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jeudi 09 février 2012 - 01:59
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Société | Bruno Lina et la grippe A : “Je ne comprends plus rien” |

01/03/2010

Bruno Lina et la grippe A : “Je ne comprends plus rien”

Très critiqué y compris par le corps médical, le virologue lyonnais Bruno Lina affirme qu’une seconde vague de grippe A peut frapper. Et il continue de plaider pour la vaccination.

Alors, vous annoncez une nouvelle vague de grippe A ?
Bruno Lina : Non. Je dis simplement qu’il faut se méfier car il peut y avoir une nouvelle vague en février ou en mars. Ce virus H1N1 circulera obligatoirement de nouveau, cet hiver ou l’hiver prochain. Car je m’appuie sur les pandémies du passé. En 1918, il y a eu une vague en automne puis une deuxième vague en février-mars. Même phénomène en 1957. Et en 1968, la seconde vague est arrivée l’hiver suivant.
Cette seconde vague sera forte ?
Je ne sais pas. En 1918 et en 1957, la deuxième vague a été moins forte. En revanche, en 1968, la seconde vague a été sévère.
Le vaccin sera encore efficace l’hiver prochain ?
Intuitivement, je dirais qu’il protégera sur le long terme car ce vaccin agit plus comme un rappel, c’est-à-dire comme si les patients avaient déjà été en contact avec ce virus. Mais ce que je ne sais pas, c’est si le virus aura muté l’hiver prochain. Ce qui rendrait les anticorps moins protecteurs.
En fait, vous ne savez pas grand chose !
Non, je dois admettre que je ne comprends plus rien. Je ne comprenais déjà pas grand chose avant, mais alors là, c’est encore pire !
Mais vous continuez de plaider pour la vaccination !
Oui, car je sais que ce virus de la grippe est imprévisible. Et imaginer que le problème est réglé est une erreur. Je ne changerai donc pas d’avis. De plus, soyons logique, on a reproché à la vaccination d’intervenir pendant l’épidémie, pas avant, donc si on veut éviter la prochaine vague, il faut se vacciner. Même si bien sûr, ça reste un choix individuel avec une prise de risque possible.

Mais cette grippe n’est pas dangereuse !
40 % des 5-14 ans ont quand même été touchés mais c’est vrai que cette grippe a été moins agressive que ce qu’on avait prévu. Ce qui est déroutant, même si c’est une excellente nouvelle. Cela dit, cette “grippette” a envoyé en réanimation une centaine de personnes qui parfois ne présentaient aucun facteur de risque. Ce qui ne se voit jamais avec une grippe saisonnière. Et puis la mortalité directe a été 5 à 10 fois supérieure à celle de la grippe classique.
Alors pourquoi personne ne veut se faire vacciner !
C’est difficile de répondre. Mais je pense que cette pandémie est arrivée dans un contexte compliqué, avec des conflits au sein du milieu médical entre les infirmières, les médecins et le gouvernement. Il était donc difficile d’obtenir l’adhésion du personnel soignant, pourtant nécessaire en cas de pandémie.
Mais il y a aussi eu des problèmes de communication !
Oui, c’est certain. Et je plaide en partie coupable. Car on a laissé la parole au lobby anti vaccin avec des personnalités qui ont pris des positions populistes et qui, par exemple, en ont rajouté sur le fantasme des adjuvants. Et j’ai entendu des âneries épouvantables !
Mais les avis scientifiques étaient très contradictoires !
Qu’il y ait un débat, je trouve que c’est très sain. Mais à un moment donné, il faut trancher ce débat et l’accepter. De plus, il faut arrêter de dire que les vaccins sont dangereux, c’est d’abord le virus qui est dangereux... D’ailleurs, si on a éradiqué certaines maladies comme la variole qui faisait des millions de mort, c’est bien parce qu’on a vacciné tout le monde.
Mais de là à acheter 94 millions de doses !
Au départ, on a évalué à 25 % le nombre de personnes qui ne voudraient pas se faire vacciner malgré l’annonce de cette pandémie. Il restait donc 47 millions de Français. Et comme, dans un premier temps, il fallait deux doses par personne, les pouvoirs publics ont commandé 94 millions de doses. Aujourd’hui, ça paraît excessif bien sûr. Mais est-ce que c’était une erreur de passer cette commande ? A mon avis, non. D’ailleurs, qu’est-ce qu’on aurait entendu s’il n’y avait pas eu assez de vaccins pour tout le monde !
Si ce virus avait été plus dangereux, il y aurait de toute façon eu de nombreux morts car le vaccin n’était pas prêt !
C’est vrai, ça aurait pu être catastrophique. Mais les laboratoires avaient besoin de délais pour livrer ces vaccins. Et en plus, on nous a reproché la rapidité avec laquelle ce vaccin a été produit ! Moi je reconnais au final qu’on a surestimé la dangerosité de ce virus. Mais il n’y a pas eu de faute manifeste. On a fait une erreur de prévision. Et comme disait Lao Tseu, c’est plus facile de prédire le passé que l’avenir ! Mais on n’a pas établi des scénarios catastrophes par plaisir. Le problème, c’est qu’on n’admet pas la prise de risque.

Propos recueillis par Maud Guillot

Article paru dans Mag2 Lyon de février 2010 disponible sur commande ou au format numérique en cliquant ici.

Commentaire

Sceptik

Dans le doute abstiens toi...d'affoler la terre entière et de faire dépenser des milliards aux contribuables
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