Pourquoi les journalistes de Mag2Lyon ont dissimulé leur identité pour réaliser le testing sur l'église et la pédophilie publié dans notre numéro d'avril ?
«Les journalistes ne sont pas simplement des informateurs. Ils doivent être aussi des agitateurs.»
C’est ce qu’expliquait dans une interview à Lyon Mag, dont l'équipe fondatrice a lancé Mag2 Lyon, le célèbre journaliste allemand, Günter Wallraff à l’occasion de notre numéro 100.
Huissiers, curés, médecins, politiques... Dès notre création, il y a aujourd’hui 15 ans, notre magazine a relevé un défi, celui de l’enquête engagée, sur le terrain, sans dévoiler notre identité de journaliste. Parce qu’on a toujours été conscient, que l’information officielle ne suffit pas pour vraiment informer ses lecteurs. Et qu’il faut dévoiler le dessous des cartes.
Mag2 Lyon entretient cette culture alternative. Malgré les protestations des notables qui dénoncent nos «méthodes de voyou». Y compris certains journalistes qui nous font la morale au nom de la «déontologie». Mais on a tenu et on a réussi à conquérir une certaine crédibilité auprès de nos lecteurs.
Notre objectif n’a jamais été de faire du sensationnel pour faire de l’audience, du fric ou pour le simple plaisir de foutre la «merde». Rien à voir avec ces fameuses caméras cachées qui font le «buzz» à la télé. Car chaque fois qu’on s‘attaque à un «sujet», on a un objectif précis : apporter aux lecteurs du sens. Exemple : dans le Mag2 Lyon qui vient de paraître, on a testé les gardes à vue en envoyant un journaliste se faire arrêter par une patrouille de police. Fouillé, jeté en cellule, interrogé... Il raconte. On est loin du débat assez convenu sur le «problème» de la garde à vue. Dans ce même numéro, plusieurs journalistes sont allés raconter à des curés lyonnais qu’ils avaient été violés par un prêtre pour tester leur réaction. Faut-il se taire ou «tout balancer aux flics» ? Là-encore, rien à voir avec les «papiers» classiques sur l’Eglise catholique et la pédophilie. Comme dans notre précédent numéro où on est allé acheter de la cocaïne dans les rues de Lyon avant de la faire tester par un laboratoire. Chaque fois, on raconte avec précision ce qu’on a vécu. Lieux, dates, noms... Et on enregistre.
Si c’est spectaculaire c’est parce que nos enquêtes sont souvent en décalage avec ce «journalisme de notable» que dénonce Wallraff. On n’a jamais donné de leçons à nos confrères. Chacun sa démarche. Elles sont d’ailleurs complémentaires. Nous-mêmes, on publie des dossiers, des interviews, des analyses... Mais il faut reconnaître la valeur de ce journalisme qui prend le risque du testing, de l’infiltration, du vécu. Surtout aujourd’hui où la presse est en crise. Crise de crédibilité, au fond. On peut même se demander si les lecteurs n’en ont pas «ras le bol» de ces journaux conformistes qui n’osent pas, qui ne se mouillent pas. Et qui se contentent des communiqués, des conférences de presse, des cocktails... Ou de réaliser des enquêtes bien cadrées, en faisant relire les interviews, voire les articles qu’ils publient.
Mais cette démarche est exigeante. Car elle impose aux journalistes de sortir de leur bureau et de lâcher leur téléphone. Mais surtout de croire en leur mission en acceptant d’être un vrai contre-pouvoir. Et d’assumer. Pas facile. Car dans les grands médias souvent contrôlés par des grands groupes industriels, les journalistes n’ont plus le pouvoir. Voilà pourquoi Mag2 Lyon qui s’est relancé en coopérative au printemps dernier tient autant à son indépendance.


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