Six mois après avoir pris la tête de la Redoute, le fils de l’ancien maire de Lyon est mêlé à une embrouille pour avoir signé un contrat avec son père.
Au cours du second semestre 2009, plus de 60 managers de la Redoute ont été envoyés en “assessment”, c’est-à-dire en bilan de compétences. Et c'est l'entreprise Arnava qui a été choisie pour réaliser cette évaluation, comme l'a révélé un lecteur du site internet Rue 89. Or depuis 2006, Arnava fait partie du groupe SBT qui est présidé par Michel Noir, l'ancien maire de Lyon. Alors que la Redoute est présidée depuis août 2009 par son fils, Jean-Michel Noir, qui est aussi le PDG depuis avril 2009 de la maison-mère de la Redoute Redcats. Une filiale du groupe PPR de François Pinault qui emploie plus de 20 000 salariés pour un chiffre d'affaires de 3,7 milliards d’euros en 2008. Bref le numéro 3 mondial de la vente par correspondance dirigé depuis 2005 par François-Henri le fils du milliardaire.
Mais ce contrat d'assessment ne cache-t-il pas un conflit d'intérêts entre le père et le fils Noir ? Du côté de la direction du groupe, on tente de relativiser. “Ça fait des années qu'Arnava intervient pour le compte de notre entreprise. Et ce cabinet est d'ailleurs inscrit dans la liste des prestataires du groupe PPR”, répond la direction du groupe Redcats. Mais du côté d'Arnava, on indique sèchement que Michel Noir “ne souhaite pas répondre”. Du coup, Mag2 Lyon a demandé à une déléguée syndicale de la Redoute de poser la question au cours d'une réunion du personnel à Annick Legros, responsable des ressources humaines, qui lui a répondu : “J'ai choisi ce cabinet pour ses compétences car j'ai déjà travaillé avec ce cabinet et je découvre d'ailleurs qu'il est dirigé par le père de Jean-Michel Noir”.
“Reprise en main”
Bref, du côté de la Redoute comme d'Arnava, on se défile. Et parmi les salariés de la Redoute, peu étaient au courant de ce contrat entre père et fils. Mais la plupart critiquent l'arrivée du “jeune loup”, Jean-Michel Noir, à la tête de l'entreprise, en regrettant son prédécesseur Nicolas Bernard qui a pourtant mis en place le plan de licenciement de 672 salariés. Et un plan de départ volontaire pour 230 salariés. C'est d'ailleurs Jean-Michel Noir, alors PDG du groupe Redcats, qui l'a poussé en juillet 2009 à quitter son poste officiellement pour des “divergences” avant de prendre sa place à la tête de la Redoute. “Noir fait partie des tueurs mis en place par Pinault pour relancer le groupe” souligne Martine Lietaer, responsable syndicale CGC qui voit la nomination de Noir comme une “reprise en main brutale”. Au cours de son discours de rentrée devant les cadres du groupe au siège de Roubaix, Noir s'est d’ailleurs montré ferme et sans équivoque : “L'entreprise est dans cette situation à cause de vous. Il faut travailler à 200 % sinon votre place n'est plus dans le groupe” rapporte un cadre qui se dit choqué par les méthodes musclées du fils de l’ancien maire de Lyon. “On l'a pas attendu pour être à 200 %. Mais utiliser la menace pour motiver les troupes, c'est limite. Car les salariés sont motivés mais ont aussi besoin d'être rassurés”.
“Tueur”
En fait, le style management du fils Noir passe mal auprès des salariés. Avant d'arriver à la Redoute, Jean-Michel Noir, 41 ans, a fait ses premières armes à la banque anglo-saxonne Clinvest dans les fusions-acquisitions. Puis après un passage de cinq ans dans le cabinet d’audit McKinsey, il a travaillé huit ans dans le groupe de distribution Vivarte, spécialisé dans la chaussure et l'habillement. Puis il a été nommé en avril 2009 par Pinault PDG de Redcats pour sortir La Redoute de la crise qu'elle traverse. Un poste stratégique. Car après s'être débarrassé de Printemps, vendu 1 milliard d'euros en 2006, de Surcouf mais aussi de la Fnac et de Conforama, la Redoute pourrait bien être le prochain sur la liste. D'autant plus que les résultats de Redcats sont en baisse de 5,5 % au 1er trimestre 2009 avec un chiffre d'affaires de 867 millions d'euros. Et les résultats sont en baisse de 14 %. Car comme le hard discount, la vente par correspondance doit affronter une crise sans précédent en partie à cause des sites internet de vente en ligne. Et la Redoute qui réalise 55 % de son chiffre d'affaires par Internet entend bien se concentrer sur ce média. Du coup, Pinault avait effectivement besoin d’un “tueur” pour tenter de sauver cette entreprise. Reste à savoir si cette embrouille familiale ne va pas déstabiliser en interne ce jeune manager.
Une certitude, l’ancien maire de Lyon n’a pas vraiment tiré les leçons des «magouilles» qui l’ont contraint à abandonner la politique. Alors que l’entreprise qu’il a lancée il y a quelques années, Scientific Brain Training, est spécialisée dans la stimulation de... la mémoire !
Article publié dans Mag2 Lyon de janvier 2010 disponible sur commande ou au format numérique sur Relay.com



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rob