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Tribune | Comment ouvrir les grandes écoles |

26/01/2010

Comment ouvrir les grandes écoles

Alors que le Gouvernement veut fixer à 30 % le quota minimum d’élèves boursiers dans les grandes écoles, Olivier Faron et Jacques Samarut, directeur général et président de l’ENS de Lyon réagissent.

“Le débat actuel sur les quotas a au moins un mérite, celui de rappeler l’importance de la démocratisation de notre système d’enseignement supérieur. L’égalité des chances devant les concours ne doit pas se décliner simplement au moment des épreuves mais bien avant. Autant ce débat est donc nécessaire, autant il n’est pas forcément bien posé !
Toutes les composantes de la société française ne sont malheureusement pas représentées au sein de l’enseignement supérieur national, a fortiori quand on en gravit les échelons : elles ne le sont pas dans les grandes écoles mais pas non plus suffisamment dans les formations sélectives des universités, comme la médecine ou le droit. L’ensemble des responsables ont donc le devoir d’agir. Une telle résolution est aujourd’hui largement partagée, mais le problème est plutôt du comment agir. Il n’y a en effet pas de solution miracle !
Aujourd’hui le pré-recrutement des mentions “très bien” au bac est présenté comme le remède à tous les maux. Or une généralisation de la sacralisation des meilleures mentions reviendrait par exemple à écarter des lycéens doués mais imparfaitement “formatés” pour la réussite scolaire, motivés mais manquant de certains outils de réussite et un tel dispositif implique que dès l’âge de 17-18 ans, les destins seraient scellés ! On peut aussi souligner qu’en proposant le bac à la place des concours, on en reste à la dictature du moment-couperet, de la vie qui se décide en un instant T. Curieux pays où les lycéens sont descendus dans la rue il y a quelques années pour refuser tout forme d’évaluation au cours de l’année de terminale, alors qu’elle pouvait contrebalancer les aléas d’une épreuve sanction.   
Un autre constat caractérise notre manière collective de concevoir le système d’enseignement supérieur : il existe un attachement français quasi viscéral aux classes préparatoires comme mode privilégié d’entrée dans l’enseignement supérieur. Lors des dernières élections présidentielles, tous les candidats ou presque en soulignaient l’efficacité opérationnelle, quitte à en proposer la multiplication. On continue ainsi à plébisciter un tel système de formation des « élites », mais c’est là qu’il faut agir. Mettons enfin en œuvre la mesure proposée par de grands spécialistes comme le politologue Patrick Weil. En offrant la possibilité aux 5 % des meilleurs lycéens de tous les établissements français d’accéder aux classes préparatoires, on évite de concentrer les recrutements sur quelques institutions. On peut aussi contrecarrer d’autres formes d’inégalité, notamment géographiques : les espaces les plus fragilisés d’un point de vue éducatif sont souvent certaines zones rurales où les possibilités offertes ne sont même pas connues des élèves directement intéressés.
Et puis en aval, essayons de faire preuve de cohérence et de réalisme, sans céder à la surenchère de constats gratuits tels que celui d’une éventuelle baisse de niveau, comme si l’intelligence était cyclique. D’abord, les grandes écoles représentent une réalité très diversifiée. Certaines, comme les Ecoles Normales Supérieures, n’ont par exemple pas de frais d’inscription au concours, alors que l’on parle ici ou là de montants prohibitifs. Et puis comment imposer des quotas quand les chiffres traduisent déjà une extrême difficulté pour les intégrer ! Avec plus de 6 000 candidats pour environ 230 postes, l’ENS de Lyon a-t-elle même le droit d’en imaginer ? Ce concours qui est très clairement l’un des plus difficiles, peut-il être clivé et comment, alors que le nombre des entrants est si faible ? Si l’on établit des quotas, tous ceux qui intégreront sans avoir le profil classique du bon élève, seront assimilés aux lauréats d’un concours-bis.
Tout ceci n’implique pourtant pas l’inaction. Les responsables d’établissements ont le devoir d’intégrer l’égalité des chances, dans le contenu même des concours, en évitant au maximum tous les effets des cultures socialement acquises : la maîtrise de différentes langues est ainsi largement facilitée par des séjours à l’étranger souvent réservé aux classes sociales aisées. Il faut surtout que les équipes pédagogiques en amont et en aval du bac travaillent ensemble de façon coordonnée pour que tous les jeunes de notre pays aient enfin la possibilité de bénéficier de l’épanouissement professionnel qu’ils méritent, un épanouissement qui pourrait être aussi reconnu via une formule d’entretien sur dossier, une voie de recrutement désormais éprouvée d’étudiants motivés de qualité. C’est le sens des opérations dites d’égalité des chances, qui permettent au lycée d’abord, en classe préparatoire ensuite, de compenser des écarts sociaux criants par une attention accrue de tous les enseignants à celles et ceux qui ont l’envie de réussir coûte que coûte.”

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