L’analyse de Jean Viard, chercheur au Cevipof, le centre d’étude de la vie politique française qui est rattaché à Sciences Po. Pour cet expert, “Lyon manque de folie”.
Pourquoi Lyon a tant de mal à exister ?
Jean Viard : Parce que la France est la nation la plus centralisée d'Europe. Les centres de décision sont à Paris qui a un rayonnement planétaire. C’est ce qu’on appelle une ville globale. Et il n’y en a que cinq dans le monde. Voilà pourquoi Lyon n’a aucune chance de pouvoir rivaliser avec Paris.
Lyon est condamnée à jouer un rôle secondaire ?
Il faut surtout qu’elle vise un rôle différent car c’est une ville territoriale qui rayonne sur sa région, le centre et le sud-est de la France. Elle peut donc se positionner dans un réseau européen de villes comparables comme Munich, Turin, Marseille ou Madrid. Dans ce cadre, Lyon peut jouer un rôle central. C’est ce qu’avait compris Raymond Barre.
D’autres freins au développement de Lyon ?
Lyon doit être fiere d’être à deux heures de Paris. Car c’est un atout dans ce réseau de villes européennes. Mais certains décideurs lyonnais croient pouvoir compter uniquement sur le rayonnement de Lyon. Du coup, ils ont tendance à isoler leur ville.
Quelle initiative pourrait prendre Gérard Collomb ?
Créer un G20 des métropoles européennes qui réunirait les maires de Madrid, Lyon, Turin, Cracovie, Munich, Milan...
Au fond, quelle est la principale force de Lyon ?
Sa culture industrielle qui a créé les bases d’une économie solide. Cette bourgeoisie enracinée dans le territoire, c’est pour moi le vrai capitalisme intelligent. Et c’est même une force aujourd’hui où il y a un rejet du capitalisme financier. D'ailleurs les patrons lyonnais ont parfois plus de poids que les élus. Ce qui peut transformer le maire en simple administrateur de sa ville. Comme à Milan ou à Turin. Alors qu’à Marseille, où il n'y a pas de véritable bourgeoisie, le maire est le vrai patron.
L’handicap majeur de Lyon ?
C'est une ville de Lyonnais. 65% de ses habitants sont nés à Lyon. Ce qui veut dire qu’elle leur offre ce qu’ils attendent en matière d’éducation, de cadre vie, de dynamisme économique... Mais c’est aussi une faiblesse car c’est le signe d’un manque de brassage. Lyon est une ville qu'on ne quitte pas. Mais où on ne vient pas. Sauf des cadres pour des raisons professionnelles.
Pourquoi les français n'aiment pas Lyon ?
Le problème de Lyon c'est que pour l'instant, il n'y a aucun totem de l'hypercréativité. Aucun musée vraiment avant-gardiste ni manifestation culturelle déjantée. La fête des Lumières ou la biennale d’art contemporain par exemple, cela reste sans surprise. En fait, Lyon manque de folie !
Article paru dans Mag2 Lyon d'ocotbre 2009


Twitter
Facebook

Commentaire
lyonnais2
gezrard bussat
Lou gat
X-Roussien
Dada
André
Dada