Le tribunal des affaires de sécurité sociale de Bourg-en-Bresse vient de rendre son délibéré et reconnaît la culpabilité de l'entreprise Eurovia, filiale de Vinci, qui était poursuivie par la famille de José-Francisco Serrano Andrade, un ouvrier du bitume décédé le 3 juillet 2008 d'un cancer de la peau à l'âge de 56 ans.
Le cancer de la peau de cet ouvrier était reconnu comme maladie professionnelle. Mais Eurovia refusait de l'admettre et était poursuivie pour “faute inexcusable”. L'entreprise est reconnue coupable par le tribunal des affaires sociales de Bourg qui a jugé que “ la conjonction de projections, voire d'inhalations, du bitume avec les UV favorisait, soit le risque né des UV, soit le risque né du bitume". Et a tranché : “Il y a une faute inexcusable de la part d'Eurovia”.
Ci-dessous le témoignage du fils de José-Francisco Andrade recueilli par Mag2 Lyon avant le délibéré.
Sacrifié pour construire nos routes
Originaire de l'Ain, Luis Andrade, 38 ans, a engagé un combat judiciaire contre Eurovia où travaillait son père, mort en juillet 2008 d'un cancer de la peau reconnu comme maladie professionnelle.
“Tout a commencé en août 2006. Alors qu'il était en vacances, mon père commençait à être démangé par un petit bouton sur le nez. Il mettait de la crème pour l'apaiser. A son retour, il est allé consulter un dermatologue à Ambérieu qui l'a ensuite renvoyé vers le professeur Luc Thomas à Lyon. C’est comme ça qu’il a découvert qu’il avait un cancer de la peau, provoqué par son activité professionnelle. Mon père qui était épandeur construisait des routes et il respirait notamment les émanations de bitume hautement toxiques. Il a vite su qu'il ne s'en sortirait pas mais il nous disait toujours de ne pas laisser Eurovia continuer à jouer avec la vie de ses ouvriers. Alors que lui avait travaillé 22 ans pour eux. Dès septembre 2006, il a été opéré et on lui a enlevé une partie du nez. Mais le cancer était vraiment plus profond et on l’a opéré de nouveau pour lui enlever une partie de la mâchoire. Il était totalement déformé, mais le cancer avait évolué et résistait à la chimiothérapie. Il a souffert énormément. Il ne pouvait plus manger, ni dormir. Début 2008, il a refusé la dernière opération pour lui faire une ablation du visage. Puis on a dû l'interner à l'Hôtel-Dieu à Lyon car il devenait de plus en plus agressif. Pendant ses deux ans de maladie, il n'a pas reçu un seul appel de leur part. Avant de mourir, mon père m'avait demandé de porter plainte pour sa mémoire et pour les milliers d'ouvriers sacrifiés pour construire nos routes, sans autre protection qu'une casquette contre le soleil.”


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Pat