Jean-Michel Aulas et Jean-Christophe Ansanay-Alex, qui s’étaient associés pour ouvrir un restaurant à Londres, sont désormais en guerre. Explications du patron de l’OL avec la réplique du restaurateur.
Pourquoi votre association avec Ansanay-Alex a mal tourné ?
Jean-Michel Aulas : Parce qu’on a dû changer l’orientation du restaurant qui ne marchait pas aussi bien que l’espérait Jean-Christophe. En clair, cet établissement était fortement déficitaire depuis son ouverture en juin dernier. Et il fallait réagir.
Mais vous saviez bien que les restaurants gastronomiques ne gagnent pas d’argent !
Mais moi, j’ai fait confiance aux professionnels du secteur. Dont Jean-Christophe qui s’était appuyé sur des financiers pour bâtir un business-plan ambitieux, mais réaliste et surtout rentable. Donc je l’ai cru.
Mais c'est la crise qui est responsable de cet échec !
Il est clair que la gastronomie française avec des prix élevés s’est révélée à contre-courant du contexte londonien, avec une clientèle de financiers sensible à la conjoncture. C’est pour ça qu’on a décidé de lancer une étude de marché pour réadapter notre offre. Mais Jean-Christophe qui était à Londres depuis 8 mois a préféré démissionné fin juillet. Et on ne l’a pas retenu.
Mais vous auriez poussé Ansanay-Alex à partir !
Pas du tout, il a bien démissionné de lui-même. Et puis, moi je n’ai pas vocation à diriger un restaurant. D'ailleurs, quand on a réalisé un audit et qu’on a compris que la situation n’était pas conforme aux attentes, il a bien fallu prendre des décisions. J’ai quand même investi pas mal d’argent.
Vous aviez investi combien ?
Je ne sais plus exactement mais plusieurs millions d’euros. Ce qui ne m’a pas empêché de laisser la responsabilité opérationnelle à Jean-Christophe, car je le répète, je lui faisais confiance. Mais début 2009, il y a eu une augmentation de capital que j’ai été le seul à accompagner. Je suis alors devenu majoritaire. Et on a établi des règles plus précises de gouvernance. On a également demandé à Jean-Christophe de nous rendre davantage de comptes. Enfin, on a nommé quelqu’un sur place pour l’aider à gérer, une personne qui a découvert des choses surprenantes, voire inquiétantes...
Vous parlez de malversations !
Je n’emploie pas ce terme-là. Mais je peux vous confirmer que nous avons lancé une procédure judiciaire à l’encontre de ce chef, devant le tribunal de commerce. Pour savoir exactement ce qui s’est passé. Car quand on prend de l’argent dans ma poche, je réagis.
Ansanay-Alex a mis en caution son restaurant lyonnais de l’Île Barbe ?
C’est vrai qu’il n’avait pas l’argent nécessaire au moment du montage de l’opération, donc on lui a prêté de l'argent avec comme garantie son restaurant lyonnais.
Donc vous pourriez récupérer ce restaurant !
Ce n’est pas du tout dans mes intentions. Mais je rappelle que personne n’a forcé Jean-Christophe à donner cette caution. Mais moi, à sa place, je ne l'aurais pas fait !
En fait, vous l’avez piégé !
Pas du tout ! On était parti sur une réelle base de confiance et ça a mal tourné. Mais dès qu’il aura pris conscience des choses qu’il n’aurait pas dû faire, tout rentrera dans l’ordre parce que pour moi, ça reste un garçon sympathique. Et je continuerai à aller manger dans son restaurant à l’Île barbe.
Mais il laisse entendre que vous n’êtes qu’un financier sans scrupule !
C’est un artiste qui a eu beaucoup de soucis dans sa vie. Mais c’est toujours facile quand on a des problèmes financiers d'invoquer la richesse du cœur !
Qu’est-ce que vous allez faire de ce restaurant londonien ?
On va le rouvrir en octobre, après avoir fait des travaux tout cet été pour en faire une brasserie de luxe, un peu comme le Costes à Paris. C’est-à-dire plus branché, ouvert plus tard le soir, avec de la musique. Et on espère bien que ça marchera.
“J’irai faire des gaufres”
Chef de l’Auberge de l’Île, deux étoiles au Michelin, Jean-Christophe Ansanay-Alex explique pourquoi les relations avec son associé, Jean-Michel Aulas, se sont tendues à Londres.
Pourquoi vous avez démissionné de votre poste de président ?
Jean-Christophe Ansanay-Alex : Parce que je ne voulais plus être responsable d’une gestion que je ne maîtrisais plus et qu’on m’imposait.
En fait, votre restaurant ne marchait plus ?
C'était difficile depuis le début de la crise. Car les effets ont été très violents à Londres où même des sandwicheries ont fermé faute de clients !
Et votre cuisine, elle était à la hauteur ?
On a obtenu une étoile. Et on a eu droit à de bonnes critiques gastronomiques dans la presse anglaise.
Mais les prix étaient aussi à la hauteur !
Nos prix étaient moins élevés que ceux de nos concurrents. Et puis un cuisinier comme Alain Ducasse a réussi à Londres alors qu’au début, c'était difficile pour lui. Mais il a pris le temps et il a investi à fond dans la communication. Une stratégie qui n’a pas été suivie.
Pourquoi avoir refusé l’idée de la brasserie de Jean-Michel Aulas ?
Parce que ce n’était pas cohérent avec mon projet. Je n'étais pas contre une évolution. Mais avec le conseil d’administration, on n'a parlé que de chiffres, jamais de stratégie ou de cuisine.
Vous n'avez pas lancé ce restaurant un peu rapidement ?
Non, j'ai étudié ce projet pendant 5 ans, j'ai visité des restaurants à Londres, j'ai pris de nombreux contacts... Et je maintiens qu’il y avait de la place pour un restaurant comme le nôtre.
Mais vous auriez enjolivé votre prévisionnel ?
Mais j’ai élaboré ce business-plan avec un cabinet comptable, Mazar, qui a une excellente réputation. Et qui travaille, je crois, avec Cegid. Moi, on m’a juste demandé combien je pensais faire de couverts, à quel prix. Et on ne s’est pas emballés avec 15 menus à midi et 40 le soir. Le problème, c’est qu’on a eu des frais imprévus.
Quels frais imprévus ?
On a eu pour plus de 110 00 euros de travaux. Car il y a eu des fuites sur le toit, les pompes des égouts à changer...
Aulas affirme avoir découvert des choses “surprenantes” dans votre gestion !
Je suis assez amusé par ces accusations. Mais je ne veux pas me fâcher avec Jean-Michel Aulas qui est un grand monsieur. D'ailleurs, je lui ai envoyé un e-mail pour qu’on s’assoie autour d’une table et qu’on discute. Sa réponse, je l’ai reçue par un avocat.
Vous ne pensez pas que vous avez été un peu naïf ?
J’ai sûrement été un peu naïf. Mais je suis parti en confiance. Car au départ, il m’a tout laissé faire. Puis il ne m’a plus rien laissé faire ! On m’a reproché d’être un novice dans les affaires. Et je le confirme, mais ça ne m'a pas empêché de réussir avec L'Auberge de l'Île que j'ai créée il y a 13 ans et qui marche bien.
Mais Aulas a investi beaucoup !
Mais moi aussi, j’ai investi plus d’un million d’euros. C’est moins que Jean-Michel Aulas, mais je n'ai pas sa fortune. En revanche, je ne suis pas un cuisinier un peu fou avec des idées géniales, qui cherche à les faire financer par un autre.
Vous avez cautionné ce million que vous avez investi avec votre restaurant de l’Île Barbe !
Je ne veux pas en dire plus...
Si c’est le cas, Jean-Michel Aulas pourrait récupérer votre restaurant !
C’est un peu son idée, il me semble.
Vous pensez que vous avez été piégé ?
En tout cas, ce restaurant de l’Île Barbe c’est toute ma vie, celle de ma famille. Donc ça ne nous fait pas rigoler.
Un regret ?
Je suis un peu déçu car on aurait pu faire de grandes choses. Mais j’ai beaucoup appris. Et si Aulas me mange l’Auberge de l’Île, j’irai vendre des gaufres et des glaces au parc de la Tête d’or. Je deviendrai vite très riche. Ensuite, je rachèterai Cegid !
Propos recueillis par Maud Guillot


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