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jeudi 23 février 2012 - 08:38
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Le blog de Lionel Favrot | Fatalisme et mobilisation |

22/01/2012

Fatalisme et mobilisation

Nicolas Sarkozy a présenté jeudi dernier ses voeux “aux forces économiques de la nation” à Lyon. Un exercice de style pour un discours souvent paradoxal

Le “président - pas encore candidat” avait réservé pour l’occasion Eurexpo avec un impressionnant dispositif de sécurité et fouilles en règle à l’entrée. Peu de place pour l’improvisation et la spontanéité. Evidemment, en ces temps de rigueur, on peut s’interroger sur le coût d’un tel événement d’autant que son discours va vite se révéler tout à fait digne d’une campagne électorale. Sans craindre les contradictions comme souvent en cette période où il faut séduire large. Quelque soit le candidat.

D’ailleurs, Nicolas Sarkozy a commencé par un petit cours sur la mondialisation. “Il faut accepter le monde tel qu’il est”, répétera-t-il, l’air professoral et protecteur. Et il ironise sur le fait qu’une décision prise par 65 millions de Français a peu de chance d’impressionner les 7 milliards d’individus que porte la Terre. L’affirmation peut sembler simple et de bon sens. “Pragmatique.” Pourtant, quelque soit le sujet et ses opinions, on peut comprendre qu’un peuple souhaite défendre des valeurs à qui il prête une portée universelle. Pourquoi renoncerait-il à les diffuser pour des histoires de taille ? Est-ce qu’on rejette le Dalaï-Lama parce que son peuple tibétain est peu nombreux ? Les Chinois étant plus d’un milliard, faut-il tous se convertir à leur communisme de marché ?
D’ailleurs, quelques minutes plus tard, le Président de la République va adopter une position exactement inverse pour défendre sa décision d’instaurer une taxe sur les transactions financières. “Si on attend les Anglais !” lance-t-il. La salle rit. “Je vois que vous connaissez bien les Anglais !”, rebondit habilement le Président. Il essaye la même chose sur les Américains. Sans déclencher la même réaction. “Vous les connaissez moins bien.” Mais si on applique sa première analyse, c’est tout à fait irresponsable de sa part de défendre l’application d’une taxe sans entraîner de grands pays avec lui...

Pendant presqu’une heure, Nicolas Sarkozy va enchaîner ses grands classiques du moment. Malgré la présence de Gérard Collomb et de Jean-Jack Queyranne, ce qu’on peut considérer comme une marque de respect républicain, il ne va pas se gêner pour allumer les collectivités locales accusées de trop embaucher alors que lui-même ne remplace plus qu’un fonctionnaire sur deux à son départ à la retraite. Il annonce même qu’il va convoquer leur représentant pour que ces collectivités prennent leur part des efforts à faire. Evidemment s’il pouvait s’exprimer, le maire de Lyon lui rappellerait sans doute que lui a gardé son triple A.
Dans la salle, certains patrons applaudissent. Notamment quand Sarkozy parle du poids des charges sociales. Logique. D’autant que ce problème est pointé depuis de nombreuses années. Mais les plus chauds partisans du président sont concentrés aux premiers rangs. A l’arrière de la salle, c’est plus tiède.

Je me suis d’ailleurs assis au milieu des patrons plutôt que dans les rangs de la presse. Pour mieux sentir l’ambiance. Surprise, mon voisin dort par intermittence. Pas discret puisqu’il ronfle. Il faut dire que cette force économique de la nation semble stressé comme beaucoup de petits patrons face aux difficultés quotidiennes. Avant l’arrivée du Président de la République, il a relancé plusieurs fois une de ses collaboratrices pour savoir si le dossier ultra-urgent du jour était bien parti en recommandé. Passé par le show Sarkozy à Eurexpo lui offre un répit mérité... Devant nous, un tandem a débarqué en vestes bleues et noires de motard. Leur allure dénote avec le style des autres patrons. D’ailleurs, l’un d’eux, qui porte des lunettes et une canne d’aveugle, va se lever pour prendre à parti Sarkozy. Celui-ci continue, imperturbable. Sa diatribe se perd dans le hangar d’Eurexpo. Apparemment, il proteste contre les “contrôles” trop fréquents qui visent les “petits patrons”. Il ne pourra pas continuer. Une dizaine de policiers en civil, oreillettes actives, débarquent pour l’évacuer. Ils ont du mal à se faufiler entre les patrons assis mais le protestataire les suit sans faire d’histoire.


Mais là où Sarkozy va être le plus fort, révélant tout son potentiel combatif d’ultra-pro de la politique, c’est quand il va affirmer à son auditoire ne pas avoir lu son discours. “Je vous ai parlé librement”. Une liberté qui ne l’a pas empêché de ne manquer aucun de ses thèmes favoris tout en donnant un nouveau ton, peut-être un peu plus rassembleur, à sa campagne pour l’élection présidentielle qui ne dit pas encore son nom.

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