Dans une interview accordée cette semaine à l’hebdomadaire Le Point, l’ancien ministre de l’Intérieur reproche au magistrat lyonnais d’avoir monté des dossiers contre lui pour protéger Jacques Chirac. Et il fait le parallèle avec les affaires Noir et Carignon.
Charles Pasqua doit passer devant la cour de justice de la République à partir de lundi prochain et jusqu’au 30 avril pour trois scandales politico-financiers. Notamment l’affaire du casino d’Annemasse dont il aurait accordé la concession à un patron ayant financé sa campagne aux élections européennes de 1999. Mais il se défend en estimant que ces dossiers ont été instruits à charge par Philippe Courroye, connu pour avoir été un juge d'instruction intraitable à Lyon où il s'est contruit son image d'indépendance. Et Pasqua lâche de graves accusations : “Je ne crois pas que ce magistrat soit à la recherche de la vérité. Je pense qu’il aime accrocher des personnalités à son tableau de chasse.” Selon Pasqua, ce magistrat lyonnais, aujourd’hui procureur à Nanterre, aurait toujours été au service de Jacques Chirac.
Courroye s’en serait ainsi pris à lui parce qu’il a annoncé en 2000 sa candidature pour l’élection présidentielle de 2002. Et pour appuyer son argumentation, Pasqua cite l’affaire Michel Noir, condamné pour avoir financé sa carrière politique avec l’argent détournée par son gendre Pierre Botton. Mais aussi l’affaire Carignon, également instruite à Lyon par Philippe Courroye. “Tout a été fait pour m’abattre et le juge Courroye a joué un rôle dans cette opération. Auparavant, il avait déjà abattu Michel Noir, dont l’ascension menaçait la suprématie de Chirac sur le RPR, puis Alain Carignon, qui soutenait Edouard Balladur.”
A l’époque, l’ancien maire de Lyon se positionnait comme un challenger de Jacques Chirac, en perte de vitesse après sa défaite contre François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1988. Et l'ancien maire de Grenoble s'était rangé derrière Balladur qui comptait se présenter à celle de 1995. Mais Pasqua reproche aussi à Courroye d’avoir épargné Jérôme Monod, patron de la Lyonnaise des Eaux, le grand groupe accusé d’avoir corrompu Carignon. Celui-ci n’a en effet pas été poursuivi dans cette affaire. “On n’a jamais compris pourquoi. Il se trouve que c’était le bras droit de Chirac, ça n’a sûrement rien à voir.” Une interview réalisée par Hervé Gattegno où Charles Pasqua qui joue souvent sur sa réputation sulfureuse et son goût du secret, se lâche enfin un peu plus.


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