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mercredi 08 février 2012 - 00:30
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Société | Enquête : On acheté de la cocaïne ! |

26/04/2010

Enquête : On acheté de la cocaïne !

On en trouve partout à Lyon. Et en plus, les prix sont en baisse. Un journaliste de Mag2 Lyon a acheté quelques doses. Et les a fait analyser par un laboratoire.

Jeudi soir, 22h, sur les pentes de la Croix-Rousse. Pas grand monde dans les rues mais j’aperçois quatre types qui discutent près d'une petite galerie d'art où s’achève un vernissage. J’hésite avant de les aborder mais ils me regardent en me lançant : “Vous cherchez quelque chose ?”. Je leur explique que j’ai besoin de quelques grammes de coke. Pas surpris. L'un d'entre eux me prend à part pour “négocier” pendant que les autres reprennent leur discussion tout en surveillant la rue. La trentaine, grand, maigre, mal rasé... Il me teste pour s'assurer que je ne suis pas un flic en posant quelques questions. Je lui explique que je suis parisien et que je suis venu voir un ami à Lyon... Il m’explique alors qu'il n'a pas la «marchandise» sur lui et qu’il lui faut deux heures pour la récupérer. En me précisant qu'il ne se déplace pas pour moins de 5 grammes mais qu’il livre où on veut. Il propose 5 grammes pour 270 euros.
Ce type ne semble pas vraiment fiable mais j’accepte. Il exige un numéro de portable. Je lui donne et il vérifie sur le champ en passant un appel. Mais il ne rappellera qu'à 3 heures du matin. Trop tard, je dors ! Visiblement agacé, il laissera plusieurs messages sur mon répondeur, en vain. Visiblement un amateur car ce n’était pas très compliqué de trouver quelques grammes de cocaïne à Lyon.
”Pas négociable”
Le lendemain, même heure près de l'Hôtel de Ville de Lyon. Beaucoup d’étudiants et une certaine affluence dans les bars de nuit. Deux jeunes en casquette-survêtement m’interpellent pour me “taxer” une cigarette et ils en profitent : «Tu cherches quelque chose ?” Décidément, c'est la formule magique des dealers. Mais eux, ils seront plus rapides. En moins de dix minutes, ils me présentent à un “ami” un peu plus vieux qu’eux qui m’entraîne dans une petite rue tranquille. Alors que les deux jeunes font le “guet”, on commence à négocier dans l’entrée d’un immeuble. “Tu as de la chance de m'avoir trouvé. J'ai la meilleure coke du secteur. D’ailleurs, c'est le début de la nuit mais j'ai déjà presque tout vendu... Il te faut quoi ?” Ses tarifs ne sont «pas négociables» : 1 gramme, 75 euros. Un vrai commercial. D’ailleurs, il a un bon look. Jean, tee-shirt blanc, blouson en cuir... Très propre sur lui.
Il sort un sachet en plastique. A l’intérieur, six doses d’un gramme. Il me laisse choisir, empoche la monnaie puis tout le monde se disperse. Le scénario est bien rodé. A peine une minute pour conclure.
Les rabatteurs auront leur “bakchich”, alors que le dealer continue à se balader dans le quartier dans l’attente du prochain client. Un habitué m’expliquera, dans un bar de la Croix-Rousse, qu’un dealer moyen empoche le Smic en quelques heures !
Cet habitué teste mon premier gramme. Il s’en met un peu sur la langue. Elle a le goût de sucre mais ne provoque pas d'anesthésie sur la gencive. Verdict : “C'est de la merde !”. En plus, à la pesée, il y a 0,7 gramme. L’analyse que je vais confier à un laboratoire va confirmer ce premier verdict.

Pavé de bœuf
Le lendemain. Dîner avec des amis dans un bouchon du Vieux-Lyon. Ambiance touristique. Mais contact sympa avec le serveur. La trentaine, sérieux mais décontracté, avec un piercing discret sur l'arcade sourcilière. Le style plutôt fashion. Je l’ai repéré car il est très “speed”. Le resto est plein mais il prend le temps de discuter et de rigoler avec les clients. Même scénario : je me fais passer pour un Parisien de passage venu rendre visite à un ami qui vient de s’installer à Lyon. Lui fait la saison dans la restauration à Lyon l'hiver, avant de retourner travailler chez lui, l'été sur la Côte d’Azur. Au moment du café, je tente en lui expliquant que “je cherche quelque chose de spécial ”. Il me sourit d'un petit air complice. Et revient quelques secondes plus tard avec l'addition dans laquelle il a glissé discrètement un gramme de cocaïne. Etonnant. C’est tout juste s’il n’a pas rajouté le prix de la dose sur l’addition. «C’est 80 euros» précise-t-il, en me donnant son numéro de téléphone pour la “prochaine fois”. Et il ajoute : “J'ai eu de la très bonne came il y a quelques mois et je devrais en recevoir dans les semaines qui viennent. Si vous en voulez...” Puis à voix basse, il me précise au cours de la discussion qu’il achète sa coke par 20 ou 30 grammes, pour ensuite la revendre à ses “amis” en prenant au passage une «petite marge», histoire de financer sa consommation personnelle.
Je teste sa cocaïne avec un expert. Sur la langue, elle a un goût de médicament mais elle provoque une anesthésie immédiate. Un bon signe selon lui. De plus, sur la quantité, le serveur du Vieux Lyon a été “réglo” : la dose pèse 1 gramme.
“La queue pour sniffe”
Changement de décor. Virée dans un appartement du 1er arrondissement pour une soirée organisée par un jeune couple. Des «amis» m’ont promis que je trouverais de la bonne «came». Ambiance BCBG. Une trentaine d'invités, entre 20 et 30 ans. Des étudiants, un banquier, un graphiste, une commerciale, un chargé de communication... En fond sonore, de la musique électronique. On danse ou on discute autour d'un verre... Rapidement, je repère une file d'attente devant les toilettes où on s'enferme par deux. C’est là que ces fêtards vont se faire une ligne à l'abri des regards. Pas très discret quand même. Car ils ressortent en rigolant avec le nez légèrement poudré. Une étudiante qui ne «marche qu’à l’alcool» ironise : « Avant, ça puait le joint. Aujourd’hui, ils font la queue pour sniffer dans les toilettes !”
Leur fournisseur : un invité qui m’explique qu'il ramène toujours quelques grammes pour “dépanner”. Bien habillé, un peu speed, il parle assez vite en reniflant et se frottant le nez régulièrement. Mais il ne veut pas qu’on le prenne pour un dealer : “C'est occasionnel, je rends service...” Mais il va me vendre 1 gramme pour 80 euros en me proposant même “un petit sniff pour tester la marchandise”. J’esquive en prétextant que c’est encore un peu tôt pour moi. Mais j’embarque ma dose. Mission accomplie. Une certitude, c’est vraiment très facile d’acheter quelques grammes de coke à Lyon. Dans la rue, les bistrots, ou au cours de soirées privées. Une «marchandise» qui s’est vraiment banalisée. Et des prix «cassés». Mais la qualité n’est pas au rendez-vous et la coke est souvent “coupée” avec des produits dangereux. Ce que va confirmer le labo qui va analyser cette coke lyonnaise.

“En vente libre”

Si les années 90 sont marquées par la hausse de la consommation du cannabis, les années 2000 sont celles du boum de la cocaïne dont la consommation est désormais courante. C’est ce que révèle le rapport de l'observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) rendu public en février.
En 2005, un million de Français avait pris de la cocaïne contre 250 000 en 1999, soit une augmentation de 400% ! Et selon cette étude, la coke n'est plus réservée à un milieu aisé, mais elle touche de plus en plus les classes moyennes, voire modestes. Notamment les chômeurs. Ce qui s'explique par la baisse importante du prix de la cocaïne, qui se situe désormais entre 50 et 100 euros le gramme.
D’ailleurs, les interpellations policières pour usage de cocaïne sont passées de 2 500 en 1999 à 4 430 personnes en 2008. Et les saisies de 1 311 kilos en 2000 à 8 215 kilos en 2008.
Et le phénomène touche des consommateurs de plus en plus jeunes. Selon, l'OFDT, dans la région Rhône-Alpes, 3 % des garçons de 17 ans ont déjà testé la cocaïne et 2 % des filles de 17 ans. Dans une étude réalisée en 2004 à Lyon, cet organisme soulignait : “Il faut environ deux heures pour trouver de la cocaïne dans un lieu public” en précisant que dans un environnement festif, c’est encore plus facile. Aujourd’hui, certains experts estiment même que la cocaïne est désormais“en vente libre”.

L’analyse du labo

Il est plus simple d'acheter à Lyon de la cocaïne que de la faire analyser ! Car un laboratoire n'a pas le droit d'analyser de la drogue s’il n’est pas saisi par la police, la justice ou un médecin. Mais on a fini par trouver un laboratoire à Paris qui a accepté de prendre le risque. Résultat de ses analyses : pas une seule trace de cocaïne dans la «poudre» achetée sur les pentes de la Croix-Rousse, qui se compose à 100 % de subutex, un médicament de substitution destiné aux toxicomanes “accros” à l'héroïne. Distribué sur ordonnance, ce médicament est largement détourné sur le marché noir où il se vend entre 5 et 10 euros le cachet. Mais on a payé cette «came » 80 euros pour un gramme. Une belle arnaque. Et en plus, c’est très dangereux.
De plus, la coke achetée dans un bouchon du Vieux Lyon est quant à elle “coupée” avec 54 % de cocaïne et le reste en paracétamol mais aussi hydroxyzine et lévamisole, «un anti-parasitaire utilisé aux Etats-Unis dans le traitement de certains cancers. Alors que l'hydroxizine est un anxiolytique”, explique un expert. La coke achetée au cours de la soirée privée est également “coupée” avec 56 % de cocaïne, le reste se composant exclusivement de lévamisole. De la bonne «marchandise» mais les produits ajoutés sont dangereux.
“Le consommateur ne peut jamais savoir ce qu'il sniffe”, conclut cet expert en ajoutant : «en moyenne, on retrouve 30 % de cocaïne sur un gramme acheté à Lyon. Alors que la drogue d'importation compte entre 70 % et 90 % de cocaïne. Mais les vendeurs français utilisent un panel d'autres produits pour gagner plus d'argent”.
Au final, les quelques grammes achetés par Mag2 Lyon révèlent que la coke lyonnaise, c’est vraiment de la merde ! Et encore, à Lyon, on n’est pas tombé sur de la coke coupée à la phénacitine, qui est un analgésique interdit car il provoque des maladies du rein et du foie. Le produit le plus utilisé en France.

Article publié dans Mag2 Lyon de mars 2010 disponible sur commande ou au format numérique en cliquant ici

Commentaire

jbsmA0489sdmaa

on se sacrifie je pense, mais pour la bonne cause et lorsque vraiment cela est justifiable les autorités se montre clémentes, car quoi que les gens disent, même si, certains peuvent consommer, ils reconnaissent les méfaits de cette véritable "merde". tant mieux que certains aient les couilles d'éviter que d'autres puisse livrer leur vie à l'illusion. Sans donner de leçons, sans etre moral, si l'alcool peut donner l'inspiration aux plus grands, cette poudre elle; n'apporte que rêves et détruit ce qui nous est le plus cher avant de nous avaler à son tour dans son cercle vicieux, qui nous menera comme à chacun dans un simple trou cresé pour nous. A l'unique différence, que sans elle nous aurions peut etre pu vivre 30 ans de plus

MoiMTP

Une enquête bien sympathique qui démontre que dans les villes branchées, où les jeunes et la fête sont omniprésents, que la Cocaïne est clairement démocratisée et accessible à tous... Le gouvernement fait un peu de prévention quant à l'usage du cannabis mais pas à la cocaïne. Cette drogue touche de plus en plus de personne provoquée par "l'effet de mode" et sa baisse de prix, il serait temps que le gouvernement s'en inquiète afin de prévenir. Bonne continuation ;)

humpha

serait intéressant de savoir le % moyen de coke dans un gramme il y a 10 ans, avant la popularisation

Kurieu

bien mais on aurait aimé voir les analyses à l'appui de la démonstration

fff

belle enquete; il y a que vous pour faire ca

Aluren

Enquete interessante, mais ne risque t'on pas la prison en la faisant ? Parceque la police aurait pu tomber sur le journaliste qui l'a faite. Comment on se justifie dans ce cas ?
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