Bienvenue sur le site de Mag2 Lyon
dimanche 05 février 2012 - 10:55
Météo Lyon :
| “Une rage de vivre” |

09/04/2009

“Une rage de vivre”

Comme plus de 30 000 Lyonnais, le père Christian Delorme, qui est passionné de l’Inde où il se rend régulièrement, est allé voir “Slumdog Millionaire”. Il explique pourquoi il a adoré ce film.

“Avec plus d’un milliard d’êtres humains (soit un sixième de la population mondiale !) et des “cerveaux“ parmi les plus qualifiés de la planète, l’Inde constitue désormais une des principales puissances de notre monde. D’ailleurs ce pays compte déjà sur la scène internationale et il “pèsera” de plus en plus. En France, cependant, l’appréhension que la plupart des gens ont de l’Inde s’avère extrêmement limitée, voire caricaturale. De son histoire, nous avons surtout à l’esprit la figure de Gandhi, “le fakir à moitié nu” comme disait avec mépris Winston Churchill. Et notre connaissance de la réalité indienne est souvent faite, pour l’essentiel, d’images de misère et de violence : les immenses bidonvilles dont nous ont déjà parlé plusieurs films, tels que le magnifique “Salaam Bombay”, les agonisants de la rue recueillis à Calcutta par Mère Teresa, les violences entre hindous et musulmans, capables de faire plusieurs milliers de morts en quelques jours. Les discriminations entre castes, et le problème des “intouchables”. Les vaches sacrées et les milliers de divinités surprenantes, surtout lorsque celles-ci ont des visages d'animaux...

L’Inde, c’est, évidemment, bien d’autres choses, comme le rappelle la simple évocation de Lakshmi Mittal, le patron d’Arcelor-Mittal devenu le champion de la sidérurgie mondiale. C’est, notamment, “la plus grande démocratie du monde”, exemple trop rare d’un pays dit du tiers-monde où des élections libres se déroulent régulièrement depuis l’Indépendance, permettant à des partis opposés de se succéder au pouvoir. Mais les réalités de la misère la plus cruelle sont tenaces, et les oublier ou les “relativiser“ paraît bien difficile.

Cette Inde de la misère, c’est celle que montre le film “Slumdog Millionaire”, qui se retrouve depuis quelques semaines sur presque tous les écrans du monde, après s’être vu décerner à Hollywood l’Oscar du meilleur film. Tout le monde, ou à peu près, sait de quoi il s’agit : la fabuleuse aventure d’un jeune Indien malchanceux, Jamal, un jeune musulman issu des bidonvilles de Bombay la capitale économique de l’Inde, qui devient millionnaire en quelques heures en participant à l’émission “Qui veut gagner des millions ?”. En fait, les bidonvilles constituent “la toile de fond” de cette histoire où scènes cruelles et situations émouvantes et drôles s’entrecroisent en permanence.

Le film, réalisé par le Britannique Danny Boyle avec un excellent acteur principal, Dev Patel, un jeune Britannique d’origine indienne, suscite de nombreux débats en Inde. Cette vision très crue de la misère des bidonvilles et de la violence policière n’est-elle pas de nature à abîmer l’image de l’Inde ? De nombreux Indiens se disent choqués. Ils soulignent certaines invraisemblances, comme celle où l’on voit des enfants du bidonville lire “Les Trois Mousquetaires” d’Alexandre Dumas en anglais ! Mais beaucoup d'autres manifestent de la fierté, parce que la musique de ce film est l’œuvre d’un des plus grands compositeurs indiens, Allah Rakha Rahman (il n’y a qu’en Inde où l’on puisse porter le prénom de Allah !). Et parce que la quasi-totalité des comédiens sont indiens. A Dharavi, le gigantesque bidonville proche de l’aéroport de Bombay où a été tourné en partie le film (un million d’habitants installés sur 200 hectares !), on a assisté à de nombreuses scènes de joie après la distinction obtenue à Hollywood.

Ce que montre, en fait, ce film, c’est une Inde qui participe à la mondialisation dans tous ses aspects. Parmi les millions de téléspectateurs français de l’émission “Qui veut gagner des millions ?” présentée depuis l’an 2000 sur TF1, qui savait, avant “Slumdog Millionaire“, qu’une version indienne de ce jeu télévisé existait dans le pays de Gandhi ? Grâce à ce film, nous découvrons, ainsi, que par-delà les frontières, au-delà des différences culturelles, nous partageons avec des centaines de millions d'Indiens, un même engouement pour un jeu qui peut permettre à des gens de devenir soudain riches, grâce à un capital de connaissances acquises... et à beaucoup de chance.

“Slumdog Millionaire” (on peut traduire par “Le millionnaire de ce chien de bidonville”) nous montre, sans tricher, non seulement la violence de la société indienne, mais aussi, tout simplement, la violence de notre monde. Car les clivages entre riches et pauvres ne sont pas l’apanage de l’Inde (même s’ils y sont particulièrement accentués), pas plus que ne le sont les liens entre immobilier et mafia, violences policières et industrie de la prostitution...

Il y a de la violence, mais il y a plus encore de la vie et de la gaieté dans ce film. Car l’Inde c’'est avant tout cela : une rage de vivre. Les Indiens sont des battants. Même s’ils considèrent souvent leur condition comme le résultat d’existences précédentes et qu’ils espèrent dans une meilleure réincarnation à venir, ils ne renoncent jamais à lutter pour garder la tête hors de l’eau. “Slumdog Millionaire” le répète à chacune de ses images, depuis les gamins du bidonville qui gagnent de l’argent en surveillant la porte d’infâmes toilettes, jusqu’au jeu télévisé duquel Jamal ressort vainqueur.
Pour moi, d’ailleurs, c’est là où se trouve la plus grande leçon que j’ai reçue de l’Inde et que je reçois chaque fois que je me rends dans ce pays : la vie, quelle qu’elle soit, mérite d’être vécue. Et la dignité de toute personne humaine, c’est de savoir lutter contre les adversités. L’Inde, en cela, est vraiment donneuse de vie. D’autant plus que ce pays est sans cesse traversé d’immenses éclats de rire, d’innombrables sourires. L’Inde, aussi pauvre soit-elle, est encore le pays de toutes les couleurs, où les miséreux en haillons savent ressembler à des maharajas.”

Commentaire