Un rapport confidentiel commandé par la Ville de Lyon propose d’augmenter le nombre de places de stationnement payant, les tarifs, les PV... Avec en prime quelques “idées” pour taxer les automobilistes. Mag2 Lyon s’est procuré ce rapport qui va sans doute faire des vagues.
Début 2005, le maire de Lyon avait provoqué la colère des Lyonnais. En annonçant qu’il avait décidé d’étendre le stationnement payant. Seules quelques rues de la Croix-Rousse étaient concernées. Pourtant, cela avait suffi pour provoquer une série de manifs et de pétitions. Gérard Collomb a retenu la leçon. Du coup, il a préféré laisser passer les municipales de 2007 avant de s’attaquer une nouvelle fois à ce dossier sensible. Son objectif : imposer une nouvelle extension du stationnement payant pour inciter les automobilistes à utiliser davantage les transports en commun. Mais il a d’abord demandé à un cabinet spécialisé, Farman and Partners, de dresser un état des lieux du stationnement à Lyon (1) et de proposer des mesures efficaces. D’où ce rapport confidentiel d’une vingtaine de pages que Mag2 Lyon a lu attentivement. En voici l’essentiel. Avec une première partie qui souligne que les contraintes de stationnement à Lyon ne sont pas assez efficaces et qu’elles ne rapportent pas assez d’argent. Voilà pourquoi ces experts recommandent dans la deuxième partie de leur travail des solutions assez brutales pour convaincre les automobilistes. Et récolter au passage 6 millions d’euros supplémentaires par an. Bref de quoi provoquer la colère des Lyonnais.
Saturation
Selon Farman and Partners, aujourd’hui 400 000 voitures circulent chaque jour à Lyon. Soit 17% de moins qu’en 2001. Cette baisse s’explique, selon ce cabinet d’experts par la chute de 20% du trafic “pendulaire”, c’est-à-dire les automobilistes qui travaillent à Lyon mais qui habitent à l’extérieur. Ce sont eux qui provoquent l’essentiel des bouchons aux portes de Lyon. Désormais, ils utilisent de plus en plus les transports en commun. Pourtant, on est proche de la saturation car les 100 000 places de stationnement à Lyon sont occupées à 95%. Avec en moyenne quatre voitures par jour et par place.
Ventouses
Pour convaincre les Lyonnais d’abandonner leur voiture pour les transports en commun, la mairie de Lyon leur a proposé un tarif d’abonnement mensuel très attractif pour le stationnement, qui a même été baissé de 24 à 14 euros en 2004. C’est le constat de Farman and Partners qui souligne que, du coup, 23 000 Lyonnais ont souscrit cet abonnement, laissant souvent leur voiture toute la semaine devant chez eux pour ne l’utiliser que le week-end. 1 500 Lyonnais ont pour le même prix deux abonnements. Résultat : aujourd’hui, un quart des places de parkings est occupé par des voitures “ventouses” de résidents contre une sur dix en 2002.
Pas rentable
En 2002, le stationnement rapportait 3,5 millions d’euros par an à la Ville de Lyon, précise ce rapport, car à l’époque, le risque d’avoir une amende était faible et seule une minorité d’automobilistes lyonnais payait leur parking. Les recettes ont même été divisées par deux, sous le mandat de Raymond Barre. Son successeur Gérard Collomb a au contraire mis en place une unité musclée pour contrôler le stationnement, l’UCS : 61 agents très identifiables avec leur casquette à damier. Ce qui a permis à la Ville de multiplier par 2,5 ses recettes à 8,4 millions d’euros.
Mais si on déduit de ces recettes ce que coûtent chaque année ces contrôles, soit 3 millions d’euros et le 1,3 million dépensés en horodateurs, seuls 4,2 millions d’euros rentrent réellement dans les caisses de la Ville. D’ailleurs, Lyon est une des grandes viles françaises où les places de stationnement à Lyon sont les moins rentables. (Voir tableau).
Répression
Chaque année, les automobilistes lyonnais récoltent près de 500 000 PV, soit une hausse de x% par rapport à 2002, dont 30 000 PV à 11 euros pour dépassement du temps de stationnement, souligne Farman and Partners. Des PV qui rapportent aujourd’hui 8 millions d’euros à la Communauté urbaine. Mais ils ne sanctionnent que 53% des infractions. Ce qui au total représente un manque à gagner de 7 millions d’euros. De plus, tous les ans, environ 22 000 voitures partent en fourrière à Lyon. Mais ce service est assuré par Effia, une entreprise qui ne reverse rien à la ville de Lyon.
Les Cinq projets
En se basant sur son diagnostic, le cabinet Farman and Partners suggère à la Ville de Lyon de prendre cinq décisions qui lui permettraient d’encaisser au total plus de six millions d’euros. Reste à savoir si les automobilistes lyonnais vont accepter le choc.
30 000 places payantes.
A Lyon, 22 % des 100 000 places de parking sont payantes. Mais ce cabinet d’experts estime qu’il faut arriver à 32% en rendant payantes 10 000 places supplémentaires. Cette extension devrait toucher les zones bien desservies par les transports en commun. C’est le cas du confluent mais aussi de la Part-Dieu, Grange Blanche et la Manufacture des Tabacs dans le 3e arrondissement, les abords de la basilique de Fourvière dans le 5e, le Parc de la Tête d’Or dans le 6e, Jean Macé dans le 7e, le quartier des Etats-Unis dans le 8e ou encore celui de l’Industrie dans le 9e. Cette extension devrait rapporter 4,2 millions d’euros supplémentaires à la Ville. A condition que l’équipe de policiers municipaux chargés de contrôler le stationnement soit renforcée.
Des PV à 35 euros
A Lyon, près d’une voiture en stationnement sur deux est en infraction, c’est-à-dire que son conducteur n’a pas payé son ticket ou qu’il a dépassé le temps payé. Selon ces experts, l’amende à 11 euros ne serait pas assez dissuasive et il faudrait la passer à 35 euros au-delà de deux heures de dépassement. La mairie de Lyon a discrètement inscrit cette mesure dans son règlement général de circulation mais elle n’est pas encore appliquée. Si elle est mise en œuvre, cela pourrait lui rapporter XX millions d’euros.
Etendre les horaires
Aujourd’hui, le parking est gratuit à Lyon entre 12h et 14h. De plus, les policiers municipaux chargés de contrôler le stationnement ont consigne d’arrêter de verbaliser à 17h50. Du coup, beaucoup de Lyonnais ne payent plus de 18 h à 19 h. Le cabinet Farman and Partners propose de rendre le stationnement payant entre 12 h et 14 h, ce qui permettrait de récolter 880 000 euros supplémentaires et ce sont 440 000 euros qui rentreraient dans les caisses de la Ville si la répression s’étendait jusqu’à 18h 20, heure à laquelle les policiers municipaux quittent le terrain.
Augmenter les résidents
Ce rapport propose également de passer de 14 à 16 euros l’abonnement réservé aux résidents. Ce qui rapporterait 240 000 euros de plus, à condition que tous les abonnés suivent. De même, ces experts préconisent la suppression de la deuxième vignette résident qui permet à une famille de stationner deux voitures à ce tarif. Ce qui devrait rapporter encore 310 000 euros à la ville. Ils recommandent aussi d’interdire 900 places de plus aux résidents qui s’ajouteraient aux 2 000 auxquelles ils n’ont déjà plus accès.
Taxer les livreurs
Aujourd’hui, à Lyon, les livreurs se garent en double file ou sur les emplacements réservés aux livraisons, sans payer. Ces experts proposent donc de leur imposer une carte “pro mobile” en faisant payer 5 euros la journée. Soit 400 000 euros de plus pour la Ville.
(1) Ce rapport ne concerne que les places de stationnement en surface puisque les parkings souterrains sont gérés par Lyon Parc Auto, une société d’économie mixte ou par des entreprises privées.
Par Lionel Favrot - Article publié dans le Mag2 Lyon d'octobre 2009


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Philippe
Force française libre