Cette institution lyonnaise est fortement subventionnée mais génère indirectement du chiffre d’affaires selon un rapport commandé par son directeur. Mag2Lyon avait demandé l’an dernier à l’Ifop un sondage sur l’image des institutions culturelles lyonnaise où l’Opéra apparaissait très bien placé. Extraits.
Trois euros de recettes pour un euro de subvention, ce serait l’impact économique de l’Opéra selon une étude réalisée à l’initiative de son directeur Serge Dorny. Soit 80 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 60% générés localement en particulier chez les restaurateurs. C’est ce qu’il explique dans une longue interview accordée au quotidien le Monde début janvier. Et quand on l’interroge sur les ambitions qu’on lui prête pour prendre la tête de l’Opéra de Paris, une institution en crise, il réplique que s’il veut créer des satellites de l’Opéra notamment la Fabrique Opéra dans l’Est lyonnais pour élargir son public, “ce n’est pas pour quitter le vaisseau amiral.” En novembre 2010, Mag2Lyon avait publié un sondage Ifop sur l’image des institutions culturelles lyonnaise où l’Opéra apparaissait très bien placé.
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Culture Lyonnaise - 10 institutions passées au crible
Opéra, Célestins, musée des Beaux-Arts, Subsistances... 100 millions sont distribués chaque année par la Ville aux dix institutions culturelles lyonnaises. Un chiffre qui grimpe à près de 211 millions si on ajoute le Département et la Région. Ce qui représente environ 20 % des dépenses de ces collectivités locales. Mais comment ces budgets sont-ils attribués ? Sont-ils liés à la fréquentation de ces établissements ? A leur créativité ? Mag2 Lyon a réalisé une grande enquête. Avec un sondage surprenant de l’IFOP sur les institutions préférées des Lyonnais.
Dossier réalisé par Nadège Michaudet, publié dans Mag2 Lyon numéro 17, daté octobre 2010.
Voir également : "On prend des risques”, “Autocentrés” , “Pas de reconduction systématique” et “Coup de peps”
Opéra - Une première place coûteuse
L’Opéra de Lyon est premier dans presque toutes les catégories. C’est l’institution que préfèrent les Lyonnais, c’est celle qui dispose du plus gros budget et c’est encore elle qui touche le plus de subventions. Un chiffre énorme qui s’élève à 28,5 millions d’euros, dont 60% attribués par la Ville de Lyon. Il faut dire que cette institution coûte particulièrement cher à entretenir, avec près de 17 millions d’euros pour les frais de personnel. Ce qui représente 48% des dépenses de l’Opéra. Musiciens, chanteurs, administratifs... l’Opéra compte plus de 350 salariés permanents, dont la majorité sont payés par la ville. Mais il faut aussi ajouter l’entretien de ce bâtiment d’exception, qui a été reconstruit en 1983 par l’architecte Jean Nouvel. Un bâtiment colossal avec une grande salle de 1 200 places et 6 balcons, un amphithéâtre de 200 places... Et depuis 1993, une immense verrière qui est compliqué à entretenir. Il y a quelques années, le remplacement des vitres a coûté près de 900 000 euros à la ville de Lyon. Pourtant, cet établissement qui programme des ballets de danse et des spectacles d’opéra, comme les fables d’Igor Stravinsky, n’a attiré que 91 810 spectateurs en 2009 pour 96 représentations. Soit une moyenne de 950 spectateurs par représentation, alors que la salle peut en accueillir 250 de plus. Insuffisant pour financer les charges de cet immense paquebot.
Musée des Beaux-Arts - Le plus visité
Le musée des Beaux-Arts, situé place des Terreaux, est un lieu prestigieux qui semble plaire aux Lyonnais puisqu’ils le classent parmi leurs trois institutions préférées. Il faut dire que ce musée, qui a attiré plus de 300 000 visiteurs en 2009, est un des plus grands musées français et européens. Et que sa fréquentation, qui a augmenté de 17 % en un an, est la plus importante de Lyon. Du coup, ses recettes de billetterie s’élèvent à plus de 1,3 million d’euros. Car ce musée expose de très belles collections qui couvrent une large période historique, de l’Antiquité à l’art moderne. Avec des pièces exceptionnelles comme le cercueil égyptien d’Isetemkheb, le tableau de l’Adoration des mages de Rubens... Et les 129 salariés organisent régulièrement des événements pour attirer encore plus de monde. D’ailleurs en 2009, 117 conférences ont été données dans ce musée, 8 expositions temporaires présentées au public et 2 300 visites commentées. Pourtant, le musée des Beaux-Arts ne dispose pas de subventions très importantes par rapport aux autres grosses institutions lyonnaises : seulement 1,9 million d’euros dont 1,6 million accordé par la Ville de Lyon. Ce qui en fait un des musées les moins subventionnés de Lyon.
Musée Gallo-Romain - Apprécié mais peu fréquenté
C’est la surprise de ce sondage IFOP, puisque le musée Gallo-Romain, qui couvre une large période historique, de la préhistoire jusqu’à la fondation de la ville de Lyon, est la troisième institution culturelle préférée des Lyonnais. Alors que paradoxalement, le nombre d’entrées a diminué de plus de 15 % en cinq ans. Pour un total de 71 320 visiteurs en 2009, dont plus de 36 % sont des scolaires. Et plus de 16 000 entrées non payantes. Du coup, la recette de billetterie n’est que de 124 000 euros. Ce qui revient à 1,74 euro la place. Du coup, le musée Gallo-Romain doit trouver d’autres solutions pour faire rentrer de l’argent. Ce qui passe notamment par la création de spectacles : 13 en 2009, plus 4 concerts et 2 contes. L’autre problème de ce musée, c’est le faible montant des subventions : 26 000 euros accordés par le Conseil général du Rhône pour restaurer les collections. Et rien de la part de la Ville de Lyon. Pas de quoi flamber. Même si la Région et la Ville soutiennent occasionnellement ce musée pour enrichir sa collection. D’ailleurs, cette année, 100 000 euros devraient être attribués au musée Gallo-Romain pour l’acquisition d’une statue d’Aphrodite.
Institut Lumière - Le boom des produits dérivés
Installé dans le 8e arrondissement de Lyon, l’Institut Lumière, spécialisé dans le cinéma, a réussi à attirer, en 2009, 230 000 spectateurs. Dont 15 % qui viennent de l’étranger. Une réussite que l’Institut doit notamment à la notoriété de son directeur, Thierry Frémaux, également délégué général du festival de Cannes. C’est d’ailleurs lui qui a lancé il y a deux ans le festival Lumière, qui a boosté l’activité de cette institution. Du coup, l’Institut Lumière a considérablement augmenté ses recettes, notamment grâce au lancement de produits dérivés pour accompagner les projections et les expositions. Sans augmenter sa masse salariale, qui représente 33 % des frais de fonctionnement de cette institution. En ce qui concerne ses subventions, l’Institut Lumière a pu profiter d’aides confortables avec 2,9 millions d’euros, dont 580 000 euros accordés par la Ville de Lyon. Mais il ne se contente pas seulement de ces dotations puisque la recherche de nouveaux mécènes est très importante pour l’Institut Lumière, qui a d’ailleurs réussi à mobiliser 60 entreprises pour obtenir une somme totale de 300 000 euros. De quoi lancer encore quelques projets et surtout financer la campagne publicitaire du festival Lumière, qui coûte 260 000 euros. Mais 160 000 sont financés par des partenaires privés, notamment JC Decaux.
Les Célestins - Un coût de fonctionnement élevé
Un des symboles de la culture lyonnaise, le théâtre des Célestins, dirigé par Claudia Stavisky, attire chaque année plus de 100 000 spectateurs. Avec un taux de fidélisation de plus de 52 %. D’ailleurs, il y a dix ans, les Célestins avaient 90 % d’abonnés. Un taux qu’ils ont volontairement fait baisser à 21 % pour renouveler le public. Car le principal problème des Célestins, c’est que les spectateurs ont en moyenne entre 67 et 69 ans. Du coup, le théâtre a mis en place un nouveau système d’abonnement par carte, beaucoup plus souple. Ce qui permet d’attirer plus de jeunes. Mais malgré ces chiffres de fréquentation corrects, les Célestins ne font pas carton plein puisqu’en 2009, le taux de remplissage était de 88 %. Par contre, avec un budget de près de 8 millions d’euros, dont plus de la moitié provient des subventions de la Ville de Lyon, les Célestins peuvent voir les choses en grand. Comme en 2009, quand ils ont monté un immense chapiteau à Saint-Bel pour présenter “Lorenzaccio”, une des créations de Claudia Stavisky, qui s’est d’ailleurs engagée par contrat à créer trois spectacles tous les deux ans. Des spectacles qui sont généralement revendus à d’autres institutions françaises ou étrangères et qui ont rapporté en 2009 plus de 720 000 euros au théâtre. Mais le principal problème des Célestins, c’est son coût de fonctionnement, qui atteint presque les 50 %. Masse salariale importante, bâtiment imposant, frais d’entretien énormes... Bref, le théâtre des Célestins, c’est une énorme machine qui coûte cher.
Maison de la danse - Autofinancement à 65 %
Dirigée par Guy Darmet depuis 30 ans, cette institution a une vraie particularité dans le paysage culturel lyonnais puisque c’est une société coopérative qui s’autofinance à 65 %. Elle ne dispose que de 2,15 millions de subventions en 2009. Dont 630 000 euros accordés par la Ville de Lyon. Ce qui peut sembler peu quand on se penche sur l’activité de la Maison de la danse, qui a accueilli 163 740 spectateurs dont 15 155 abonnés en 2009. Et qui a proposé 37 spectacles sur 196 représentations. Ce qui lui a rapporté près de 3,4 millions d’euros de billetterie en 2009. Soit plus de la moitié de ses recettes. Du coup, les comptes de cette institution sont équilibrés, avec un budget total de plus de 6 millions d’euros. Mais la Maison de la danse, malgré sa notoriété, n’attire encore pas suffisamment de spectateurs hors du département. En effet, plus de 87 % du public vient de Lyon et du Rhône. Et seulement 1 % de France, hors région Rhône-Alpes. Et quand on regarde le public étranger, c’est encore pire puisque c’est seulement 0,01 % des spectateurs de la Maison de la danse. Soit moins de 20 personnes chaque année ! Peut-être parce que la Maison de la danse est un lieu de diffusion et non de création. D’ailleurs, elle ne consacre que 30 000 euros par an à la coproduction de spectacle.
Musée d’Art contemporain - Le carton de la biennale
Apprécié par seulement 13% des habitants du Grand Lyon, le musée d’Art contemporain (MAC) installé à la Cité internationale depuis 1995 n’a attiré que 50 000 visiteurs en 2009. Dont 20 % étaient des groupes scolaires. Par contre, 150 000 personnes sont venues découvrir la Biennale d’art contemporain, organisée par le MAC. Ce qui booste de manière impressionnante les chiffres de fréquentation tous les deux ans. A signaler que 2008 est la seule année qui se démarque vraiment des autres car le succès de l’exposition Keith Harring a fait exploser les chiffres avec près de 2 millions de visiteurs. Au niveau des subventions, le MAC dispose de plus de 900 000 euros, dont 860 000 sont attribués par la Ville, notamment pour l’aide au fonctionnement. Sans compter la masse salariale, également prise en charge par la mairie de Lyon, qui finance le salaire des 39 salariés permanents et des 20 saisonniers. A signaler que sur les 860 000 euros de budget de fonctionnement, 95 000 sont utilisés pour la promotion des expositions et la communication. Contre seulement 20 000 euros dépensés pour l’organisation d’activités culturelles.
Gadagne - Un redémarrage prometteur
Le musée Gadagne a rouvert en juin 2009 après cinq ans de travaux et 37 millions d’euros investis pour la restauration de ce musée construit dans les années 1920. Une reconstruction nécessaire car cette institution était devenue vraiment obsolète. D’ailleurs, un des édifices de la Renaissance était complètement insalubre. Alors que maintenant, les visiteurs peuvent redécouvrir ce bâtiment magnifique. Autre changement dans ce nouveau musée : deux espaces bien distincts, l’un consacré aux marionnettes du monde et l’autre à l’histoire de Lyon. Du coup, en sept mois, le musée Gadagne a accueilli plus de 70 000 visiteurs. Alors que l’ancien musée attirait à peine 10 000 visiteurs par an ! Résultat, le musée, qui est passé de 20 à 60 salariés permanents, veut continuer à se moderniser en proposant notamment des visites pour les familles, avec des Audioguides spécialement conçus pour les enfants. Pour cela, il bénéficie d’une aide de la Ville de Lyon qui s’élève à 750 000 euros. A signaler également que le musée attend l’arrivée d’une nouvelle directrice pour le début de l’année. Il s’agit de Maria-Anne Privat-Savigny, l’actuelle directrice du musée des Tissus de Lyon. Mais toutes ces innovations ont un coût pour le visiteur puisque le ticket d’entrée a doublé, pour passer à 8 euros. Du coup, une partie de l’équipe craint une baisse de la fréquentation pour 2011.
Orchestre national de Lyon - Fréquentation en baisse
Avant-dernière institution culturelle préférée des Lyonnais, l’Orchestre national de Lyon, spécialisé en musique classique, a peut-être souffert des nombreuses polémiques cette année et notamment du conflit entre le directeur administratif, Laurent Langlois, et le directeur musical, Jung Märkl. Deux caractères forts qui n’ont pas cessé de se battre sur la programmation de la saison.
En tout cas, le nombre de spectateurs ne cesse de diminuer, passant de près de 200 000 pour la saison 2004-2005 à moins de 180 000 l’année dernière. Soit une baisse de 10 % en cinq ans. Mais paradoxalement, l’ONL a réussi à fidéliser son public avec 9 424 abonnés pour la saison 2008-2009, soit une hausse de plus de 26 % depuis cinq ans.
Mais le principal problème de l’ONL, c’est son budget total, qui s’élève à près de 15 millions d’euros, dont 4 millions consacrés uniquement au fonctionnement artistique : production musicale, tournées, cachets des chefs et solistes invités... Et pour payer les salaires souvent élevés des 102 musiciens, l’ONL dispose de sacrées subventions : plus de 11 millions d’euros en 2009, dont plus de 9 millions uniquement de la Ville de Lyon. Mais point positif : cette institution a présenté 121 spectacles dont 6 créations l’année dernière.
Les Subsistances : une billetterie en berne
Seulement 1 % des Lyonnais apprécient les Subsistances. Pas étonnant puisque ce lieu de création attire à peine plus de 54 000 spectateurs par an. Un chiffre qui a pourtant augmenté de plus de 30 % depuis la création des Subsistances il y a six ans ! Cette institution culturelle a aussi mis en place une politique offensive pour proposer des places de spectacle pas trop chères et ainsi attirer un public plus jeune. Avec un important travail de médiation pour aller à la rencontre de nouveaux publics, notamment dans les banlieues. Mais sans grand succès puisque les 288 représentations proposées en 2009 ont été suivies en moyenne par 190 personnes ! Du coup, la billetterie représente moins de 20 % des recettes. Et si le lieu survit, c’est grâce aux subventions de la mairie, qui s’élèvent à 1,6 million. Le 5e budget de la ville. En revanche, les Subsistances ont une activité de création forte puisqu’elles ont accueilli 80 groupes en résidence en 2009 et proposé 51 créations. Du coup, 70 % de leur budget de fonctionnement, soit 161 000 euros, est consacré à l’artistique : résidence des artistes de trois semaines à trois mois, financement des spectacles…



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