions. En discutant d’abord avec les entreprises puis avec les banques. La force de la médiation, ça a été justement ce dialogue à la fois ouvert et concret. Grâce à une équipe exceptionnelle.
Ça vous est arrivé de refuser d’aider une entreprise ?
Oui, quand on sentait qu’un patron nous dissimulait la vérité, refusait de se mettre en cause et qu’il cherchait simplement à se servir de nous pour obtenir de l’argent de son banquier...
Vous n’interveniez qu’auprès des banques ?
Non, je pense qu’on a réussi à créer une chaîne de solidarité intelligente. En fait, les entrepreneurs qui font appel à la médiation du Crédit obtiennent plus que des financements, mais aussi de l’assurance-crédit, des conseils, un soutien des services fiscaux, des contacts avec des fonds d’investissement... Grâce à un numéro de téléphone unique. Un dispositif très efficace.
Pourtant, beaucoup de patrons ont l’impression que les banques ont coupé les crédits !
Ce n’est pas vrai. Et les chefs d’entreprises, qui s’estiment menacés par un refus bancaire, n’ont qu’à saisir la médiation, on essayera de trouver une solution. Mais parfois ils n’osent pas saisir la médiation. Ce qui est une erreur. Même si cette démarche est exigeante car elle impose de tout mettre à plat.
Les principales difficultés que vous avez rencontrées dans votre mission ?
En fait, je n’en ai pas vraiment rencontré. Ce qui m’a le plus étonné, c’est la mobilisation des médiateurs départementaux. Quand on a demandé à la Banque de France d’assumer cette mission, ce n’était pas gagné ! Mais j’ai été sidéré par leur engagement. On a vu des types se mettre à travailler jour et nuit, sans moyen supplémentaire. Et c’est au fond à eux qu’on doit le succès de cette médiation. Ensuite, j’ai été surpris par la réaction des banquiers de terrain qui ont vraiment joué le jeu en cherchant avec nous des solutions, en se comportant de façon responsable.
Et ça n’a pas été trop difficile de travailler avec Nicolas Sarkozy ?
Pas une seule fois, je n’ai jamais reçu une seule instruction du Président, dans le cadre d’un dossier. On a discuté bien sûr, mais il m’a donné les pleins pouvoirs et il m’a soutenu sans réserve contre ceux qui étaient hostiles à cette médiation. Ce qui a permis à notre équipe de travailler dans de bonnes conditions.
Alors pourquoi vous quittez vos fonctions fin septembre ?

Parce que j’avais annoncé dès le départ que j’assumerais cette médiation pendant un an. D’autant plus qu’avant, j’avais réalisé pour le Président une autre mission d’un an, sur la crise financière qui a débouché sur un rapport qui donnait un éclairage sur les solutions à mettre en œuvre, notamment sur le plan bancaire. La suite logique, c’était cette médiation. Mais quand je me suis engagé dans cette aventure, j’ai annoncé que je retournerais à mon vrai métier : expert-comptable. Car si vous restez trop longtemps éloigné de votre métier, vous finissez par le perdre. En plus, mon cabinet mène actuellement des réflexions stratégiques importantes auxquelles je souhaite être associé.
Cette mission vous a coûté cher sur le plan professionnel ?
Le fait de ne pas avoir été rémunéré pour cette mission était un gage d’indépendance et le chiffre d’affaires perdu par mon cabinet d’expertise comptable pour éviter les conflits d’intérêts sera, j’en suis certain, récupéré rapidement.
Au fond, pourquoi avoir accepté cette mission ?
Sauver plus de 140 000 emplois, ça en valait la peine. En fait, j’ai toujours eu besoin d’avoir une activité d’intérêt général à coté de mon activité professionnelle, ce qui fait suffisamment râler mes associés !
Avouez que vous quittez vos fonctions avant que la situation économique ne dégénère vraiment !
Certains annoncent aujourd’hui le pire, mais moi je suis de ceux qui pensent qu’on assiste au contraire à un début de reprise. Et je pense que la nouvelle phase économique exige d’autres compétences que les miennes. Moi, j’étais bon pour sauver des entreprises. Désormais, il va falloir préparer les champions de demain.
Vous êtes surtout déçu de ne pas avoir été nommé ministre !
C’est marrant, j’ai toujours dit que je ne voulais pas être ministre. Mais les rumeurs continuent à circuler. D’ailleurs depuis 20 ans, on annonce que je vais être nommé ministre, ce qui confirme la pertinence de toutes ces rumeurs qui n’engagent au fond que ceux qui les font circuler ! Si je pensais nécessaire à mon équilibre psychologique ou à mon ego d’être ministre, je ne suis pas timide et je le demanderais au Président. Peut-être même qu’il l’accepterait ! Allez savoir !
Mais la politique, ça vous a toujours tenté ?
Oui, mais c'est le travail de terrain qui m'intéresse car ça me permet d'utiliser mon expérience socioprofessionnelle.
Pourtant, il paraît que l’Elysée vous verrait bien candidat à la mairie de Lyon ?
Encore une rumeur ! Le Président, qui ne m'a jamais fait ce genre de proposition, se préoccupe plus de sortir le pays de la crise que des élections municipales qui sont lointaines. Cela ne veut pas dire que je n’aime pas Lyon qui est ma ville et que ce qui s’y passe ne m’intéresse pas.
Au fond, comment vous vous situez politiquement ?
Comme un certain nombre de Français qui sont capables de voter un jour à droite, un jour à gauche. En se déterminant sur les hommes, les programmes... Avant Nicolas Sarkozy, le seul que j’ai vraiment soutenu, c’est Raymond Barre quand il s’est présenté à l’élection présidentielle de 88. Et pour le reste, il y a des gens que je respecte dans toutes les mouvances politiques.
Mais vous avez été membre du comité exécutif de l’UMP !
C’est vrai mais sans avoir ma carte de l'UMP ! Cela dit, j’ai beaucoup d’estime pour ceux qui s’engagent en politique car c’est un job particulièrement difficile. Mon engagement à moi, c'est de soutenir Nicolas Sarkozy.
Vous avez peur de vous mouiller ?
Non, j’ai démontré dans ma vie que j’étais capable de dire franchement ce que je pensais et de m’engager. Certains s’en souviennent encore ! Ecouter les gens n’empêche pas d’être direct et même carré.
Votre malaise de cet été a compté dans votre décision de mettre fin à votre mission ?
C’est vrai que j’ai vécu cet été un épisode un peu chaud. Mais rien de grave. On ne peut pas éternellement vivre sans week-end ni vacances, travailler 15 heures par jour... Mais je suis aujourd’hui en pleine forme !
Pas de regrets ?

Aucun. Mon successeur va prendre ses fonctions à la fin du mois. Je crois que le Président de la République a fait un bon choix. Et la médiation du Crédit sera maintenue jusqu’à fin 2010, voire au-delà. De plus, je crois qu’on a réussi à renforcer le dialogue entre tous les acteurs de l’économie, notamment entre les banquiers et les patrons. Et c’est ça l’essentiel pour qu’on puisse sortir de cette crise et renforcer le dynamisme de notre économie.

Propos recueillis par Maud Guillot

Article paru dans le Mag2 Lyon de septembre

 

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