Mag2 Lyon a retrouvé les plans d’architectes commandés par Jean-Michel Aulas pour étudier l’extension du stade de Gerland avant de les “oublier” pour lancer son OL Land à Décines. Un plan qui permet d’aménager 54 000 places pour 135 millions d’euros. Trois fois moins cher que le Grand Stade.
Riverains, contribuables, écolos, élus de droite et même de gauche... La contestation monte contre la construction d’un grand stade à Décines. Alors que les opposants menacent de déposer de nouveaux recours juridiques pour retarder ce projet. Leur objectif : obliger l’Olympique Lyonnais et la ville de Lyon à étudier sérieusement l’agrandissement du stade de Gerland. Ce qui éviterait de construire un nouveau stade à Décines, alors que Gerland, proche du centre-ville est déjà bien desservi par les infrastructures routières avec un périphérique, une rocade et une autoroute à proximité, mais aussi par les transports en commun. Tout en allégeant la facture des travaux nécessaires pour améliorer l’accessibilité du site de Décines, évalué aujourd’hui à plus de 200 millions d’euros.
Pourtant, cette idée a été écartée depuis trois ans. Principal argument invoqué par Jean-Michel Aulas : le stade de Gerland, même agrandi, ne peut pas atteindre une capacité de 60 000 spectateurs indispensables à un grand club. Ce qui ne convainc pas les opposants à Décines. D’ailleurs, le groupe UMP du Conseil municipal a même demandé au maire de Lyon de créer une commission pour étudier à nouveau cette hypothèse. Mais cette commission s’est contentée d’étudier s’il était possible d’implanter l’OL Land à Gerland. Non seulement le grand stade, mais aussi ses 100 000 m² de commerces et de bureaux. Du coup, la réponse a été évidemment négative.
Confidentialité
En fait, Jean-Michel Aulas lui-même avait étudié sérieusement l’agrandissement de Gerland en 2005. Il avait même confié ce travail à un architecte lyonnais de renom, Albert Constantin et son équipe de l’Atelier de la Rize. Connu pour avoir conçu certains grands projets comme la tour Oxygène de la Part-Dieu, il s’est aussi distingué en rénovant une première fois le stade de Gerland pour la Coupe du monde de football en 1998. C’est aussi lui qui a rénové à la même époque la Halle Tony Garnier. Bref, il présentait toutes les garanties pour proposer un projet solide. Ce sont ces plans que Mag2 Lyon a retrouvés. Des plans qui n’ont jamais été rendus publics parce que le patron de l’OL les a aussitôt rangés dans un tiroir, en mettant en avant son opération de Décines. Albert Constantin ayant signé des clauses de confidentialité, il ne pouvait pas lui-même les présenter aux Lyonnais. Cet architecte discret se contentant de répéter dans les dîners en ville : “Agrandir Gerland, ce n’est pas impossible.” Mais tous les décideurs qui ont consulté ces plans ont renoncé à les rendre publics car ils avaient peur d’être poursuivis par Aulas, le vrai propriétaire de cette étude, ou par Constantin qui en détient les droits intellectuels.
54 000 places
Mais Mag2 Lyon a décidé de rendre public ce projet pour relancer le débat. Un projet qui propose essentiellement d’agrandir les tribunes latérales en les rehaussant. Mais pour éviter que ces tribunes apparaissent comme des prothèses pas vraiment esthétiques, Albert Constantin avait eu l’idée de dessiner deux arches englobant tout le stade. Tout en conservant les quatre portes en béton de Tony Garnier aux quatre coins du stade. Bilan : 54 000 places contre 40 000 places actuellement. Ce n’est pas les 60 000 promises à Décines. Mais l’OL remplit en moyenne Gerland à 70% aujourd’hui, et cela paraît largement suffisant. Autre intérêt de ce projet : pendant les trois années de travaux, le stade pouvait encore fonctionner en accueillant plus de 30 000 spectateurs dans ses virages. Mais Constantin avait aussi esquissé des locaux annexes, notamment un espace VIP. Enfin, il proposait de construire plus de 50 000m² de surface commerciale en souterrain. Mais également autour de l’actuel Palais des Sports. Le tout pour 250 millions d’euros, dont un peu moins de 150 pour le seul agrandissement du stade.
Rien à voir avec la facture finale du Grande Stade de Décines qui s’élève aujourd’hui à près de 700 millions, en incluant l’aménagement des infrastructures routières, des parkings, d’une ligne de tramway...
Mais pour ces aménagements périphériques, on dispose désormais d’une autre étude : le rapport de la commission municipale chargée d’étudier une alternative en juillet dernier, qui a réalisé un inventaire précis de l’environnement du stade de Gerland. Naturellement, on ne peut pas implanter dans ce quartier la même surface qu’à Décines, mais si on déplace notamment la piscine, ce projet mérite d’être étudié. Même si les élus de cette commission ont préféré écarter cette hypothèse.
Resterait ensuite à définir si c’est la Ville qui financerait les travaux à Gerland pour ensuite se rembourser avec le loyer payé par l’Olympique Lyonnais. Ou s’il faudrait concéder ce monument historique à Jean-Michel Aulas pour qu’il finance lui-même ces travaux.
“Pas réaliste”
Bref, le seul obstacle à l’agrandissement de Gerland, ce n’est pas le stade actuel mais bien la volonté de Jean-Michel Aulas de réaliser une opération plus commerciale et immobilière que purement sportive. Une opération qu’il annonce être capable de financer sur fonds privés mais qui exige également d’importants investissements publics. Mais il est aujourd’hui difficile de savoir si ce projet de Gerland sera à nouveau étudié. Car le maire de Lyon considère que l’affaire est réglée. Il répète même à chaque Conseil municipal que cette alternative a été sérieusement étudiée mais qu’elle n’est “pas réaliste”.
Article paru dans Mag2 Lyon de mars 2010 disponible sur commande et au format numériue en cliquant ici



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