L’humoriste de France Inter et de Canal +, Stéphane Guillon, a présenté son nouveau spectacle à la Bourse du travail. Rencontre avec ce perfectionniste qui ne laisse rien au hasard.
A quoi va ressembler votre spectacle ?
Stéphane Guillon : Je ne m’attendais pas à ce genre de question ! Bon, disons que c’est un spectacle que j’ai écrit cet été sur des thèmes de la vie quotidienne : l’injustice, la crise...
Comment vous choisissez vos sujets ?
Il faut que le sujet m’interpelle. Comme mon sketch sur un type de 45 ans qui s’interroge sur ce qu’il est vraiment, ni jeune, ni vieux... Une période compliquée. Je raconte aussi la vie d’un homme que sa femme vient de quitter. Il est désespéré mais il se rend compte que finalement, c’est lui qui est responsable car pendant des années, il a négligé son épouse.
Vous vous inspirez de votre propre vie ?
Pas forcément car j’essaie de bien me comporter avec ma femme. En revanche, ce qui est autobiographique dans ce sketch, ce sont plus mes angoisses et mes peurs.
Vous êtes si angoissé que ça !
Oui, comme tout le monde. Le temps qui passe, ça fait peur ! Et en parlant de ça, je suis sûr que je vais toucher un maximum de gens.
A part vos angoisses, qu'est-ce qui vous inspire ?
L’actualité, ce que je lis dans la presse ou sur internet...
Et Lyon, c'est une ville qui vous inspire ?
J’aime beaucoup Lyon...
C'est plus prudent de dire ça avant un spectacle à Lyon !
Mais je connais Lyon, j’ai commencé à jouer à l’espace Gerson il y a plusieurs années, quand je n’étais absolument pas connu. Et j’ai tout de suite apprécié le public lyonnais car il est vraiment réceptif à mon humour un peu particulier.
Les personnalités lyonnaises qui vous inspirent ?
Bernard Pivot pour sa gestuelle. Mais il y a aussi Jean-Michel Aulas. J’ai été frappé, un soir de match, de le voir profiter de la mi-temps pour faire pression sur l'arbitre en lui expliquant qu'il s'était trompé... Ce jour-là, il ne s’est pas grandi. Mais je reconnais que c'est un vrai personnage.
Et Gérard Collomb ?
Je l’ai croisé une seule fois à Lyon où on m’avait demandé de faire 20 minutes de sketch au cours d'un cocktail. Le truc à ne jamais faire car il y avait un brouhaha indescriptible et personne ne m’écoutait. J’avais fait un sketch sur la rivalité Collomb-Perben et je m’étais un peu plus moqué de Perben que de Collomb qui d'ailleurs était en train de gagner les élections municipales.
Un peu facile !
On me fait toujours les mêmes reproches : je suis méchant, je tire sur les ambulances... Mais j’ai une éthique. Et surtout je travaille beaucoup mes textes. D'ailleurs en 20 ans, je n'ai jamais eu de procès.
En fait, vous êtes très prudent!
Non, j'essaye simplement d'être malin pour dire des choses, sans les dire vraiment. L’actualité permet aussi d’aller de plus en plus loin car on peut réagir face à un scandale : Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy... Du coup, on peut taper plus fort.
Des regrets ?
Non, j’assume tout. Sauf un sketch que j’avais fait sur Jacques Villeret. D’ailleurs, il l’a très très mal pris, il a piqué une énorme colère. Et je crois que j'ai mal choisi le moment pour dire ça.
Comment vous gérez les clashs ?
“Never explain”, c’est ma devise. Je ne m'explique jamais, je ne m’excuse jamais... D'ailleurs, je croise très rarement les personnalités dont je parle.
Comment vous travaillez ?
Je suis libre à 300% sur France Inter. Personne ne m’appelle pour me donner des directives. D’ailleurs, si c’était le cas, j'arrêterais tout de suite car c'est déjà suffisamment compliqué comme ça.
Pourquoi c'est compliqué ?
Parce que pour faire quelques minutes sur France Inter ou sur Canal +, ça exige un énorme travail : lecture les journaux, recherches sur internet.... Et surtout écriture d’un texte. D'autant plus que je suis un perfectionniste.
Votre objectif au fond ?
Juste faire rire mais de manière intelligente.
Vous écrivez toujours tout ce que vous dites ?
Oui, je suis un laborieux. D’ailleurs, il me faut au moins 5 heures pour écrire ma chronique quotidienne. Je suis même allé jusqu'à 12h ! Mon billet sur Frédéric Mitterrand m’a demandé beaucoup de temps car c’était un sujet sensible sur le tourisme sexuel.
Personne ne relit vos textes avant de passer à l'antenne ?
Si, ma compagne Muriel relit tous mes papiers et elle est très vigilante.
En fait, vous avez toujours peur de déraper !
Je veux être moralement irréprochable. J’accepte de flirter avec la ligne jaune mais pas de passer de l’autre côté. Parfois en déplaçant juste un mot dans une phrase, j’évite l’erreur fatale. Et je préfère suggérer les choses que les dire. Car il ne faut pas oublier que le jour où je dérape, on ne va pas me rater.
Donc vous êtes incapable d’être spontané !
La spontanéité, ça se travaille ! On a par exemple l’impression que Jamel Debbouze improvise tout le temps mais tout ce qu’il dit sur scène est écrit à la virgule près. Après, la difficulté, c’est de donner l’impression au public que c’est spontané, facile... Mais plus le public a l'impression que c'est facile, plus ça veut dire que derrière, il y a du travail.
Propos recueillis par Nadège Michaudet
Article paru dans Mag2 Lyon de novembre 2009



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