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mercredi 08 février 2012 - 10:58
Météo Lyon :
Judiciaire | Contre-enquête sur l'affaire de Lagnieu |

11/01/2010

Contre-enquête sur l'affaire de Lagnieu

Maxence Cavalcante, un jeune footballeur de Lagnieu, dans l’Ain, est le premier footballeur amateur à être condamné pour racisme. Mais il continue à proclamer son  innocence. Retour sur une affaire étrange.

“Va doucement, on t’en a mis cinq dans le cul, sale nègre”. C’est cette phrase qui a valu à Maxence Cavalcante d’être condamné à quatre mois de prison avec sursis et deux ans d’interdiction de stade, à la suite d'un match de football amateur opposant son club de Lagnieu à celui de Rossillon, deux clubs du Bugey, dans l’Ain. Une affaire que les associations antiracistes ont voulue exemplaire. Pourtant, Cavalcante continue de nier (voir interview en fin d'article). En affirmant que toute cette affaire a été montée de toutes pièces, que les gendarmes lui ont extorqué ses aveux, qu’il a des amis beurs, blacks... Un raciste de base qui ne s’assume pas ? Ou un jeune footballeur dépassé par les événements qui se défend avec sincérité ? Mag2 Lyon a repris l’enquête à zéro sur le terrain. En interrogeant plusieurs dizaines de témoins. Une certitude : ce match a dérapé. Ce qui est d'ailleurs assez révélateur de l’ambiance dans le football amateur où les problèmes de racisme et de violence sont récurrents. Reste à savoir si ce jeune chauffeur routier de 24 ans est coupable ou s’il a payé pour d’autres.


Les faits, d'abord.
Dimanche 25 janvier 2009, deux clubs amateurs s'affrontent pour un match de 2e division senior. Ce jour-là, l'équipe 3 de Lagnieu reçoit à domicile l'équipe 1 de Rossillon. Le CS Lagnieu a une avance confortable et mène 5-0. Mais à la 78e minute, le capitaine de Lagnieu conteste un carton jaune et se fait expulser. La tension monte sur le terrain et une vingtaine de supporters insultent l'arbitre. Certains imitent même des cris de singe chaque fois qu’un joueur noir de Rossillon touche le ballon. Cavalcante est déjà sorti du terrain à cause d'une blessure au genou. Et à la 85e minute, à cinq minutes de la fin du match, le capitaine de Rossillon, Makam Traoré, qui n’en peut plus, décide de quitter le terrain avec toute son équipe. Du coup, l'arbitre siffle la fin de la rencontre. Mais sur le chemin des vestiaires, Traoré se met soudainement à crier et à pleurer. Il s'accroche aux grillages en affirmant avoir été traité de “sale nègre” par le public. Et il accuse Cavalcante. Fou de rage, Traoré est maîtrisé par ses coéquipiers et l'équipe de Rossillon s'enferme dans les vestiaires avec l’arbitre Patrice Tondela qui rédige son rapport. Dans ce document qui sera transmis au district de football de l’Ain, puis versé dans l'enquête de police, l’arbitre écrit : “J’ai pris la décision d’arrêter le match pour propos racistes de la part du public de Lagnieu envers le joueur de Rossillon, Makam Traoré”. Un rapport déterminant pour la suite de l’affaire. Traoré va d’ailleurs immédiatement porter plainte. Mais Cavalcante ne sera au courant de cette plainte qu'un mois plus tard.

 

Incertitudes

Les dirigeants du club de Lagnieu prennent l’affaire très au sérieux. Dominique Collet, membre de l'équipe dirigeante du CS Lagnieu et du district de l’Ain, est ce jour-là le délégué du match, c’est-à-dire qu’il représente la ligue de football à qui il doit signaler tout incident. Contacté par Mag2 Lyon, il est catégorique : “si j'avais entendu une insulte raciste, je l'aurais immédiatement signalée. C'est mon rôle de délégué”. Lorsqu’il a appris qu’une plainte était déposée, il affirme avoir pris Cavalcante entre quatre yeux : “On lui a vraiment mis la pression car s'il avait avoué, on l’aurait poussé à s'excuser et on aurait pu arranger ça à l'amiable. Mais il nous a confirmé qu'il n'avait pas insulté ce joueur ” En revanche, le président du club, René Trigon, qui était le second délégué du match et qui a démissionné depuis du club, refuse aujourd’hui de s’exprimer. L’affaire est transmise à la gendarmerie de Lagnieu qui convoque les différents protagonistes. L’arbitre, Patrice Tondela, entendu cinq jours après le match, confirme avoir entendu des insultes du public, notamment “sale négro”. En revanche, il est incapable de dire si Cavalcante criait avec ses supporters. Et encore moins s’il s'adressait à Traoré. A priori, on ne peut pas soupçonner de complaisance Patrice Tondela, 32 ans, ancien joueur du club des Portugais d'Oyonnax, et arbitre depuis un an. Ni d’avoir cédé à une quelconque pression de Lagnieu avec qui il n’a aucune relation particulière. Même témoignage de Myriam Maroud, la présidente du club de Rossillon qui était pourtant proche de Cavalcante à ce moment du match. Elle aussi n'a rien entendu. Et ces deux témoins n’ont pas varié dans leurs déclarations. Contactée par Mag2 Lyon, elle confirme en précisant : “je n’étais pourtant pas loin de Cavalcante, le numéro 13, qui avait revêtu un sweatshirt de son club.”
A noter au passage que les gendarmes ne trouveront aucun témoignage pour confirmer les accusations de Traoré.


En fait, tout va basculer le 3 mars, lorsque Cavalcante est convoqué à la gendarmerie de Lagnieu. Après 19 heures de garde à vue, il craque au cours d'une confrontation avec Traoré qui maintient ses accusations. Du coup, il lâche aux gendarmes : “Sur le coup de la colère, j’ai donc prononcé les mots suivants : on t’en a mis cinq dans le cul, sale nègre”. Mais dès sa sortie de la gendarmerie, Cavalcante va se rétracter en accusant les deux gendarmes de Lagnieu qui l'ont interrogé : Stéphane Simondin et Gabin Lécuyer de l'avoir forcé à avouer. Mais c'est trop tard. Ses aveux suffisent au procureur de la République de Belley pour le renvoyer devant le tribunal correctionnel.


Parole contre parole
L'audience est fixée au 5 mai au tribunal correctionnel. Makam Traoré maintient avoir été insulté par Cavalcante qui continue à nier. C’est parole contre parole. Mais la pression médiatique est énorme. Des dizaines de journalistes sont présents et l’affaire fera les gros titres de la presse. Et c’est le célèbre Alain Jakubowicz qui plaide pour le joueur de Rossillon. Cet avocat, qui s’est distingué dans les procès du nazi Klaus Barbie et des collaborateurs Touvier et Papon, met le paquet. “C'est une affaire emblématique qui repose sur les déclarations de Makam Traoré” reconnaît Me Jackubowicz. Face à lui, l'avocat de Cavalcante, Philippe Bontems dénonce un acharnement contre son client. “Il a fallu sacrifier un petit joueur amateur sur l'autel du sport et de la morale bien-pensante. Cavalcante est une cible facile mais le dossier est trop léger pour en faire un exemple de footballeur raciste”.
Le public est coupé en deux entre ceux qui soutiennent Traoré et les pro-Cavalcante, essentiellement des habitants de Lagnieu, notamment le maire de Lagnieu et le député UMP de l'Ain, Charles de la Verpillère. Mais au fond, la présence de cet élu milloniste n'a pas vraiment servi la cause de Cavalcante. Au contraire. Très vite, les médias font passer Lagnieu pour un village de Dupont-la-joie. D'ailleurs, la conseillère régionale communiste de l'Ain, Katia Philippe, qui soutient de manière inconditionnelle la Licra et Traoré, laisse entendre que certains présidents de club de football de l’Ain sont des “élus FN”. Cavalcante sera condamné le 2 juin à 4 mois de prison avec sursis et 1 500 euros de dommages et intérêts pour Traoré et 300 euros pour la Licra. Mais aussi à 100 heures de travail d'intérêt général au mémorial des enfants juifs d’Izieu déportés dans les camps de concentration. “On mélange tout. Un jeune footballeur accusé à tort d'avoir proféré des insultes et la barbarie nazie. Ce qui est un amalgame très dangereux. Surtout dans une affaire aussi délicate”, estime Me Bontems, l'avocat de Cavalcante, qui a fait appel. D'ailleurs le 22 octobre, la Cour d'appel de Lyon, a confirmé sa condamnation à 4 mois de prison avec sursis et deux ans d'interdiction de stade mais elle a annulé les 100 heures de travail d'intérêt général à Izieu.


Mais aujourd'hui, même les pro-Traoré ne cachent pas leur doute. Comme le porte-parole régional de la Licra, Patrick Kahn : “Il est probable que Cavalcante ne soit pas coupable mais victime. On ne peut pas être sûr”. Même doute de la part de Myriam Maroud, la présidente du CS Rossillon qui a soutenu Traoré depuis le début de l'affaire : “A part Traoré, personne n'est sûr que ce soit Cavalcante. Il n'y a aucune preuve et je n’exclus pas une erreur car avec le recul, je pense que Cavalcante a payé pour tous les autres supporters !” Mais depuis le Mali où il est parti pour plusieurs mois, Traoré continue d'accuser “Max” : “Je l’ai vu et je l’ai entendu me dire cette phrase raciste. J’étais à deux doigts de le frapper mais je me suis contenu car mon entraîneur est intervenu”.
Alors Cavalcante a-t-il été condamné sur un simple aveu, malgré les doutes qui entourent cette affaire ? Me Jakubowicz, l'avocat de Traoré qui s'est beaucoup investi dans cette affaire, s'emporte : “Cavalcante n'a tout de même pas été torturé par les gendarmes" en soulignant que la victime l'a désigné dès le départ. Et aujourd'hui, il s'interroge sur cette "opération de réhabilitation". Alors que Me Bontems dénonce “la religion des aveux dont le système judiciaire n'arrive pas à se débarrasser". Et il ajoute : "Les aveux ne constituent pas une preuve, surtout quand on a 22 ans, qu'on n’a jamais mis les pieds dans une gendarmerie... Car c'est facile de craquer quand deux types en uniforme insistent depuis 19 h pour que vous leur disiez que c'est vous le coupable en vous menaçant de prison si vous n'avouez pas".


Une certitude, cette affaire va laisser des traces dans la région,
notamment à Lagnieu où certaines grandes gueules n'hésitent pas en s'appuyant sur les faiblesses de l’accusation pour dénoncer les associations antiracistes. “C'est toujours le même cirque. Dès qu'un nègre ouvre sa gueule, il a raison à condition qu'il accuse un blanc” explique un habitué du Café de la Poste, justement tenu par le père de Cavalcante. Bref de quoi alimenter le racisme dans cette commune qui a voté à 13 % pour le Front National aux dernières élections présidentielles. Mais pour Kader, un ami algérien de Cavalcante : "Maxence, je le connais bien et ensemble on fréquente des blacks, des turcs... Si Lagnieu est une ville de racistes, alors c’est toute la France qui est raciste !”
Pas suffisant pour trancher le débat. Mais de quoi s'interroger sur ce raciste "exemplaire". Ce que confirme un militant de la Licra qui lui aujourd'hui semble émettre quelques "doutes". En refusant qu'on le cite, pour l'instant.

Joan Tilouine

Article paru dans Mag2 Lyon de décembre 2009 disponible sur commande ou au format numérique sur Relay.com

Commentaire

Le FN a des doutes ?

"Dès qu'un nègre ouvre sa gueule, il a raison à condition qu'il accuse un blanc” explique un habitué du Café de la Poste, justement tenu par le père de Cavalcante", citez-vous. Je souhaite à cet habitué un procès rapide et exemplaire, où ,j'aimerais vous entendre comme témoin, cher "journaliste".

just me

Le probleme de fond est qu'a Lagnieu ce n'est pas du racisme, mais de la betise qui animent

Just me

Avez vous interrogé les joueurs noirs ayant joués a Lagnieu
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