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mercredi 08 février 2012 - 00:15
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Judiciaire | Pierre Botton : “Toujours suspect” |

26/04/2010

Pierre Botton : “Toujours suspect”

Alors que la ministre de la Justice venait de confier à Pierre Botton une mission pour améliorer les conditions de vie des détenus, l’ancien gendre de Michel Noir, condamné à cinq ans de prison dans les années 90, a provoqué une polémique. A la suite d’une plainte pour escroquerie déposée par un de ses clients. Il s’explique.

Alors, vous êtes retombé dans les “affaires” ?
Pierre Botton : Absolument pas. Un pharmacien du Var a porté plainte contre moi pour un simple conflit commercial vieux de trois ans qui concerne ETC agencement, l’entreprise d’aménagement de pharmacie que je dirigeais à l’époque. (xx) Et ce pharmacien a retiré sa plainte en dénonçant une instrumentalisation politique de cette affaire.
La justice continue d’enquêter sur cette affaire ?
Je n’en sais rien. Moi, je n’ai aucune nouvelle de cette histoire depuis 2007. Mais est-ce que c’est un hasard si cette affaire a été rendue publique dix jours après que Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, m’ait confié une mission sur les prisons ?
C’est un coup monté ?
Ce qui est un coup monté, c’est l’audience incroyable que l’on a donnée à un simple conflit commercial.
Certains pensent peut-être que vous revenez en politique !
Mais cela n’est absolument pas le cas. En 2000, j’avais déjà travaillé avec Elisabeth Guigou, alors Garde des Sceaux, pour obtenir que les détenus puissent signer les carnets de notes de leurs enfants, et si je travaille aujourd’hui avec Michèle Alliot-Marie, c’est toujours dans cette volonté d’améliorer les conditions de détention.
Pourquoi vous avez attaqué l’avocat lyonnais Alain Jakubowicz qui défend ce pharmacien ?
J’ai seulement été surpris qu’un pharmacien du Var aille chercher un avocat lyonnais pour le défendre. Est-ce qu’il n’a pas assez de clients à Lyon ?
Vous vous attendiez à ce que cette affaire provoque une telle polémique ?
Evidemment non !
Qu’est-ce qui vous choque le plus ?
Ce qui me choque à propos de cette plainte, c’est que certains m’ont présenté comme un ancien détenu et non comme un chef d’entreprise. Cela démontre que pour certains, quand on a été condamné une fois, on est toujours suspect !
Comment s’est passée votre réinsertion ?
Elle a forcément été plus facile que pour d’autres grâce à ma notoriété. Cela fait neuf ans que je travaille à nouveau partout en France, à Paris, Monaco et même Tahiti. En revanche, je peux vous dire qu’aucun pharmacien de la région lyonnaise ne m’a appelé ! On peut se demander pourquoi ?
Vous avez encore des contacts avec Lyon ?
Oui. Comme Jean-Michel Aulas qui m’invite aux matchs de l’OL mais aussi Paul Bocuse, Christian Boiron, Eric Oboeuf, le patron du Sofitel...
Dans quelles conditions vous avez obtenu cette mission ?
J’ai rencontré Michèle Alliot-Marie à la sortie d’un studio d’Europe 1 où j’avais été interviewé sur la réforme de la loi pénitentiaire. Elle a vu que je savais de quoi je parlais puisque j’ai fait 602 jours de prison dans sept maisons d’arrêt différentes. Mais elle a été très courageuse de me confier cette mission car elle savait que cela pouvait déranger certains.
Pourquoi vous dérangez ?
Parce que ce genre de mission est en général confié à un haut fonctionnaire. Du coup, cela a choqué certains qu’elle me confie ce dossier, alors que je suis un ancien détenu.
Qu’est-ce que vous intéresse dans cette mission ?
Diminuer le choc carcéral pour les primo-délinquants qui n’ont jamais mis un pied en prison. Imaginez qu’après 48 h de garde à vue, ils débarquent dans une “cage” où ils vont rester enfermés en attendant qu’on leur trouve une cellule. Sans avoir pu avertir leur famille, ni se changer, ni connaître le fonctionnement d’une prison... Et ils subissent une fouille intime. Je peux vous dire que la première fois où vous voyez un surveillant enfiler un gant, vous vous demandez ce qui va vous arriver. Tout cela est d’une violence extrême !
Vous ne vous occupez pas des récidivistes ?
Non. Quand on est récidiviste, on a déjà vécu tout cela. Et puis je ne prétends pas tout connaître, notamment les problèmes des longues peines.
Qu’est-ce que vous avez proposé à Michèle Alliot-Marie ?
Des mesures concrètes et rapidement applicables. Car les rapports qui finissent dans un tiroir, ça ne m’intéresse pas. Moi, j’ai dû me dénuder plus de 200 fois.  Alors quand je parle de choc carcéral, c’est du vécu.
Les mesures que vous proposez ?
J’ai demandé qu’on affiche la déclaration des Droits de l’Homme à l’entrée des prisons, qu’on mette un banc assez large dans les cages pour que les détenus puissent s’allonger, des écrans de télévision pour les informer sur les conditions de détention... Mais aussi qu’on leur donne une serviette assez grande pour se sécher, un parfum pour le tout premier parloir, des tongs pour éviter les champignons dans les douches...Cela me paraît un minimum.
Et vous rencontrez des résistances pour appliquer ces mesures ?
Vous ne pouvez pas imaginer ! Même pour un simple banc, j’ai dû remonter au cabinet du ministre pour obtenir un arbitrage.
Comment expliquer ces blocages ?
C’est un problème de culture. Il n’y a pas de sympathie naturelle pour ceux qui vont en prison. Cela fait des siècles que les prisons sont sales et tout le monde a du mal à imaginer autre chose. Au fond, c’est un problème qu’on ne veut pas voir. Moi-même, j’avoue que si je n’avais pas fait de la prison, ce sujet ne me préoccuperait pas. Mais de plus en plus de gens découvrent cet univers et ils en ressortent scandalisés.
La responsabilité des surveillants de prison ?
Ce qui bloque, c’est le système. Et je recommande au contraire d’écouter davantage les surveillants car ils connaissent bien ces problèmes. On les appelle les porte-clefs. Alors que je pense qu’ils doivent jouer un vrai rôle humain.
Mais les “matons” ont pourtant une très mauvaise image !
Eh bien, les gens ont tort. Moi, c’est un surveillant qui m’a sauvé la vie le 24 décembre 1992, alors que c’était mon premier Noël en prison et que je craquais. Il a ouvert la porte et m’a parlé. Au mépris de tous les règlements.
Que vous inspire le suicide de Jean-Pierre Treiber ?
D’abord, c’est un drame pour les deux familles, celle de Treiber et celle des victimes qui ne sauront jamais la vérité sur cette affaire et qui ne pourront jamais faire leur deuil. Mais ce suicide démontre bien que le système actuel de prévention des suicides ne fonctionne pas.
Pourquoi on n’arrive pas à prévenir les suicides dans les prisons ?
Parce qu’aujourd’hui, un détenu qui pose des problèmes est placé à l’isolement. Il peut remplir une fiche pour obtenir un rendez-vous avec un psy, mais lorsque celui-ci lui sera accordé, il sera trop tard ! Il faut au contraire intervenir immédiatement. C’est la meilleure manière de prévenir les suicides.
Vous espérez vraiment faire bouger les choses ?
Oui. Il y a actuellement un projet expérimental à la Maison d’arrêt de Nanterre et je peux vous dire que dans deux mois, on verra des changements concrets qui devraient s’étendre à toute la France.
Au fond, vous êtes un escroc ou un naïf ?
Votre question est insultante et blessante. Ma famille est ressortie anéantie des affaires lyonnaises. La page est tournée et vous feriez bien, vous aussi, de la tourner ! Et puis dans l’affaire Noir, je n’ai pas été poursuivi pour escroquerie. Et ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui. Reste à savoir qui je suis vraiment, cela fait 17 ans que je suis en analyse avec un psy et je ne le sais toujours pas moi-même !

Lionel favrot

Article publié dans Mag2 Lyon de mars 2010 disponible sur commande ou au format numérique en cliquant ici

Commentaire

MAJADE

CE GARS LA C'est un crack qui veut maintenant mettre son talent au service des prisons et c'est tellement fort que peu de gens veulent le croire moi si
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