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mardi 07 février 2012 - 23:05
Météo Lyon :
Le blog de Lionel Favrot | Spectateur de lui-même |

22/01/2010

Spectateur de lui-même

Plus de 300 lecteurs de Mag2 Lyon se sont retrouvés jeudi soir au Ciné Cité pour une projection de Gainsbourg.

Plus de 300 lecteurs de Mag2 Lyon se sont retrouvés jeudi soir au Ciné Cité pour une projection de Gainsbourg. Avis partagés, bien sûr. Quelques longueurs notamment, mais un super film sur un personnage exceptionnel. Alors que le sujet n’était pas facile à saisir car le réalisateur, Joann Sfar, aurait pu rester dans la provoc, le spectacle. Mais non, on plonge vraiment dans la complexité du fameux Gainsbarre avec d’abord un acteur saisissant de ressemblance et de talent qui a su conquérir ce rôle. Et à ses côtés une petite marionnette avec son grand nez et ses grandes oreilles qui incarne le double maléfique de l’artiste. Un duo d’enfer !
Mais ce que met très bien en scène ce film, c’est d’abord l’enfance de l’artiste, celle de Lucien, petit juif coincé entre un père prof de piano rigide et une mère fascinée, avec en toile de fond l’antisémitisme des années 40. Et au milieu d’un monde qui s’écroule, ce petit garçon qui rêve en affirmant une personnalité rebelle et décalée. Dur et fragile. On comprend mieux le Gainsbourg à travers ce Lucien qui peu à peu rattrape Serge. La musique qui avale la peinture. Ses rencontres avec Juliette Gréco, Boris Vian, l’ombre de Dali puis toutes ces femmes superbes qui traversent son lit. Les soirées piano-bar, les cendriers qui se remplissent, les verres qui se vident. Et toujours les mots, les rythmes, les murmures et ce piano qui fait de sa vie une sorte de “javanaise” ininterrompue. C’est la force de ce film, donner un sens au mystère Gainsbourg. Montrer simplement l’homme, ses doutes, ses angoisses. L’homme à la tête de chou. Un vrai créateur inspiré qui a su transfigurer son malaise en faisant chanter les vedettes de l’époque puis en montant lui-même sur scène avec d’inoubliables provoc : “Je vais et je viens”, “Aux armes”... Mais la force de ce film c’est d’avoir zappé le final Gainsbarre, les télé-dérapages... Pour retrouver l’essentiel, un vrai artiste, un petit garçon paumé, désarmé. Mais toujours surprenant. Son rire perdu, son regard craintif. Un faux blasé toujours vulnérable. Dépassé par sa marionnette diabolique, spectateur de lui-même.
Avec ce film j’ai retrouvé le Gainsbourg que j’ai rencontré il y 20 ans pendant une quarantaine de minutes en tête à tête pour une interview inoubliable. Un formidable provocateur bien sûr. Mais d’abord un homme sensible, doux, sincère. Attachant. Avec au fond du regard, une petit lumière géniale.

Commentaire

lecteur

Merci pour ce très beau film. C'était un très bon moment partagé je crois.
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