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mercredi 08 février 2012 - 11:55
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Tribune | "La bataille du climat se joue dans les villes" |

04/01/2010

"La bataille du climat se joue dans les villes"

Vice-président de la Communauté urbaine chargé du plan climat, Bruno Charles a représenté Lyon au sommet de Copenhague. Pour lui, la diplomatie des villes peut se permettre de contourner les blocages des Etats.

“150 grandes villes des cinq continents avaient décidé de se réunir à Copenhague car ces métropoles sont les premières concernées par le réchauffement climatique. D'ailleurs, elles sont les principales responsables de la pollution avec 75% des émissions de CO2 dans le monde. Mais elles seront aussi les premières victimes de ce réchauffement qui sera forcément plus sensible en milieu urbain où la température est toujours plus élevée qu’à la campagne. Sans parler des villes côtières qui pourraient être submergées par une montée des océans et dont les habitants deviendront des réfugiés climatiques. C’est sans doute ce qui explique la motivation et l’ouverture d’esprit des élus que j’ai rencontrés. On était loin de la tension qui régnait entre chefs d’Etat. Même les maires américains semblent en pointe sur cette question. D’ailleurs, alors que Bush a refusé en 1998 de signer le protocole de Kyoto qui prévoyait déjà de lutter contre le réchauffement climatique, 1 000 villes américaines ont au contraire signé l’appel lancé par Greg Nickels, l’ancien maire de Seattle, pour s’engager à respecter ce protocole. En revanche, j’ai été moins convaincu par la courte apparition d’Arnold Schwarzenegger, l’acteur devenu gouverneur de Californie, qui nous a fait son show en nous expliquant qu’on serait sauvés si la lutte pour le climat devenait “hit” comme le fitness...


En fait, l’intérêt de ce sommet des villes à Copenhague, c’était plutôt d’échanger des expériences concrètes. On pouvait retrouver à la même table des élus comme Asii Narup, le maire de Nuuk, une petite ville du Groenland, ou Robert Doyle, le maire de Melbourne, William Bloomberg, le maire de New York ou encore Fauzi Bow, le maire de Jakarta. Sans que nos étiquettes politiques respectives constituent un obstacle. Pour tous ces élus, le réchauffement climatique n’est pas une question théorique. Ainsi, le maire de Nuuk s’inquiète que la glace ne se forme plus que deux mois par an autour de sa ville contre huit mois dans les années 1980. Un signe concret du réchauffement. Quant à Chou Hsi-Wei, le maire de Tapeï, à Taiwan, il voulait savoir comment on a développé le vélo à Lyon car il aimerait s'engager dans cette voie pour sa ville mais il craint des accidents en série. Alors que lui m’a parlé d’un système de bus électriques performants, qui pourrait intéresser l’agglomération lyonnaise.


J’ai aussi eu la surprise de découvrir que la Francophonie était très vivante quand on parle climat. Exemple : la famille du maire de Mexico vient de Barcelonnette, un petit village des Alpes dont de nombreux habitants ont émigré vers les Etats-Unis. Il parle couramment français et revient régulièrement dans la région. Alors qu’Edouardo Paes, le maire de Rio, a fait ses études à Paris. Deux élus francophones qui se soucient autant du climat en Europe que dans leur propre pays.
Ces 150 villes ont d’ailleurs réussi à faire une déclaration commune très volontariste qui a été remise officiellement aux chefs d’Etat à l’occasion de ce sommet. Pour moi, c’est le signe de l’émergence d’une diplomatie internationale des villes qui peut aider à dépasser les blocages entre gouvernements. D’ailleurs, la déclaration finale des Etats à Copenhague est très décevante. Malgré ce fiasco, on a quand même franchi une étape. Les pays du tiers-monde ont montré qu’on ne pouvait plus signer des accords sans leur avis et qu’ils attendaient que les pays développés prennent eux-mêmes des engagements concrets, précis et chiffrés.


Bien sûr, les maires de ces grandes villes ne pourront pas agir seuls. Ils ont besoin du soutien des Etats, surtout dans les pays centralisés comme la France. Mais ils ont fait la démonstration à Copenhague que la bataille du climat se joue dans les villes, en particulier sur les déplacements, et surtout qu’on pouvait compter sur eux. Car ces élus ont bien compris que l’objectif, ce n’est pas de sauver la Terre mais de permettre à l’humanité de survivre sur cette planète. C’est un peu plus large que la simple défense de l’environnement ! Au fond, je crois que le message des maires, c’est de dire que dans la lutte contre le réchauffement climatique, on sera tous gagnants ou tous perdants. Qu’on habite au Pôle nord ou à Lyon.”

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