L’ancien président du Conseil régional est accusé d’avoir bénéficié de femmes de ménage payées par de l’argent public, alors qu’elles étaient à son service personnel.
C’est le dernier rebondissement de cette affaire qui a éclaté en octobre 2002 suite à une plainte d’Etienne Tête, conseiller régional et adjoint Vert à la mairie de Lyon. Cet élu reproche à Charles Millon d’avoir profité, alors qu’il était président du Conseil régional de 1989 à 1998, d’un logement de fonction payé par cette institution qui en assumait toutes les charges, y compris du personnel de maison. Un bel appartement situé au 17 rue de la Charité dans le 2e arrondissement, à deux pas de la place Bellecour.
Le tribunal administratif a donné raison à Tête sur le logement lui-même en condamnant Millon à rembourser plus de 300 000 euros au Conseil régional. Mais le dossier des femmes de ménages évalué à près de 730 000 francs de l’époque, a suivi un itinéraire complexe.
Premier revers pour Tête : la juge d’instruction lyonnaise chargée de l’affaire au début, Annick Corona, décide en décembre 2002 qu’il y a prescription. Mais l'élu écologiste et son avocat Me Gilles Devers, obtiennent en avril 2005 de la cour d’appel de Lyon qu’une instruction judiciaire soit ouverte. Et cet été, la chambre d’instruction a décidé de renvoyer Millon devant le tribunal correctionnel pour avoir “bénéficié indûment de femmes de ménage à temps plein au seul service de lui-même et de sa famille”.
Lavage et repassage
Pourquoi ce nouveau revirement ? Visiblement, les témoignages recueillis depuis sept ans par la justice ont convaincu ces magistrats que les réceptions officielles qui justifiaient, selon Charles Millon, le paiement de ces femmes de ménage par le Conseil régional, n’ont jamais existé. Ils ont également découvert que le Conseil régional a payé ces prestations de manière assez discrète à la société de nettoyage Morel.
Trois témoignages ont joué un rôle clef : celui des femmes de ménage intervenues au domicile lyonnais de la famille Millon. Patricia, par exemple, une Guadeloupéenne, qui avait 25 ans à l’époque, se souvient que son employeur, Morel, l’avait carrément “affectée” à l’appartement de Millon où elle travaillait “tous les jours de 10h à 18h sans interruption” en se consacrant essentiellement au lavage et au repassage du linge de la famille. Mais elle affirme n’avoir assuré “à aucun moment des réceptions officielles ou même des invitations”. Les magistrats ont également interrogé de nombreux collaborateurs de Charles Millon pour vérifier si cet appartement aurait été utilisé à titre politique. Mais ils vont simplement évoquer des réunions de travail, en particulier le week-end à l’époque où Charles Millon, ministre de la Défense du gouvernement Chirac, passait le reste de la semaine à Paris.
Mgr Decourtray
Quant à Millon lui-même, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas très bavard. Entendu par la juge Christine Parguel, il a ponctué l’essentiel de ces réponses par des “je ne sais rien”, ou “je n’en ai aucun souvenir”... Mais il va démentir avoir cherché à dissimuler cette affaire. “Si j’avais su qu’il y avait la moindre illégalité, j’aurais quitté l’appartement dans l’heure” a juré l’ancien président du Conseil régional. Et il va affirmer que tous les repas qu’il prenait dans cet appartement à l’époque, étaient des réunions de travail. En citant comme invités des élus, des hauts fonctionnaires et même Mgr Decourtray, l’ancien archevêque de Lyon décédé depuis.
La chambre d’instruction de la Cour d’appel a donc finalement décidé de renvoyer Charles Millon devant le tribunal correctionnel. Ce qui surprend Me Philippe Petit, l’avocat lyonnais de Charles Millon. “On avait obtenu un non-lieu devant le juge d’instruction mais, à notre grand étonnement, le Parquet a fait appel. Ce qui est une réaction rare.” Et cet avocat cite d’autres affaires qui ont été au contraire enterrées comme les dossiers Chirac à Paris pour laisser entendre que Millon aurait eu droit à un traitement particulier pour des raisons politiques. En tout cas, le procureur de la République peut désormais fixer la date d’une audience qui devrait avoir lieu début 2010.
Lionel Favrot



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