Originaire de Clermont-Ferrand et directeur commercial d’Akka Technologies, Mohamed Tria est également président du club de football de la Duchère depuis deux ans. Il vient d’organiser un débat pour soulever le problème de l'insertion professionnelle des jeunes qui n’accèdent pas à une carrière de footballeur pro.
“Chaque année, les centres de formation des clubs de football français recrutent près de 1 000 jeunes joueurs, âgés pour la plupart de 13 ans. Pour les faire venir dans leur structure, les clubs professionnels se livrent à une véritable guerre. Pour appâter les parents, ces clubs leur donnent l’assurance que, parallèlement à sa formation, l’enfant ira au moins jusqu’au bac grâce à un emploi du temps aménagé, et notamment des cours en quatre ans au lieu de trois. Malheureusement, chaque année, seulement 60 d’entre eux sont gardés. Les 940 autres se retrouvent coupés de leur rêve de gloire et doivent revenir dans le circuit scolaire ou professionnel. Lorsque cet échec arrive vers 14 ou 15 ans, la réinsertion est plus facile car ces adolescents reviennent rapidement dans le cursus scolaire normal. Ce qui leur laisse du temps pour se former et ensuite trouver un travail. En revanche, lorsque leur rêve s’arrête après 18 ans, ça devient beaucoup plus compliqué. Et la plupart des ces jeunes se retrouvent au chômage. D’ailleurs, les laissés-pour-compte du football ne sont pas seulement les jeunes n’ayant pas pu devenir professionnels. Avec la crise, les effectifs de Ligue 1 et Ligue 2 se réduisent. Ce qui augmente le nombre de chômeurs. D’ailleurs, en septembre, l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels annonçait que 163 joueurs étaient sans contrat. Un record ! Quand j’ai repris la présidence du club de la Duchère, il y a deux ans, j’ai remarqué que beaucoup de joueurs issus de centres de formation venaient jouer au football chez nous. Notre équipe première évoluant en CFA, le quatrième niveau footballistique français, beaucoup voient dans ce club une sorte de tremplin pour réintégrer par la suite une équipe pro. Ce qui arrive parfois. Comme avec Florent Ogier, rejeté par le centre de formation de Grenoble, et recruté par Dijon l’année dernière après une bonne saison avec nous. Mais aussi Nicolas Belvito, qui n’a pas été gardé par l’OL et qui a aussi rebondi à Dijon, après avoir joué à la Duchère. Mais ces deux cas restent des exceptions. Pour les autres jeunes joueurs, le travail de deuil est très compliqué et très long. Il leur faut en moyenne deux ans pour digérer cet échec et admettre qu’ils ne seront pas les prochains Valbuena ou Ribéry. L’autre problème, c’est que dans le football actuel, à part en Ligue 1, peu de joueurs gagnent vraiment leur vie. A la Duchère, il y quatre joueurs salariés avec des contrats fédéraux. Ils touchent entre 2 000 et 3000 euros net par mois. Le reste des joueurs perçoit des primes, ainsi que des petits salaires fixes de 500 à 1 000 euros par mois. Ils ont donc besoin d’avoir des compléments de revenus. D’ailleurs, plusieurs joueurs sont venus me solliciter depuis deux ans pour que je les aide à trouver un emploi ou une formation. J’ai commencé ponctuellement à les aider dans leurs démarches administratives pour s’inscrire à l’ANPE ou trouver une formation. Mais aussi à les orienter vers nos 30 partenaires : Renault Trucks, Bayer CropScience, SFIP, une société spécialisée dans la prévention... qui peuvent leur proposer un job.
Mais devant la quantité de demandes, j’ai eu envie de faire quelque chose de plus construit. Ce qui cadre avec la dimension sociale de notre club où nous essayons d’être plus qu’un simple club de foot. Je suis donc allé voir Anne-Sophie Condemine (MoDem), l'adjointe au maire de Lyon, responsable de l’Emploi, de la Formation professionnelle et de l’Egalité des chances. Et en octobre, nous avons décidé de mettre en place une filière qui permet d’évaluer ces jeunes grâce à un entretien à la Maison de l’emploi. Nous parlons avec eux de leur parcours scolaire, de leur état d’esprit et de leurs envies. L’objectif, c’est de leur permettre de suivre une formation, puis de rejoindre une entreprise grâce à un stage de trois mois. Le but étant qu’ils reprennent contact avec le monde professionnel. L’idéal serait que cela débouche sur un emploi, mais dans le contexte économique actuel, ces engagements ne sont pas encore certains. Ce qui reste important, c’est que ces jeunes, qui sont 25 actuellement, comprennent qu’après leur stage, ils auront plus de chance de se réinsérer. Mais certains ne sont pas très motivés. C’est dur pour eux de passer du statut de future star à celui de personne lambda. La plupart ont la volonté de retravailler et se disent prêts à tout. Mais quand on leur propose d’aller travailler pour ISS Propreté, ils refusent. Car ils ne se voient pas derrière un camion poubelle après tout ce qu’ils ont vécu. Mais surtout après avoir été au centre des attentions. Le processus est donc lent à se mettre en route car il faut faire évoluer les mentalités. On fera donc un premier bilan l’été prochain.”



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