Mag2 Lyon a donné carte blanche à cinq architectes lyonnais pour imaginer l’avenir de Hôtel-Dieu en cherchant une idée plus originale que la transformation de ce vénérable hôpital en hôtel de luxe, comme le souhaite la mairie.
“Un Beaubourg lyonnais”
Par Sophie Senac, architecte, et Alexandre Jennan, ingénieur.
“Il nous semble indispensable que l’Hôtel-Dieu reste totalement accessible aux Lyonnais. Du coup, on s’est projeté dans l’avenir, en 2045...
Et on a imaginé que la ville avait confié l’Hôtel-Dieu, autrefois hôpital public, à un groupe privé qui l’a transformé en un lieu très élitiste et fermé que les Lyonnais ont baptisé par dérision "l’hôtel des dieux". Mais le bail a pris fin. Du coup, l'avantage, c'est que ce bâtiment a déjà été rénové. On peut donc profiter de son emplacement central pour en faire un lieu animé et ouvert à tous. Un Beaubourg lyonnais. Mais on ne va pas massacrer l’Hôtel-Dieu avec des tuyaux dans tous les sens. D’ailleurs, il est en grande partie classé monument historique. On propose donc un traitement moderne et coloré de sa façade et de ses terrasses. Ce qui exige déjà des discussions longues et animées avec les architectes des Bâtiments de France chargés de la protection du patrimoine ! A l’intérieur, on prévoit des salles d’exposition permanentes d’art contemporain, une grande bibliothèque, des agences de design, des boutiques haut de gamme... Mais il faut aussi retrouver les volumes d’origine en cassant les doubles planchers ajoutés au fil des siècles. Ce qui permet de retrouver des pièces hautes de cinq mètres. Et réduit la surface aménageable de 35 000m² à 25 000m² mais ça vaut le coup. Les cours intérieures ont un traitement en patio avec des restaurants. Et on leur donne une thématique avec un traitement par îlots, en proposant également un réaménagement complet des quais avec le remplacement des voies routières par un parvis jusqu’au Rhône pour dégager la perspective et animer le site. On a prévu un parking en souterrain accessible par la trémie, comme à la gare de la Part-Dieu. De plus, on aménage une circulation en traboules à l’arrière du bâtiment car l’architecture de l’Hôtel-Dieu est idéale pour rêver en flânant au cœur de Lyon !”
“Trois dômes en fibre de verre”
Par Raphaël Pistilli, de BEA Architectes
“Je suis né à Lyon et pourtant j’ai eu l’impression de redécouvrir l’Hôtel-Dieu à l’occasion de cet appel de Mag2 Lyon. Car l’aménagement de la rive gauche des berges du Rhône, juste en face, lui donne une nouvelle présence dans la ville. Son architecte Soufflot avait vraiment le sens des proportions ! Avec son dôme central et ses ailes, il dégage une harmonie particulière qu’il ne faut pas casser. Mais il ne faut pas non plus figer ce patrimoine. C’est pourquoi j’ai décidé d’ajouter trois dômes. En fait, trois tours en “L” renversé, réalisées en fibre de verre. Ce matériau a l’avantage d’être léger mais très solide. La résistance d’une façade de 2 cm d’épaisseur en fibres est équivalente à celle d’une façade de 20 cm en béton. Du coup, pour tenir, il suffirait à ces tours d’une base dans les cours intérieures de l’Hôtel-Dieu et de petits pylônes d’appuis sur les terrasses qu'on a baptisées “criquets” en travaillant sur ce dossier ! Quant à l’isolation, grâce à la fibre de verre, elle sera dix fois supérieure. Ce n’est pas un délire d’architecte : on a déjà installé ce genre de structures dans l’agglomération, notamment à Lyon pour le lycée Frédéric Faÿs. Ici, on a décidé de les peindre en violine car c’est la couleur qui valorise le mieux la forme de ces criquets. Le pied pourrait accueillir des restaurants pour donner une certaine convivialité aux cours intérieures. Et dans la partie horizontale qui dépasse des ailes de l’Hôtel-Dieu, on installerait aussi bien des logements que des bureaux avec un pôle environnement et hautes technologies. Car on est convaincu qu’il ne faut plus compartimenter les quartiers à Lyon mais leur donner au contraire des fonctions mixtes. Le réaménagement de l’Hôtel-Dieu serait d’ailleurs l’occasion de redonner un peu de vie à cette partie de la Presqu’île. Dans le même esprit, on a prévu un hôtel low-cost car Lyon en a plus besoin qu’un hôtel de luxe supplémentaire, cette ville a besoin d’ouverture et de brassage plutôt que de réserver les meilleurs emplacements à une élite. Bien sûr, j’imagine que certains vont hurler quand ils verront notre projet. Mais est-ce qu’ils sont choqués quand ils visitent une église gothique construite sur une base romane ? Pourtant, ce sont deux styles d’architecture très différents. Bref, je pense qu’il faut oser faire évoluer le patrimoine lyonnais à l’image du travail de l’architecte Ascanio Vittozzi sur le château de Rivoli en Italie.”
“Un quartier chaud”
Par Pierre Minassian, architecte de l’agence Aum
“Moi, j’ai travaillé sur l’arrière de l’Hôtel-Dieu car sa façade est tellement belle qu’on peut difficilement la toucher. D’autant plus que d’un point de vue urbanistique, il me paraît urgent d’ouvrir l’Hôtel-Dieu sur la Presqu’île car il fonctionne aujourd’hui comme une barrière entre le secteur de la rue de la République et les quais du Rhône. Presqu’un bouclier, comme si on voulait le protéger de l’extérieur. Lyon veut être métropole européenne, il faut donc que son centre-ville soit moins uniforme avec bien sûr un quartier chaud digne de ce nom. Or, l’agencement de l’Hôtel-Dieu se prête très bien à l'aménagement d'une véritable fourmilière car il y a ce qu’on appelle en architecture des dents creuses, c’est-à-dire des espaces disponibles qui offrent beaucoup de liberté. On pourrait donc glisser des chambres d’étudiants, des lieux de sortie, des bars à musique, des coffee-shop... Pour que ça grouille au cœur de Lyon !”
“Une serre géante”
Par Stéphane Peignier
“Les Lyonnais sont très attachés à l’Hôtel-Dieu. Mais quelle fonction lui donner au 21e siècle ? On a donc décidé d'imaginer l'Hôtel-Dieu dans les années 2030, après sa période hôtel et boutiques de luxe. Et on a choisi un parti pris écolo. Vu qu’il est impossible de transformer cet immense ensemble en bâtiment à haute performance énergétique, la seule solution, c’est d’en faire une serre géante où on ferait pousser des fruits et des légumes. Imaginons-nous dans 20 ans : il y a une crise alimentaire et énergétique, les zones agricoles sont devenues trop éloignées de Lyon pour l’approvisionner... Les Lyonnais redécouvrent alors cet emplacement au bord de l’eau, parfaitement ensoleillé... Idéal pour l'agriculture. On plante donc sous le dôme des arbres fruitiers. Un dôme qu'il suffit d’ouvrir pour faire passer la lumière. Et avec tous ces recoins, une multitude de plantes différentes peuvent trouver leur place à l’Hôtel-Dieu. D’ailleurs, il paraît même qu’on a retrouvé récemment des escaliers oubliés ! Avec 350 000 m3 de terre réparties dans les étages, on devrait arriver à une surface cultivable de 2 hectares. Et dans les greniers, on pourrait installer 8 000 ruches nécessaires à la pollinisation de l'ensemble et qui produiraient un excellent miel de Lyon. Et les quais enfin désertés par les voitures seraient couverts de serres agricoles. De plus, le galbe des ponts est idéal à la culture du quinoa. Quant au Rhône, redevenu propre, il permettrait l'irrigation des cultures. Mais ce projet provoc veut aussi proposer une perspective intéressante car produire ce qu’on mange à Lyon, au cœur de Lyon, imposerait d’avoir une ville moins polluée tout en permettant de surveiller la qualité de ce qu’on mange. Car aujourd’hui Lyon s’étend en repoussant le plus loin possible les fonctions dites complémentaires, notamment agricoles, au risque d’épuiser son environnement et d'elle-même disparaître.”


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Mélaine17ans