Une fillette a été excommuniée parce qu’elle a avorté après avoir été violée. Ce que dénonce Christian Biot, vicaire de la paroisse Saint-Maurice de Montplaisir dans le 8e arrondissement de Lyon.
“Je suis prêtre diocésain depuis 1960. Mais aujourd’hui, je connais la tentation de baisser les bras devant les abus de pouvoir des autorités romaines ou épiscopales. La dernière manifestation en est l’excommunication prononcée par l’archevêque de Recife (un successeur de Don Helder Camara ?), Mgr José Cardono Sobrino, à l’égard de la mère d’une fillette de 9 ans. Celle-ci, violée par son beau-père, vivait une grossesse à haut risque qui mettait en danger sa propre vie. Cette excommunication visait aussi l’équipe soignante qui a procédé à l’interruption de la grossesse. Pour cet évêque, la “bonne solution” aurait été de conduire la grossesse jusqu’à son terme alors que les médecins savaient que cela était impossible : ni l’enfant ni les fœtus n’auraient survécu à cette perspective. Ce n’était donc pas une bonne réponse morale posée à cette situation. Il fallait donc convenir et s’entendre sur la solution qui semblait “la moins mauvaise possible” : procéder à une interruption de la grossesse pour sauver la mère-enfant. Cette mise en œuvre de la “moins mauvaise solution” fait partie de l’enseignement traditionnel de la morale catholique, elle est conforme aux usages en éthique médicale et elle est la moins inadaptée à la situation familiale.
“Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.” Voilà, c’est fait pour ce bon cardinal ! La seconde pierre est venue ensuite, le dimanche 8 mars, journée internationale de la femme, par la voix de Benoît XVI. Quand donc un cardinal saura-t-il quitter ses parures, ses ors et ses palais pour venir côtoyer les humains dans la réalité de leur vie quotidienne et des décisions difficiles à prendre ? Certes, il risquerait alors d’entendre la voix des pauvres et celle de Jésus, en devenant sourd aux injonctions des “docteurs de la Loi”. Ces hommes de Loi, qu’ont-ils à la place du cœur et du cerveau ?
Devrons-nous quitter l’église sur la pointe des pieds sans manifester la colère et la honte qui nous étreignent ?
Alors que j’écris cette tribune, le voyage de Benoît XVI en Afrique vient d’être obscurci par ses déclarations sans nuance sur l’usage du préservatif et l’appel à l’abstinence sexuelle des hommes et des femmes touchés par le sida. Certes, le pape est bien dans son rôle quand il rappelle que les relations sexuelles entre les êtres humains ne peuvent être satisfaisantes sur le plan moral quand elles ne sont que l'expression d'un besoin sexuel à apaiser. Mais il est préférable que ces relations s’inscrivent dans la perspective d’une rencontre humaine. Et ce rappel ne peut pas s’accompagner de déclarations discréditant les mesures nécessaires face à la pandémie, telle que l’usage du préservatif. Il faut rayer un enseignement moral qui ne tient pas compte des réalités auxquelles sont confrontés tout être humain. L’éthique n’est pas promotion d’une perfection impossible ou illusoire. Elle doit, d’abord, prendre en compte les réalités."



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