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Société | Sciences : Un ordinateur branché sur le cerveau |

26/01/2010

Sciences : Un ordinateur branché sur le cerveau

Décrypter ce que pense un patient, c’est la prouesse qu’a réussie un laboratoire de recherche lyonnais avec son projet Open VIBE. Explications de Jérémie Mattout, chercheur à l’Inserm.

L'objectif de ce projet Open VIBE ?

Jérémie Mattout : Créer un logiciel capable de développer des échanges entre un cerveau humain et un ordinateur. Donc d’étudier et de mesurer les signaux cérébraux. Ce qui a abouti à la mise au point du P300 Speller à l'issue de trois ans de travail mené avec l’INRIA de Rennes et l’Association française contre les myopathies, et qui a été financé par l’Agence Nationale pour la Recherche.
Comment marche ce prototype ?
On équipe une personne d’un casque à électrodes qui mesure les ondes électriques dans le cerveau, donc l’activité des neurones. Puis on lui montre sur un écran des lettres et des chiffres qu’on illumine les uns après les autres très rapidement. Le patient, lui, fixe son attention sur une lettre à épeler et dès que cette lettre est éclairée, son cerveau réagit à travers un signal électrique, appelé P300 qui est enregistré par le casque. La lettre est alors sélectionnée sur l’écran. Ce qui permet de dicter un mot puis une phrase par la pensée. Mais il faut compter au mieux 6 secondes par lettre.

Donc vous pouvez lire dans les pensées des patients !
Non ! Il faut forcément que le sujet fasse un choix sur l’écran et qu’il se concentre sur cette lettre. On ne peut donc pas lire les pensées intimes des gens. Mais c’est vrai que ce type de procédé alimente les fantasmes. Donc je le répète, si l’utilisateur n’est pas coopératif, ça ne peut pas marcher.
Mais certains casques existent déjà aux Etats-Unis !
Oui, il existe des casques sans fil mais aussi sans gel pour améliorer le contact entre les électrodes et le crâne. Ils sont surtout utilisés dans le monde du jeu vidéo. Et c’est intéressant car cela constitue un progrès qui pourrait être utile dans le domaine des neurosciences. Le problème pour l’instant, c’est que ces casques mesurent surtout l’activité musculaire du visage, pas les ondes cérébrales.
La prochaine étape de vos recherches ?
Open VIBE 2 va être utilisé par les éditeurs de jeux vidéo, en partenariat notamment avec Ubisoft. Mais moi, je vais continuer à développer les applications médicales. D’ailleurs, dans les mois qui viennent, on va réaliser, avec un service lyonnais de réadaptation, des expérimentations auprès de patients victimes du Locked-in Syndrome, c’est-à-dire du syndrome d’enfermement. Ces patients sont lourdement handicapés et ne peuvent plus communiquer suite à des traumatismes neurologiques.
Vous allez vraiment aider ces patients ?
On n’en est qu’au début. Mais on peut envisager de leur apporter un peu d’autonomie. Car ces patients communiquent aujourd’hui essentiellement grâce à des clignements d’yeux interprétés par des ergothérapeutes. Alors qu’avec ce casque, ils pourraient communiquer directement avec un ordinateur. Et pourquoi pas, enclencher une commande pour, par exemple, éteindre la lumière, allumer la télévision, ou encore à plus long terme, diriger un fauteuil roulant. C’est donc un espoir. Mais le chemin risque d’être long.
Pourquoi ça risque d’être long ?
La transition du labo au patient demande beaucoup de travail. Notre dispositif devra d’abord être miniaturisé car il nécessite trois ordinateurs. Ensuite, le casque qui a 32 électrodes et des fils n’est pas pratique. Enfin, si le patient a des difficultés de concentration, ce sera forcément un échec.
D’autres applications possibles à vos recherches ?
On a un projet en collaboration avec l’hôpital Neurologique de Bron pour mieux évaluer l’état de conscience des patients en état végétatif. On peut aujourd’hui mesurer leur activité cérébrale grâce à un électroencéphalogramme classique. Mais nous, on va essayer de leur donner des instructions pour voir s’ils comprennent, s’ils réagissent à travers un signe cérébral enregistrable.
On va enfin donc savoir si les personnes dans le coma nous entendent !
On va tenter d’établir une communication. Mais ces recherches viennent de commencer donc je ne peux pas encore faire de pronostic précis.

Propos recueillis par Maud Guillot

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