Un peu de recul sur ces régionales. Une certitude, la gauche triomphe. Et la droite se prend une claque alors que les Verts font un score décevant par rapport aux Européennes et que le Front National fait une remontée assez spectaculaire. Le Modem confirmant qu’il a explosé. C’est incontestable.
Le phénomène est un plus atténué dans la région Rhône-Alpes où la droite est en tête. Mais Jean-Jack Queyranne est assuré d’être réélu président. Même si les négociations en coulisses tournent mal avec les écolos. Car qui peut aujourd’hui le menacer au deuxième tour surtout avec un FN aussi musclé ? En revanche, les seuls à décrocher la majorité absolue au premier tour de ces régionales, ce sont les abstentionnistes. Un signe fort. D’autant plus que si on analyse les résultats des élections depuis une vingtaine d’années, on remarque qu’en fait, trois formations tournent autour de cette puissance électorale que constituent ceux qui ne votent pas. Et qui à certaines élections vont voter. Trois forces dont le fond de commerce est de contester la bipolarité gauche-droite qui domine le jeu politique en France depuis des siècles.
Un trio de choc : extrême droite, écologistes et centristes. Chacun au cours des dernières années a connu son heure de gloire en frôlant les 20%. Le FN à la présidentielle de 2002, le Modem à la dernière présidentielle et les Verts à la dernière élection européenne. Un sommet qu’ils semblent incapables de dépasser. En revanche, chacune de ces trois forces a pris des claques aussi en retombant autour de 5%. C’est le cas aujourd’hui pour le Modem et à la dernière présidentielle pour le FN comme pour les Verts.
Bref ce trio alternatif semble condamné à subir une sorte de «yoyo» électoral qui confirme qu’aucune de ces trois forces n’est capable de s’imposer comme une alternative crédible devant l’opinion. En étant capable comme la gauche ou la droite d’atteindre le seuil des 30% pour s’imposer comme la première force politique en France et conquérir le pouvoir.
Pourquoi ce blocage ? Difficile à décrypter. Mais il semble quand même évident que ces trois forces ont un point commun. Leur base électorale et culturelle leur donne une image trop spécialisée dans l’opinion. La sécurité pour le FN, l’écologie pour les Verts et l’Europe pour le Modem.
Et malgré une volonté d’élargir durablement leur audience électorale en tenant des discours économiques ou sociaux plus construits, ils n’arrivent pas à convaincre les «zappeurs», c’est-à-dire ceux qui sont prêts à voter pour eux sur un coup de coeur et à les laisser tomber sur un coup de tête.
De plus, pour atteindre son sommet, chacune de ces trois forces doit être «tirée» par un leader charismatique : Jean-Marie Le Pen, Daniel Cohn-Bendit, François Bayrou. Des chefs très médiatiques parce qu’il parlent «vrai» mais aussi très fragilisés par les divisions profondes au sein de leur mouvement. De l’extrême-droite au centre en passant par l’écologie, on sent bien que la cohérence est encore fragile. Chez les Verts on trouve de tout, de l’écolo gauchiste à l’écolo libéral. Chez les centristes même chose avec un doux mélange entre libéraux réactionnaires et sociaux-démocrates. Quant au FN, ça va du facho pur et dur au républicain tendance beauf style Pasqua.
Pas étonnant que ce trio qui incarne tant de contradictions canalise les pulsions électorales. Une certitude, après ces régionales, aucun ne semble capable de s’inscrire dans la durée en apparaissant comme une force politique stable. Une force politique d’avenir. D’ailleurs la droite et la gauche l’ont très bien compris. Et ils font tout pour leur savonner la planche en récupérant leurs thématiques : sécurité, écologie, Europe. Pour les marginaliser, les banaliser. Et les discours de ce trio qui contestent cette bipolarité droite-gauche finissent par lasser. Du fameux «ni-ni» de Bayrou, aux «tous pourris» de Le Pen en passant «le chemin alternatif» de Cohn Bendit.
Alors ? François Mitterrand, qui était un vrai pro, soulignait qu’en politique, il faut savoir «laisser du temps au temps». C’est-à-dire s’inscrire dans le sens de l’histoire. Or, sauf accident de l’histoire, les démocraties se sont construites sur des affrontements bipolaires. Plus simple, plus clair. Et surtout c’est la seule solution pour faire émerger une majorité. Ce qui exige pour les «alternatifs» de choisir leur camp pour pouvoir, un jour, exercer le pouvoir. Refuser ce schéma, c’est se condamner à faire du «yoyo» électoral. Et, au fond, du music-hall médiatique. C’est aujourd’hui la question qui se pose au coeur des trois mouvements politiques qui perturbent le jeu politique gauche-droite depuis des années. Choisir pour exister. Une question vitale.
En attendant les trois perturbateurs auront déjà rempli leur rôle. Dynamiser la droite et la gauche. En les incitant à se moderniser, c’est-à-dire prendre une certaine distance avec leurs dogmes pour tenir compte du terrain et des attentes de tous ces «alternatifs» qui ensemble, au sommet de leur puissance électorale représenteraient théoriquement 60% des électeurs !



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