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mardi 07 février 2012 - 23:36
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Economie | Un Mulliez s'impose à Lyon |

26/04/2010

Un Mulliez s'impose à Lyon

Neveu du fondateur d’Auchan, Guillaume Mulliez, 48 ans, a créé il y a 15 ans l'entreprise Dimo Gestion à Limonest, spécialisée dans les logiciels de gestion. Interview.

Votre parcours ?
Guillaume Mulliez : Après une école de commerce à Lille et trois ans en Amérique, j'ai travaillé près de 10 ans pour une entreprise parisienne Cerg Finance qui distribuait des logiciels de gestion de trésorerie. J'ai été consultant, commercial puis responsable d'agence. Mais ensuite, j'ai vraiment eu envie de devenir mon propre patron et de me lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Donc avec six associés, on a racheté pour 400 000 francs l'agence Rhône-Alpes de Cerg Finance qui est devenue Dimo.
Ce que pèse Dimo aujourd’hui ?
Dimo, qui est spécialisée dans les logiciels de gestion de trésorerie pour les entreprises, a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 16,8 millions d’euros, avec 185 salariés pour un résultat net de 5%. Grâce à 4 600 clients dans le monde dont 34 entreprises du CAC 40. Mais on a aussi un fort ancrage dans la région Rhône-Alpes, où 60 % des entreprises qui réalisent plus de 20 millions d'euros de chiffre d'affaires sont nos clients. Notre objectif étant de créer des logiciels qui apportent un vrai service aux entreprises en termes de gestion et de management.
Les logiciels que vous avez lancés ?
Notilus, qui permet de gérer et de contrôler les notes de frais et les voyages professionnels. Et on est devenu leader européen sur ce domaine très sensible pour les entreprises, surtout en période de crise. Car une gestion rigoureuse permet de faire des économies. Parmi nos principaux clients, il y a des groupes de presse comme Le Figaro, Le Monde, Herald Tribune... Car les journalistes voyagent beaucoup et la gestion des notes de frais en devises peut très vite devenir un casse-tête, voire un gouffre financier.
Vos projets ?
Mon objectif, c'est de doubler le chiffre d'affaires tous les cinq ans en développant notre activité à Paris où on a des bureaux, mais aussi à l'international où on réalise actuellement 10 % de notre activité. On a une antenne à Tunis pour couvrir la zone Afrique où on vient d'ailleurs de signer un gros contrat au Bénin...Bref, continuer d'entreprendre au sein même de mon entreprise.
Ça ne doit pas être trop dur quand on est un Mulliez !
C’est vrai que je fais partie d’une grande famille d’entrepreneurs. Mon arrière-grand-père Louis Mulliez a lancé en 1900 une petite activité de retordage de laine, qui est devenue plus tard Phildar et Saint-Maclou, qui font encore partie aujourd'hui du groupe Mulliez que certains considèrent comme un empire. Car Gérard, le petit-fils de Louis Mulliez a lancé Auchan, un des leaders de la grande distribution en France. Mais pour moi, ça n’a pas été facile pour autant. 
Pourquoi vous n’êtes pas entré dans une entreprise familiale ?
C’est vrai que notre famille contrôle des entreprises importantes comme Auchan, Norauto, Décathlon ou Leroy-Merlin...D'ailleurs, j'ai travaillé deux ans chez Phildar, une entreprise qui appartient à la famille. Mais j'aime vraiment la gestion et le commerce. De plus, les entreprises du groupe sont souvent très importantes mais il y a un seul dirigeant puis des cadres. Et il y a très peu de Mulliez car on a plus une culture d'entrepreneurs. D’ailleurs, je n'aime pas avoir un patron et j’ai préféré développer mon propre projet.
Les valeurs du groupe Mulliez ?
Le groupe Mulliez est marqué par des valeurs du christianisme et du scoutisme. Dans la famille, l'argent sert d’abord à construire. On a en fait une vraie culture d'entrepreneurs, mais on reste toujours modestes et discrets car au fond, même avec une fortune, on n'est pas grand chose sur terre. Il est donc essentiel pour nous de partager.
Vous appliquez cette philosophie chez Dimo ?
Oui car chez Dimo, la priorité, c’est les hommes. Car on a conscience que l’essentiel, c’est l’équipe et sa motivation. Surtout en période de crise. Voilà pourquoi on a une culture de partage aussi des richesses. Et on incite les salariés à devenir actionnaires. D’ailleurs, 120 des 180 salariés sont aujourd’hui actionnaires de Dimo.
Vous avez quitté le Nord pour échapper à la pression familiale ?
Pas du tout, je reste attaché à ma région d’origine. Mais je vis aujourd’hui depuis 20 ans dans la région Rhône- Alpes à laquelle je suis attaché car j'aime vraiment la montagne. D’autant plus que cette région est dynamique sur le plan économique comme le Nord. Même si elles ont souffert car leur activité dominante, la laine, le chanvre et la soie, ont été remises en cause. Mais on a su relever le défi et rebondir. Voilà pourquoi, avec des cousins, on a créé le réseau Entreprendre Rhône-Alpes, qui aide les créateurs d'entreprises à se lancer. Comme la famille Mulliez l’a fait dans le Nord avec la fondation Entreprendre.
Comment vous voyez la crise ?
Comme une opportunité pour Dimo Gestion, car les entreprises doivent optimiser leur gestion en maîtrisant leurs coûts de production. Elles ont donc besoin d'outils qui leur proposent un rapide retour sur investissement. D’ailleurs l’année dernière, on a réalisé une croissance de 10 %, et sur les six premiers mois de 2010, on est en hausse de 20 %. 

“Homme libre”

A 48 ans, Guillaume Mulliez est un vrai entrepreneur. L’esprit de famille. Direct, accessible et sympathique, ce patron, qui est un chrétien convaincu, habite à Dardilly, la ville du Curé d'Ars avec son fameux oratoire où il aime aller se recueillir  Divorcé deux fois et père de 4 enfants, il vit avec sa compagne en union libre car il estime qu’il n’y a “pas d'amour sans liberté”. Sportif, Guillaume Mulliez aime aussi marcher deux heures dans le bois de Serre, le matin, avant d’aller travailler. Et il retourne une fois par mois dans le Nord, le fief de sa famille, les Mulliez, qui contrôlent un véritable empire avec, entre autres, Auchan, Décathlon, Norauto, Saint-Maclou, Leroy-Merlin... Deux fois par an, les Mulliez organisent d’ailleurs une assemblée générale qui réunit la totalité des actionnaires tous issus de la famille. Mais Guillaume Mulliez estime être resté un “homme libre” et un entrepreneur épanoui, qui trouve toujours le temps nécessaire pour partager les valeurs auxquelles il croit avec les jeunes au sein du mouvement scout.

Joan Tilouine

Article paru dans Mag2 Lyon d'avril 2010 disponible sur commande et au format numérique en cliquant ici

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