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mercredi 08 février 2012 - 10:19
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Société | Pascal Garnier est mort ce week-end |

08/03/2010

Pascal Garnier est mort ce week-end

A 60 ans, le Lyonnais Pascal Garnier avait publié une trentaine de romans, dont deux vont être adaptés à la télévision. Mag2 Lyon avait consacré un portrait en juin dernier à cet auteur de polars franchement atypique.

Il fume clope sur clope, raconte sans complexe ses années “beatnik”, ses voyages autour du monde, la défonce mais aussi ses cures de désintox et ses quatre mariages. Pourtant, Pascal Garnier a écrit en 20 ans plus de trente livres.... pour enfants. Bien sûr, il est surtout connu pour ses polars, comme “A 26”, “Les Hauts du bas” et plus récemment “Lune captive dans un œil mort”. Des romans noirs à l’humour grinçant mettant en scène des “petites gens”. Mais il cultive cette personnalité complexe, voire paradoxale. A la fois timide et moqueur, baroudeur et trouillard, sarcastique et naïf, instable et casanier... “Voyou chez les riches et snob chez les pauvres” résume-t-il.
En tout cas, rien ne prédestinait ce garçon d’origine modeste à devenir écrivain. Né le 4 juillet 1949, ses parents, ouvriers blanchisseurs, vivent dans un HLM  à Versailles avec leurs trois enfants. Et ils sont communistes. “J’ai eu droit au même carcan de moral qu’un fils de cathos” ironise Pascal Garnier qui, très vite, rêve de devenir un héros de roman d’aventure, genre Zorro ou d’Artagnan, plutôt que de suivre la plan de carrière tracé par ses parents, genre médecine ou droit. D’autant plus que son père, peintre amateur, est passionné de musique classique. Une famille tiraillée entre deux cultures : travail et bohème. Le jeune Pascal, lui, choisit rapidement son camp. A 15 ans, cet adolescent qui s’ennuie à l’école, quitte sa famille, sac au dos. Sur la route de Jack Kerouac. Il rejoint le Maroc. Et voyagera pendant près de 7 ans. Un long vagabondage. Après le Maghreb, il rejoint le Moyen Orient puis l’Inde. Il fait du stop, crève de faim, se drogue, écume les squats... Finalement, il est rapatrié avec une hépatite carabinée. Et il finit par se caser. Le déclic : une femme rencontrée en Espagne, qu’il met enceinte. Et qui en plus est riche. Son beau-père qui est propriétaire d’un château à côté de Sens, meurt quelques mois plus tard. Pascal Garnier, père de famille, se retrouve donc à la tête d’un domaine important avec des chevaux.... “Un changement radical !” rigole l’artiste.
Destroy
Mais Pascal Garnier s’ennuie. Il dévore la bibliothèque du château, se “bourre la gueule” avec sa belle-mère, puis commence à tourner avec des groupes de rock pour lesquels il écrit quelques chansons. “J’avais des trucs à dire mais je n’avais pas les outils” avoue-t-il.
Finalement, il part vivre avec une peintre excentrique dans le Marais à Paris. Une période “sympa mais destroy”. C’est à cette époque qu’il commence véritablement à écrire des nouvelles. Après un passage en hôpital psychiatrique où il enchaîne deux cures, il rencontre un libraire, également éditeur, Gilles Vaugeois qui publie ses textes en 1985. Un tournant. Pascal Garnier qui vit alors dans une chambre de bonne à Saint Germain des Prés reçoit le même jour deux coups de téléphone :  les éditions Nathan et POL acceptent de publier un de ses romans. “C’était too much ! Je passais mon temps dans les librairies à regarder mon nom sur mes bouquins, comme un gamin” raconte le vagabond qui, en tout cas, a enfin trouvé sa voie.
Il enchaîne ensuite les livres jeunesse, un par an, dont certains seront même étudiés à l’école. Et quand on s’étonne qu’un personnage tourmenté comme lui puisse s’imposer dans l’édition pour enfants, il réplique qu’il a gardé toute sa “candeur”.
Polar
Mais Pascal Garnier a du mal à imposer ses romans. Jusqu’au milieu des années 90 quand les éditions Fleuve noir publient “La Solution Esquimau”, l’histoire d’un auteur jeunesse qui voudrait passer à autre chose ! Il a alors près de 50 ans, vit avec sa troisième femme à Garches. Une “bourge” qui possède un bateau à Majorque. Mais il va passer un cap en 1999 en publiant “A 26”. L’histoire d’un employé de la SNCF atteint d’un cancer qui assassine des jeunes filles puis les fait disparaître dans le béton d’une autoroute en construction. Un roman qui fait sensation. Salué par la critique. Belle revanche.
Depuis, chacun de ses livres décroche un prix. Et Pascal Garnier vient de signer l’adaptation de deux de ses romans à la télévision : “Comment va la douleur ?” et “Lune captive”, le dernier polar qu’il a publié en janvier 2009. Une réussite tardive qu’il analyse avec une certaine distance. Mais cet écorché n’est ni cynique, ni revenu de tout. Juste étonné par son succès.
Angoisse
“En tout cas, pour la première fois de ma vie, je gagne un peu d’argent!” souligne Pascal Garnier qui vit depuis 5 ans dans une petite maison à Cornas après avoir vécu 6 ans à Lyon. Une ville où il est venu vivre pour suivre sa quatrième femme et à laquelle il reste très attaché : “Je me suis tout de suite senti comme chez moi à Lyon. C’est une ville à ma mesure où on peut flâner, passer d’un quartier à l’autre avec des ambiances différentes, se faire des amis facilement contrairement à ce qu’on dit... Bref, j’adore cette ville.”
Ses projets désormais : écrire le scénario de son téléfilm puis publier un nouveau roman en janvier 2010. L’histoire d’un sexagénaire et de sa fille déjantée qui partent pour un étonnant road-movie. Alors que deux autres polars sont déjà prêts.
“Je veux surtout rester chez moi” lance-t-il. Car ce baroudeur est fatigué. Marre des avions et des hôtels. A 60 ans, il a envie de se poser. Avoir une vie normale ou presque. Car Pascal Garnier reste un grand tourmenté : “Je vieillis et ce n’est pas marrant. On devient moche, on a mal partout... On sait qu’on va bientôt mourir, vous parlez d’un programme !”
Aujourd’hui, il se réfugie dans son atelier sous les toits de sa maison. Un capharnaüm où il peint. Une autre de ses passions. Des toiles assez sombres, avec un style figuratif qui représentent des personnages, des animaux... De temps en temps, il organise une expo. Comme en octobre 2009, au Palais idéal du Facteur Cheval.
“C’est ma danseuse” conclut-il en souriant.

Maud Guillot
m.guillot@mag2lyon.com

“Lune captive dans un œil mort”, sorti en janvier 2009 a déjà dépassé les 5 000 ventes. Un bon début pour ce polar qui met en scène un couple de retraités venu vivre dans le sud de la France, dans une résidence sécurisée et réservée aux seniors...

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