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Météo Lyon :
Judiciaire | 17 balles sans mobile |

03/05/2010

17 balles sans mobile

Salah Aziez a abattu de 17 balles celui qui le considérait comme son frère. Un assassinat d’une rare violence. Mais dont le mobile reste mystérieux. Il est actuellement jugé par la cour d’Assises de Lyon.

“Si c’était à refaire, je le referais.” C’est Salah Aziez qui parle. Petit, la peau mate, à peine plus d’1 m 70 pour 65 kg, il n’a pas la carrure d’un caïd. Mais ses yeux noirs et son regard fixe impressionnent car il a l’air particulièrement déterminé. Pourtant, il s’adresse au juge d’instruction Christine Codol qui l’interroge pour la première fois, après qu’il ait tué Malek Guittoum, à Villette d’Anthon, le soir du 9 janvier 2007.
Tout a commencé quelques heures plus tôt, en fin d’après-midi, quand Aziez débarque au bar la Terrasse, à Saint-Just, dans le 5e arrondissement. Il retrouve alors Samia, une amie d’enfance de la femme de Malek Guittoum. Après avoir invoqué un prétexte, il la fait sortir du bar et une fois dehors, il la frappe avant de l’embarquer de force dans son Audi A3. Le début d’un véritable road-movie sanglant. Il monte jusqu’au cimetière de Loyasse, sur la colline de Fourvière, où il expulse son otage de la voiture pour la rouer de coups. “Je l’ai vraiment frappée avec le cœur” expliquera-t-il plus tard. En fait, il veut s’assurer de sa soumission car il a besoin d’elle pour la suite. Première étape : l’appartement d’un certain Ahmed, à Vaise. Un ami de Guittoum, qui refuse de lui ouvrir sa porte. Aziez prétend avoir voulu l’embarquer pour qu’il assiste à “l’exécution” de Guittoum. Mais les enquêteurs estimeront qu’il voulait en fait l’assassiner.
“Comme un frère”
Mais Aziez poursuit son périple. Car sa vraie cible, c’est Malek Guittoum. Les deux hommes se sont rencontrés un an plus tôt. A l’époque, Aziez est dans la galère. Il faut dire qu’il n’a jamais eu une vie très stable.
Né à Villefranche-sur-Saône en 1968 dans une famille de six enfants, il se révèle violent dès l’adolescence. En 1991, il passera deux mois en prison pour un délit de fuite après un accident de la route. Un an plus tard, il est arrêté alors qu’il est aperçu avec un revolver 357 Magnum à la ceinture. Une interpellation musclée car il tente de tirer avant d’être maîtrisé par les policiers. En décembre 1996, il va déraper à nouveau. Alors qu’il conteste la note dans un restaurant lyonnais où il vient de déjeuner, il sort pour revenir avec un colt 45, tire au plafond et balance même une grenade derrière le comptoir. Heureusement, sans faire de blessé. Ce qui lui vaudra d’être condamné à 5 ans de prison par la Cour d’appel de Lyon en novembre 1998. Libéré en 2001, il vit de petits boulots et de trafics. Sa vie sentimentale est également instable avec trois unions successives dont naîtront deux filles. Jusqu’à cette rencontre avec Malek Guittoum qui n’est pas non plus un enfant de chœur. Il a même fait plusieurs années de prison pour des braquages et du trafic de drogue. Mais à l’époque, il s’est rangé. Guittoum l’accueille chez lui pendant un mois. Ce qui agace sa femme avec qui il vient d’avoir un enfant car Aziez abuse, il se comporte comme s’il était chez lui, rentre tard la nuit... Mais Guittoum refuse de le mettre dehors en expliquant qu’il le considère “comme un frère”. Il finira tout de même par le convaincre de partir, malgré les protestations d’Aziez qui disparaîtra jusqu’à ce fameux soir du 9 janvier 2007 où il débarque donc avec son otage à Villette d’Anthon. Il fait déjà nuit. Ce petit village de l’Isère, situé au bord du Rhône, est surtout connu pour son golf prestigieux mais il abrite une petite cité HLM où habite justement Guittoum. Aziez monte au troisième étage, avec Samia qu’il place devant la porte, alors que lui-même se plaque contre le mur de l’escalier pour ne pas être vu en lui demandant de sonner. Amel, l’épouse de Guittoum, ouvre sans méfiance la porte à son amie. Aziez la bouscule avant d’entrer dans l’appartement. Malek Guittoum s’interpose en protégeant sa femme et son fils de trois ans. “Mais qu’est-ce que tu fais, Salah ?” Ce sera sa dernière phrase. Aziez tire 12 fois. Guittoum s’effondre. Mais Aziez lui tire encore cinq balles dans la tête. Les médecins relèveront 30 impacts dans le corps de Guittoum. Alors que la femme et le fils de Guittoum se réfugient dans la chambre. Aziez hésite un instant, puis il s’enfuit. Le quartier est alerté par la fusillade. Des jeunes s’attroupent sur la pelouse devant l’immeuble. Aziez tire un coup de feu en l’air pour les éloigner puis il repart tranquillement au volant de l’Audi qu’il abandonne dans le 5e arrondissement, avant de louer une 207.
Mais ce n’est pas fini. L’assassin part à la recherche des amis de Guittoum, Ahmed, mais aussi Hichem et un certain Bibiss. Il va les chercher au Bon Coin, un bar de l’avenue de Pressensé, dans le 8e arrondissement. Le patron affirme ne pas les connaître. Du coup, Aziez sort son arme, ordonne aux clients de s’enfermer dans les toilettes, puis il saute par dessus le zinc, arrose de balles les bouteilles et braque le patron pour réaliser un “retrait”. C’est-à-dire la recette, environ 10 000 euros. Il va alors acheter un 357 Magnum avant de rôder ensuite pendant deux jours dans le quartier Paul Bert, entre les 3e et 7e arrondissements, où il passe au bar Les Maisons Neuves puis au Shéhérazade. Sans retrouver les amis de Guittoum.
Entretemps, la police a mis en place une surveillance autour du foyer de Saint-Romain au Mont d’Or où sont placés les enfants de sa compagne à qui il rend visite régulièrement. Deux jours plus tard, il débarque. Deux motards de la gendarmerie tentent de l’intercepter. Aziez fonce. Un des motards a juste le temps de s’écarter. Mais sa 207 est hors d’usage. Du coup, il continue à pied, crible de balles le break d’une automobiliste car elle refuse de lui laisser le volant. Finalement, il braque un autre conducteur : “Descends. Ou t’es mort !”. Et celui-ci lui abandonne sa Rover. Mais un des motards s’est lancé à sa poursuite. Aziez tire. Le gendarme couche sa moto sous le pont de Saint-Romain pour se protéger et se met à riposter. Mais le meurtrier réussit à s’enfuir par les quais de Saône.
“Etat limite”
C’est le 27 janvier, environ trois semaines après le meurtre, qu’il sera interpellé rue Chenavard dans le 1er arrondissement. Alors qu’il tente de voler une voiture. Quand les policiers interviennent, il ne réagit pas, visiblement ivre. Sur lui, on retrouve des armes, des dizaines de cartouches... Les enquêteurs font rapidement le lien avec le crime de Villette d’Anthon. Mais les explications d’Aziez sont très embrouillées. Seule certitude : il manifeste une véritable haine contre Guittoum qu’il appelle “l’ordure” en précisant : “c’était lui ou moi”. Du coup, les enquêteurs vont étudier la piste d’un règlement de comptes sur fond de trafic de drogue. En vain. Grâce à un témoignage, ils explorent également la piste d’une vengeance, un témoin affirmant qu’il aurait voulu venger sa compagne car Guittoum lui aurait “manqué de respect”. Mais là encore, impossible de confirmer cette hypothèse, comme celle d’un viol collectif dont elle aurait été victime. Mais Aziez, comme sa compagne, démentent en bloc.
Il ne faudra pas moins de trois psychiatres pour analyser ce cas : les Drs Fabrizi, Ajjenberg et Peyramond. Pour eux, le meurtrier a un niveau intellectuel “normal”, ne souffre “d’aucune pathologie” ni “d’aucune altération de son discernement.” C’est tout juste si le Dr Peyramond parle d’une “personnalité psychopathique, avec des états limites prépsychotiques”, qui s’expliquerait par sa vie “chaotique”. Les avocats sont aussi perplexes. Une dizaine de jeunes pénalistes lyonnais vont se relayer pour le défendre. Maîtres Heyraud, Charles, Candela... “Un type très directif”, se souvient l’un d’eux. Finalement, c’est un autre jeune pénaliste lyonnais, Me Emeric Molin qui a pris cette affaire. Tout porte à croire que l’avocat d’Aziez insistera sans doute sur la personnalité “limite” de l’accusé.
En tout cas, c’est le procureur général, Jean-Olivier Viout, qui représentera l’accusation. Et compte tenu de la violence des faits, Aziez risque jusqu’à 30 ans de prison. Reste à savoir si l’audience permettra enfin d’établir pourquoi Salah Aziez a abattu de 17 balles celui qui le considérait comme son “frère”.
 
Bruno Le Fresnes

Article paru dans Mag2 Lyon d'avril 2010 disponible sur commande ou au format numérique en cliquant ici

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