En mai 2003, Lyon Mag aujourd'hui disparu mais dont l'équipe a relancé Mag2 Lyon, avait été condamné par la cour d'appel de Lyon pour diffamation envers Tariq Ramadan. Mais la Cour européenne des droits de l'Homme vient de condamner la France pour “non respect de la liberté d'expression” car elle a considéré que cette enquête sur un prédicateur islamiste était d'intérêt général.
C'est l'enquête-portrait sur le prédicateur islamiste Tariq Ramadan publiée en octobre 2001 dans le mensuel Lyon Mag - dont l'équipe est aujourd'hui à Mag2 Lyon - qui avait valu une condamnation en appel pour diffamation. Lyon Mag avait pourtant gagné en 1ère instance. Mais la Cour européenne des droits de l'Homme vient de rendre un arrêt qui condamne la France pour violation du droit à la liberté d'expression. La Cour de Strasbourg a estimé, suivant les arguments de notre avocate Me Marie-Christine de Percin, que cette enquête s'inscrivait dans un “débat d'interêt général” et que les journalistes avaient fait preuve de “prudence” sans manifester “aucune animosité personnelle” envers Tariq Ramadan dont la photo était en Une du magazine.
Enquête de terrain
Pour prendre sa décision, la Cour européenne des droits de l’Homme rappelle tout d’abord que ce portrait de Tariq Ramadan prenait place dans une série d’articles “résultant d’une enquête de terrain”. Du coup, elle considère que pour juger la plainte de Tariq Ramadan, la justice lyonnaise aurait du prendre le soin de bien distinguer le portrait qui lui était consacré de l’enquête générale où il était simplement cité comme un conférencier souvent invité à Lyon.
En effet, Tariq Ramadan s’était permis de juxtaposer dans sa plainte des citations extraites de ces différents articles pour finalement reconstituer des paragraphes qui n’avaient jamais existé. Ce qui lui permettait de prétendre abusivement que Lyon Mag l’accusait d’être un recruteur de terroristes alors que les journalistes soulignaient en fait le danger de ses discours islamistes. La CEDH précise même que la cour d’appel de Lyon a basé sa décision sur “une partie du texte qui est tronquée.” Quant à la publication de sa photo en Une pour illustrer ce dossier, elle juge que cela lui donnait simplement “un rôle important”.
Discours dangereux
De plus, la Cour européenne des droits de l’Homme indique clairement que Lyon Mag s’était basé sur un travail sérieux pour mettre en cause Tariq Ramadan et que la justice lyonnaise avait tous les éléments nécessaires pour en juger : “les nombreux documents contenus dans l’offre de preuve font clairement état du danger que représentent ses discours.” Elle insiste aussi sur “la multiplicité et le sérieux des sources consultées et de l’enquête réalisée.”
Pas d’amalgame
Enfin, ces magistrats relèvent au passage que Lyon Mag avait “mis un soin tout particulier à éviter les amalgames entre Islam et Islamisme” en rappelant qu’à côté du portrait de Ramadan, avait été publié “un entretien avec un professeur de l’université de Lyon consacré à la différence entre ces deux concepts et regrettant l’amalgame qui est fait entre musulman et terrorisme.”



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