Mon cher Albert, sans le savoir tu as failli provoquer un drame chez moi au cours d'une déjeuner famillial.
Voilà pourquoi, je m'adresse à toi. Je ne te connais pas, mais mes enfants te croisent tous les jours dans le "20", le bus qui assure la liaison Vaise-Saint-Cyr et que, parait-il tu pilotes d'une main de maître. En plus, il parait que tu es très sympa. Il se trouve que j'ai six enfants (dont deux recomposés) qui prennent tous les jours le bus. Certes, j'habite une banlieue de riches, Saint Cyr au Mont d'Or, même si je ne suis propriétaire que d'une modeste cabane que j'aurai fini de payer à 82 ans, très exactement. Mais j'ai tout de même droit à un bus qui s'arrête presqu'en bas de chez moi. Un miracle. Du coup, on est tous très pro TCL. A condition qu'un de tes bus daigne passer de temps en temps. Et dans ce ghetto de riches, comme tu l'imagines, ce n'est pas la principale revendication des indigènes. Résultat, on a droit à un bus environ toutes les demi-heures, en semaine. Et à 22 h c'est fini. Ne parlons pas des week-end, bien sûr, là c'est le désert. On dirait un jour de grève ! D'ailleurs, j'aurai revendu ma voiture depuis longtemps et pris un abonnement TCL si je ne rentrais pas souvent tard chez moi, le soir.
Bref, l'autre dimanche, on était réuni dans notre cabane à crédit, pour un déjeuner familial, quand la discussion a dérapé sur les TCL. Quelques jours, après le début de la grève, c'était chaud. Très chaud. Il faut dire que pour mes enfants, ça a été "la galère", comme ils disent. Les plus jeunes, je les ai accompagnés à l'école, le matin et ma femme les a récupérés le soir. Ce qui nous permis d'apporter notre contribution aux grands embouteillages. Mais les plus vieux, on leur a imposé une solution radicale : démerdez-vous ! A pied, en stop... Du coup, la petite chorale familiale était unanime au cours de ce déjeuner domical : "Tous des connards, ces mecs des TCL !" Mes enfants, parlent très mal, mon cher Albert. Je le reconnais et j'en suis en partie responsable. Mais crois-moi, tu as ramassé toi et tes camardes. Il y en même un qui t'a traité de "sale privilégié et même de "sale bourge". Un comble quand on habite Saint Cyr même dans un cabanon ! Et un autre a même osé un "fasciste"... Et je ne te parle pas des "preneurs d'otage" et autres "terroristes". Bref j'ai tout entendu.
Et je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai pris ta défense et celles de tes potes grévistes. En lâchant tout à coup au milieu de cette discussion, une petite phrase tranchante qui a rétabli le calme quelques instants : "Quand il y a des grèves à répétition dans une entreprise, avant d'accuser les syndicats, il faut peut-être s'interroger sur le patron qui dirige la boite". Mon cher Albert, tu ne me connais pas. Il faut donc que tu saches que j'ai l'esprit de contradiction. J'en ai même fait mon métier. Du coup, quand tout le monde est unanime pour proférer de belles évidences, je me rebiffe. C'est plus fort que moi. Et là, c'était bien sûr une occasion en or. Bien sûr, ce genre de vérité sur les grèves et les patrons, j'y crois à moitié, étant moi-même patron ! Mais tout de même, je suis bien placé pour savoir que tous les torts ne sont jamais du même coté. D'ailleurs, vous emmerdez tout Lyon avec cette maudite grève alors qu'entre nous, vous n'êtes pas trop à plaindre, les gars des TCL avec vos congés à rallonge, vos horaires compact et vos primes en tout genre...
En plus, il parait que vous avez un statut de quasi fonctionnaires. Bref, je ne vais pas en rajouter comme mes enfants. Mais je dirai pour simplifier, que vous n'arrivez pas à faire pleurer le Tiers Monde. Ni même les smicards du coin. Cela dit, je reconnais, que comme mes enfants qui parlent très mal, vous avez pris de mauvaises habitudes. Car depuis des décennies, on ne vous a jamais dit la vérité. Personne n'a osé vous dire que vous viviez sur une autre planète. Et qu'aujourd'hui, une entreprise même quand elle assure un service public ne peut pas faire n'importe quoi. Tu sais combien ça coûte un ticket de bus ? 1,60 euros ! Mais en fait si on payait le vrai prix, le ticket serait au dessus de 3 euros, minimum. Et devine qui paye la différence, mon cher Albert ? Les contribuables ! Ces fantômes que visiblement toi et tes camarades, on ne vous a jamais présentés ! Bon allez, j'arrête car je sens que je vais devenir aussi réac' que mes enfants. Comme quoi, il suffit d'une "petite" grève !


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Commentaire
..."Albert"...le retour!!!
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ulysse