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Politique | Hélène Blanchard : “Dans trois ans, les Verts auront disparu” |

26/02/2010

Hélène Blanchard : “Dans trois ans, les Verts auront disparu”

Figure du combat sur la biodiversité, Hélène Blanchard, vice-présidente de la Région a claqué la porte du mouvement écolo en rejoignant la liste de Jean-Jack Queyranne pour les prochaines éléctions régionales où elle affrontera soncompagnon Etienne Tête. Elle expliquera sa décision à Mag2 Lyon en critiquant durement les mesquineries, le machisme et la rigidité idéologique des Verts.

C’est Etienne Tête qui vous a entraînée chez les écologistes ?
Hélène Blanchard : Non. J’ai mon propre parcours de militante. Tout a commencé en 1977 alors que j’avais 19 ans et que j’habitais encore Saint-Etienne. Christian Brodhag, le mari de ma sœur Françoise, était déjà engagé dans le combat écologique. Et il m’a présenté Raymond Faure, une figure de la Frapna, la fédération Rhône-Alpes de protection de la nature.
L’objectif de votre engagement écolo ?
D’abord la protection de la biodiversité car, pour moi, c’est la base de tout le reste : l’accès à l’eau potable, l’agriculture, la santé... D’ailleurs, avant de faire Science Po Grenoble, j’ai suivi deux années de biologie à l’université avec des professeurs passionnants.
Comment vous avez rencontré Etienne Tête ?
On s’est croisés en 1983 quand je me suis présentée aux municipales à Saint-Etienne mais j’ai vraiment fait sa connaissance fin 1987. Je faisais un stage au Conseil d’Etat et je travaillais sur le financement des partis politiques. Comme il était trésorier national des Verts, je suis allée le voir. Pas très romantique comme sujet !
Vous avez été bien acceptée chez les Verts ?
Tant que j’étais à Saint-Etienne, aucun problème. En revanche, dès que j’ai milité à Lyon, on m’a cataloguée “belle-sœur de” puis “femme de”.
Comment vous expliquez cette réaction des Verts ?
J’ai vite compris que c’était une manière de déstabiliser Christian et Etienne, deux électrons libres. Car Christian a parlé très tôt de la nécessité de convertir les entreprises à l’écologie avec des analyses techniques où il parlait déjà de la croissance verte. Du coup, les Verts le trouvaient trop libéral. Il a d’ailleurs quitté ce parti avant d’être nommé délégué interministériel au développement durable.
Etienne Tête dérange aussi chez les Verts ?
Oui. Car Etienne est un gros bosseur qui maîtrise ses dossiers. Ce qui dérange tous les écologistes qui se contentent de grands discours idéologiques.
Vous avez quand même supporté cette ambiance pendant des années !
Oui, en me situant en marge de ces querelles. Mais je sentais que je n’étais pas apprécié par certains Verts. Parce que je suis une pragmatique, parce que j’estime que l’urgence écologique exige de travailler avec tout le monde, parce que je ne cherche pas à tuer l’économie libérale... Bref, je n’étais soi-disant pas assez à gauche !
Mais qu’est-ce qui vous a décidée à lâcher les Verts pour le PS ?
Pendant six ans, j’ai été vice-présidente à l’environnement du Conseil régional et j’ai pu constater que les élus de mon parti me soutenaient très peu dans mon combat sur la biodiversité. Tout simplement parce qu’ils ont oublié leurs combats d’origine au profit de thèmes peut-être plus vendeurs.
Vous ne faites pas un peu de parano ?
Non. Chez les Verts, on m’a surnommée la Baronne de Rothschild de l’environnement car je ne m’occupais soi-disant que des animaux et des petits fleurs. D’ailleurs, je n’ai pas été très soutenue par les Verts quand je travaillais contre le nucléaire ou quand je menais des opérations concrètes avec des entreprises.
Pourquoi vous avez renoncé à vous présenter sur la liste des Verts ?
Parce que certains élus, notamment Gérard Leras, estimaient que les Verts ne pouvaient pas présenter un couple sur une même liste. Si cette règle existait chez les Verts, je l’aurais respectée. Mais c’était en fait une manière de nous écarter. Du coup, vu l’ambiance, j’ai préféré renoncer.

Mais vous quittez les Verts, alors qu’ils vont peut-être gagner certains conseils régionaux !
Pour moi, dans trois ans, les Verts auront disparu au profit d’Europe Ecologie. Et je serai triste pour les militants qui ont pris des coups quand il était très dur de s’afficher écolo et qui voient aujourd’hui débarquer d’autres personnages pour occuper les places sans avoir toujours des convictions solides...
Vous visez Philippe Meirieu, la tête de liste des Verts ?
En fait, je ne le connais pas. Je sais juste qu’il a été directeur de cabinet de Claude Allègre quand il était ministre de l’Education nationale et qu’il a dégraissé le mammouth. Résultats : tous les profs sont descendus dans la rue. Mais il y a de très bons candidats d‘ouverture sur sa liste comme l’avocate Me Marie-Noëlle Fréry ou Alain Chabrolles de la Frapna.
Mais Europe Ecologie, c’est quand même une dynamique d’ouverture !
A condition de choisir des candidats qui ont des convictions solides ! Or, au Parlement européen, les députés Europe Ecologie élus au printemps 2009 sont incapables d’avoir des positions communes. Certains ont même voté que le nucléaire était la meilleure solution pour lutter contre le réchauffement climatique !
C’est Queyranne qui vous a approchée ?
Non, il n’a fait aucune tentative de séduction ! Mon ralliement est une démarche volontaire qui s’explique par l’essoufflement des Verts aujourd’hui perdus dans leurs querelles idéologiques.
Comment les Verts ont réagi à votre départ ?
Très mal. J’ai eu droit à des sms anonymes me traitant de traître ou de salope. Alors j’aimerais rappeler à ces courageux que je rejoins le PS qui est un allié des Verts ! Pas l’UMP ! Et puis les femmes sont libres ! Vous vous rendez compte que certains Verts réclament aujourd’hui le départ d’Etienne de la liste des Verts parce que je suis passée au PS. Bref, ils lui reprochent de ne pas avoir “tenu” sa femme ! Pour un parti qui se dit féministe, c’est déplorable.
Vous semblez touchée par ces attaques ?
Je suis surtout très affectée qu’on s’en prenne à Etienne car il a fondé les Verts, qu’il ne quittera jamais ce parti pour le PS, qu’il a toujours travaillé pour l’intérêt général tout en étant constant dans ses convictions.
Vous avez discuté avec lui avant de prendre votre décision ?
Il m’a laissée prendre seule ma décision tout en m’affirmant que cela ne devrait pas lui-même le gêner. Mais c’était mal connaître l’état d’esprit de certains Verts !
Et cette rumeur qui circule sur votre couple qui n’irait pas très bien !
J’entends ça chez les Verts depuis plusieurs années. Car avec Etienne, on est très différents. Moi, je suis une élue pragmatique mais humainement, je suis impulsive. Alors qu’au contraire, Etienne est très combatif en politique mais c’est un homme réfléchi qui mûrit chacune de ses décisions.
Votre ralliement à Queyranne, ce n’est pas une manière de vous venger de Collomb qui vient de suspendre Tête de sa délégation d’adjoint ?
Pas du tout. D’ailleurs, j’ai pris ma décision avant que Collomb n’écarte Etienne. En revanche, je trouve que Collomb a montré sa fragilité en le suspendant. Au fond, le maire de Lyon a peur et il écarte tous ceux qui osent s’opposer à lui. Mais je crois que son OL Land ne se fera pas et qu’Etienne aura, une fois de plus, eu raison avant les autres.
Queyranne fonctionne différemment de Collomb ?
Oui. C’est quelqu’un qui est plus intelligent dans ses rapports avec les autres. Un homme politique avec qui on peut discuter !
Vous n’allez pas être l’alibi vert de Queyranne ?
Non, car Jean-Jack Queyranne a pris des engagements précis, notamment la création d’une agence régionale de l’environnement. Et puis si certains projets sont à nouveau soumis au Conseil régional, je voterai à nouveau contre. Notamment le nouveau réacteur nucléaire EPR, les Jeux Olympiques ou le Center Parcs qui va être construit en pleine forêt de Chambarans dans l’Isère,
Mais vous risquez de vous faire virer comme Etienne Tête !
Mais j’ai prévenu Jean-Jack Queyranne. Il m’accepte comme je suis, c’est-à-dire une abominable fille qui n’a jamais été au garde-à-vous !

Propos recueillis par Lionel Favrot

Article paru dans Mag2 Lyon de Février disponible sur commande ou au format numérique en cliquant ici.

 

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