Accusé d’antisémitisme, après ses propos sur la “tronche pas catholique” de Laurent Fabius, Georges Frêche, président de la Région Languedoc-Roussillon qui a été soutenu par Gérard Collomb, le maire de Lyon, dénonce les «élites» socialistes qui pour lui sont aujourd’hui coupées du terrain.
“La gauche française ne s’est toujours pas remise du séisme du 21 avril 2002. Ce jour-là, tout le monde s’est focalisé sur l’absence de Lionel Jospin au second tour de l’élection présidentielle, alors que le véritable tremblement de terre politique a été la rupture nette de l’électorat populaire avec la gauche. Rupture qui s’est confirmée, certes dans une moindre mesure en 2007, Nicolas Sarkozy l’emportant largement chez les employés, les ouvriers, les classes populaires, bref « les petites gens », qui constituent la part la plus importante de la société française. Car la gauche ne leur parle pas, ne leur parle plus.
Mais je ne me résous pas à cette fracture. Je suis un homme politique de terrain. J’ai choisi, non par défaut mais bien par choix, de faire ma carrière politique à Montpellier. Cette proximité avec les gens, et ce, quels que soient les aléas de la vie politique nationale, je ne l’ai jamais perdue. Beaucoup d’élus sont dans mon cas, comme Gérard Collomb. Sinon comment expliquer que la gauche dans les régions, les départements, les grandes villes, garde très largement la confiance du peuple, alors que les mêmes rechignent à voter pour nos couleurs lors des scrutins nationaux ?
Et pourtant, les élus de terrain comme moi sont accusés de faire du «populisme» ou du «clientélisme» parce qu’ils ne pensent pas et ne font pas comme «là-haut».
En 2007, avec raison, Régis Debray avait, dans une chronique au «Monde», clamé son amour du peuple et non du «people». Je regrette que chez certains de mes amis, «peuple» soit désormais synonyme de «populisme». Le « peuple », ce n’est pourtant pas un gros mot ! Mais il a été salement rudoyé par les élites, ce peuple, jeté aux gémonies par les bien-pensants : «stalinien» quand il se jetait dans les bras du Parti communiste, puis «facho» quand il flirtait avec le Front National. Or, les gens se retrouvent avec les élus qui leur ressemblent et agissent avec et pour eux. C’est aussi simple que cela. Nous voici donc revenus aux origines de la politique, qui est d’œuvrer pour l’intérêt général, de faire, et non de se faire voir. Comble de l’ironie, ce peuple qui a toujours fait l’Histoire de ce pays, ne serait plus fréquentable. «Il parle comme le peuple», dit le procureur de la Rue de Solferino en levant son doigt accusateur. Et toute «l’intelligentsia» suit, le petit doigt sur la couture du costume Kenzo. Et voilà que pleuvent les insultes : «raciste», «antisémite», «dictateur », «despote», «tyran»... J’en passe et des meilleures. Et le peuple du Languedoc-Roussillon pour qui j’agis, qui me connaît, tombe de l’armoire en se sentant blessé. Avec raison.
Mais le «problème», ce n’est pas moi ! Les apparatchiks du PS sont aujourd’hui «hors-sol», coupés de leurs racines. Le PS compte dans sa direction des gens brillants et sans nul doute compétents mais qui, pour la plupart, ont abandonné le lien avec le réel pour se camper dans des postures morales qui ne font pas un programme, loin s’en faut. Le PS devrait faire sienne la formule de Marc Bloch : «L’histoire de France ne se résume pas à l’histoire de l’Ile de France». Ou, dans le cas précis, de la Rue de Solferino, ajouterais-je. Ce parti fonctionne comme ce pays. A Paris, la tête. Ailleurs, en «province» (mot terrible s’il en est), les bras, les jambes. Et pourtant, chacun le voit, à Montpellier, Lyon ou même Lille, il se fait de belles choses dans nos «provinces». Des idées, des actions, des politiques publiques exemplaires qui pourraient servir de base pour un futur programme de la gauche sauf que… Sauf que nous n’avons jamais été invités aux think-tank (rien que le mot, quelle horreur !) qui pensent, dans le secret des laboratoires parisiens, la France de demain.
Montpellier, je crois, a fait ses preuves. Lyon a fait ses preuves. Pourquoi ne pas en tirer des enseignements, de voir s’il est possible de généraliser ces expériences ? Qui a invité Gérard Collomb sur les plateaux de télévision ou au PS pour évoquer avec lui son expérience de terrain ? Qui lui a permis d’exposer ses idées, sa démarche ? Personne de «là-haut». Je crois qu’une partie de la réponse au divorce entre la gauche et le peuple se trouve là : dans la capacité à écouter les élus de proximité, les seuls tenants aujourd’hui de cette gauche populaire que j’appelle à (re)construire demain. ”
(1). Georges Frêche vient de publier « Trêve de Balivernes » aux éditions Héloïse d’Ormesson.


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