De plus en plus de Lyonnais consultent des ostéopathes dont la spécificité est de soigner par les mains. Une technique qui vient tout juste d’être réglementée. Mais deux “écoles” s'affrontent. Explications avec Florian Martin, responsable régional du Registre des ostéopathes.
A quoi sert l’ostéopathie ?
Florian Martin : C’est une technique qui vient des Etats-Unis et qui est arrivée en France dans les années 50, mais qui se développe vraiment depuis une quinzaine d’années. Son principe, c'est de traiter grâce à la main des dysfonctionnements et des troubles du corps pouvant perturber la santé. Pour rétablir par exemple une mobilité articulaire.
Les troubles que vous pouvez traiter ?
Notre métier, c’est avant tout de la mécanique. Donc on peut traiter les troubles fonctionnels comme les problèmes de dos ou encore les problèmes digestifs, circulatoires... On travaille aussi beaucoup avec les sportifs qui sollicitent davantage leur corps, notamment leurs articulations, ce qui se traduit par des tendinites, des entorses... Dans les faits, on traite aussi bien les enfants que les personnes âgées. Mais attention, on n’est pas compétents sur tout. Un enfant qui a une otite en phase aiguë doit voir un médecin. En revanche, s’il fait des otites à répétition, c’est peut-être qu’il y a un problème de fond sur lequel nous, ostéopathes, on peut agir.
Mais c'est aussi une mode !
C’est vrai que de plus en plus de patients consultent des ostéopathes. Mais il n’y a pas des milliers de consultations, juste parce que c’est à la mode. Il y a aussi des résultats et un réel besoin. Avec une autre approche du corps, plus globale que celle proposée dans la médecine traditionnelle qui a tendance à se spécialiser sur des organes. Alors que nous, on considère que si le patient a mal au genou, c’est peut-être parce qu’il a un déséquilibre au niveau du bassin. Enfin, il y a un développement général des médecines alternatives qui refusent les mandarinats, c’est-à-dire les médecins tout-puissants. Les patients s’interrogent, vont sur Internet, pour être acteurs de leur santé.
Qui peut pratiquer cette ostéopathie ?
Avant la loi, n’importe qui pouvait se dire ostéopathe. Mais depuis la loi de 2002 complétée par des décrets en 2007 et la loi hôpital de cette année, les médecins, les kinés mais aussi les ostéopathes exclusifs, appelés “ni-ni”, dont je fais partie, peuvent pratiquer cette technique après une autorisation administrative qui nécessite une formation minimum. Soit environ 11 000 professionnels en France. Mais tout ça n’est pas facile à comprendre pour les patients. Car il y a une certaine rivalité entre ces différents professionnels. D’autant plus que selon la loi votée, on n’a pas tous les mêmes droits.
Les différents droits des ostéopathes ?
En fait, ce sont surtout les ostéopathes exclusifs qui sont limités dans leur pratique. On ne peut plus faire de manipulations internes, comme des touchers rectaux ou vaginaux. Ce qu’on ne revendique d’ailleurs pas. En revanche, on doit obtenir des certificats de non contre-indication pour traiter le rachis cervical et les enfants de moins de 6 mois. Alors que cela constitue une part importante de notre activité. Donc ça pose problème.
Pourquoi ça pose problème ?
Un médecin ne peut pas engager sa responsabilité avec ce certificat sur un acte qu’il ne fait pas lui-même. Et encore moins s’il est sceptique vis-à-vis des ostéopathes exclusifs ! Du coup, dans les faits, on n’obtient pas ces certificats.
Mais les médecins ont peut-être peur des accidents que vous pourriez provoquer ?
Les ostéopathes exclusifs, membres du Registre que je représente, n'ont jamais fait l'objet de plaintes. Donc ils n'ont jamais commis de faute majeure. En fait, je pense même que la pratique exclusive de l’ostéopathie est un gage de sécurité pour les patients. Car on a une vraie compétence, de l’expérience, alors que la plupart des kinés et des médecins font de l’ostéopathie entre autres choses.
Mais vous êtes vraiment capable de diagnostiquer les cas graves qu'il est dangereux de manipuler ?
Bien sûr car pour la plupart d’entre nous, on a fait 6 ans d’études d'ostéopathie ! Avec des profs qui enseignent parfois également en fac de médecine. Donc je pense qu’on est capables de repérer un cas grave comme une hernie discale ou une fracture. Ce qui nous permet de refuser toute intervention sur ces patients. En fait, on ne cherche pas à rivaliser avec les médecins, mais plutôt à être complémentaires.
Le problème, c’est que votre profession n'est ni encadrée ni contrôlée !
C’est pour ça qu’on essaie de s’organiser, qu’on a créé le Registre des ostéopathes, avec des critères d’affiliation rigoureux. Exemple : il faut avoir suivi une formation d’au moins 4 000 heures, alors que la loi n’exige que 2 600 heures. Car on veut garantir la qualité des soins, une sorte de label, pour une plus grande transparence. Et pourquoi pas, encourager la création d’un ordre spécifique. Avec peut-être un numerus clausus. Mais tout ça prendra beaucoup de temps.
En attendant, les écoles continuent à former de nombreux ostéopathes !
C’est vrai que c’est même devenu un vrai business. Même si les écoles sont agréées, elles sont trop nombreuses. A titre de comparaison, les dentistes qui sont 38 000 disposent de 16 facs. Nous, on est entre 17 à 20 000 et on a déjà 40 écoles ! Donc on forme trop de diplômés. Ce qui risque tout simplement de tuer notre profession. Mais je pense que c’est un peu ce que certains espèrent. Car on dérange.
Comment repérer un bon ostéopathe ?
On peut tout simplement consulter sur Internet le Registre des ostéopathes. Ensuite, il faut savoir qu'un bon ostéopathe ne prétend jamais tout savoir. S’il affirme qu’il peut guérir le cancer, il faut s'en méfier ! Car il s'agira plus un gourou que d’un vrai professionnel. De plus, normalement, on doit être traité en une à trois séances maximum. Enfin, le meilleur moyen de choisir son ostéopathe, ça reste quand même le bouche-à-oreille. Comme dans beaucoup de professions notamment médicales.
Dossier réalisé par Maud Guillot
Compter entre 50 et 70 euros, pour une demi-heure à 1 heure de consultation.


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