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Economie | Fortunes : les plus belles gamelles lyonnaises |

12/05/2009

Fortunes : les plus belles gamelles lyonnaises

Avec l'effondrement de la Bourse, les 50 plus grands patrons de la région ont vu leur fortune divisée par deux. Soit une perte de 4,2 milliards d'euros. Un palmarès exclusif.

A quand une manif des grands patrons de la région contre la baisse du pouvoir d’achat ? Si la Bourse continue à baisser, on n’est pas à l’abri. Vu que les patrons du top 50 de la région Rhône-Alpes ont pris une sacrée claque en un an. Entre mars 2008 et mars 2009, ils se sont fait taxer pas moins de 4,2 milliards d'euros par la Bourse. Et aujourd’hui, il ne leur reste plus que 5,6 milliards pour se consoler. Soit une fortune moyenne qui tourne autour de 114 millions d'euros par tête, contre 200 millions il y a un an. Une chute vertigineuse de 43 %.
Mais certains limitent les dégâts alors que d’autres ont vraiment pris une gamelle. Même s’ils ne s’en vantent pas. Car si les patrons détestent qu’on parle de leur fortune en insistant sur son caractère “virtuel”, ils ont encore plus horreur qu’on raconte qu’ils se sont plantés. Et qu’ils pèsent beaucoup moins lourd.
Voilà pourquoi le Mag2 Lyon a décidé de les “outer”, histoire de les rendre plus humains, bien sûr.

En tête des plus belles gamelles, dix patrons de la région qui perdent plus de 100 millions d’euros. Le champion toute catégorie : Jean-Charles Naouri, Pdg du groupe Casino, qui remporte la palme avec une perte record de 697 millions d'euros. Soit deux tiers de sa fortune. Cet ancien inspecteur des finances donne ainsi une bonne leçon à tous les autres patrons de la région. Il est suivi de près par le cimentier Jacques Merceron-Vicat qui voit sa fortune s’écrouler de 40 % avec un jolie gadin de 559 millions.
Certains ont mieux résisté, comme le pharmacien Alain Mérieux, qui doit tout de même avoir mal à la tête puisqu’il a perdu 15 % seulement de sa fortune, mais l’ordonnance n’est pas remboursée : 235 millions. Autres figures qui ont ramassé avec la crise financière en perdant plus de 100 millions d’euros : Olivier Ginon, le Pdg de GL Event qui crée l’événement en voyant disparaître environ la moitié de sa fortune (110 millions) ou le camionneur Norbet Dentressangle qui dérape en larguant au passage 60 % de son patrimoine, soit 187 millions. Alors que l’assureur Bruno Rousset prend un malus de 35 % qui lui coûte pas moins de 287 millions. Sans oublier le spécialiste du chariot élévateur Pierre Saubot qui plonge de 78 % en allégeant sa nacelle de 171 millions. Enfin, un carton rouge pour le roi du foot-business Jean-Michel Aulas, qui perd 67 millions.
A noter qu’un certain nombre de familles discrètes se font pour une fois remarquer, comme les Burelle qui perdent 81 % de leur fortune (397 millions) ou les Lescure (371 millions), les Despature (286 millions)... Du plastique de l’électronique et de l’électroménager, emballé dans un sacré carton.

Mais il n’y a pas que les gros qui boivent la tasse. Les petits trinquent également. C’est le cas de Laurent Ulrich, le Pdg d’Ideom, une entreprise spécialisée dans les paraboles, qui a vu sa fortune fondre de 88 % en un an ! Sur 9 millions d’euros, il ne lui reste plus que 1,2 million pour survivre. Dur. Il remporte d’ailleurs la médaille d’or de la plus grosse gamelle, en pourcentage. Suivi dans cette catégorie par Thierry Lièvre, spécialiste des produits de maison, qui s’est fait nettoyer de 52 millions d’euros et qui désormais ne pèse plus que 11 millions. Ce qui lui permet de revendiquer la médaille d’argent avec une chute verticale de 82 %. La médaille de bronze revient à Philippe Jofffard, le patron de Lafuma (habillement), qui prend une veste à 7,4 millions d’euros (- 81 %) et à qui il ne reste que 2 millions pour se consoler.

Parmi les rescapés
, seuls deux patrons de la région ont trouvé le moyen de s’enrichir en pleine crise financière. Des miraculés ou des génies ? En tout cas, dans ce duo, il y a un petit et un gros.
Serge Zaslavoglou, le Pdg fondateur de la Grenobloise d’électronique et d’automatisme, qui développe des systèmes de péage, ne pèse pas très lourd (6 millions d'euros), mais il a réussi à rafler un ticket de 2 millions d’euros. Soit une plue-value de 50 %. Alors que Christian Boiron, le gourou de l’homéopathie, a avalé la pilule crise en gagnant près de 77 millions l'année dernière (voir encadré).
Inutile de dire que ces deux marginaux agacent tous les autres grands patrons de la région. D’autant plus que les experts affirment que la Bourse va continuer à détrousser ces belles fortunes. Et en plus, ces mêmes experts suggèrent que certaines entreprises étaient tout de même un peu, voire très surcotées. Et que ces gadins, souvent spectaculaires, constituent en fait des corrections méritées. Pas de quoi rire quand même.

© Dossier publié en avril 2009 dans Mag2 Lyon

Méthodologie
Seuls les patrons dont les entreprises cotées en Bourse apparaissent dans ce classement. Les évaluations ont été menées sur la base de la capitalisation boursière de leurs entreprises les 10 et 11 mars et l’évolution de leur fortune a été calculée sur un an. Sont exclus les biens immobiliers détenus à titre personnel, les œuvres d'art et les signes extérieurs de richesse non durables (voitures, avions, bateaux...).

Laurent Burelle, Plastic Omnium
C’est une année catastrophique que vient de vivre Laurent Burelle, le Pdg de Plastic Omnium dont le siège est à Sainte-Julie dans l’Ain. Son groupe a annoncé pour la première fois depuis sa création en 1947 une perte nette. Et pas n’importe quelle perte : 63,2 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires stable en 2008, à 2,7 milliards. La faute à la crise qui a durement touché cet équipementier automobile. Au 4e trimestre 2008, le chiffre d’affaires automobile de Plastic Omnium a d’ailleurs reculé de 21 %, alors que la production automobile chutait de 25 % en Europe et en Amérique du Nord. De plus, le groupe prévoit une année 2009 tout aussi difficile. D’ailleurs, Laurent Burelle a réduit les effectifs de 2 000 salariés en 2008. Et ce n’est pas la visite de Nicolas Sarkozy dans les usines fin février qui a rendu le sourire aux 14 000 salariés du groupe qui redoutent de nouvelles suppressions de poste.

Philippe Joffard, Lafuma
Les années se suivent et se ressemblent pour le petit-fils d’un des trois fondateurs de Lafuma, spécialisée dans l’habillement outdoor avec les marques Lafuma, Millet, Oxbow, Le Chameau... A 63 ans, ce patron lyonnais vient en effet d'’enregistrer une nouvelle forte baisse de sa rentabilité. Après avoir déjà reculé de 33 % sur l’exercice 2006-2007, le résultat net est encore en baisse de 46 % l’année dernière, à 4,6 million d’euros. Pour un chiffre d’affaires de 262 millions d’euros avec 2 264 salariés. Une mauvaise performance sanctionnée par la Bourse, où le titre a perdu 80 % de sa valeur en un an. Du coup, Philippe Joffard a lancé un plan de réduction des coûts et négocie avec les banques la réorganisation de sa dette à moyen terme. Bref, l’année 2009 va être sportive pour ce passionné d'alpinisme.

Denys Sournac, Medicrea
2008 a été bonne, 2009 sera encore meilleure. C’est en substance ce qu’affirme Denys Sournac, le Pdg fondateur de Medicrea, en publiant son chiffre d’affaires qui a progressé de 29 % à 9 millions d’euros. La performance de ce groupe spécialisé dans les implants chirurgicaux pour la colonne vertébrale est due essentiellement à ses bons résultats aux Etats-Unis où les ventes sont passées de 1,9 à 3,6 millions de dollars. Et cette année, Medicrea promet une croissance forte en annonçant qu’il va renforcer ses équipes aux américaines, tout en lançant trois nouveaux produits. D'où une augmentation de capital lancée en mars pour financer ce développement.

Jean-Charles Naouri, Rallye
Le pouvoir d'achat des Français a baissé, les résultats de Rallye aussi. Car la holding de Jean-Charles Naouri est spécialisée dans la distribution, avec Casino et Go Sports. Au final, Rallye a perdu 78 millions d’euros l’année dernière, contre un bénéfice de 216 millions en 2007. Le président et premier actionnaire de Casino, dont le siège est toujours à Saint-Etienne, explique cette chute par les 69 millions de charges correspondant aux pertes sur le portefeuille boursier qu’il a soldé au cours de son dernier exercice. Alors que le chiffre d’affaires de ce groupe qui emploie plus de 200 000 salariés a progressé de 14,4 %, à 29,4 milliards d’euros.

Le miracle Boiron
Christian et son frère Thierry Boiron, qui contrôlent 48 % du leader mondial de l’homéopathie, ont su profiter de la crise pour s’enrichir, grâce à une action qui s’est envolée de 45 % en un an. Du coup, la famille Boiron a empoché plus de 76 millions l’année dernière. Et leur fortune est estimée aujourd’hui à 243 millions d’euros. Un jackpot qui s’explique par les très bonnes performances du groupe : le chiffre d’affaires a augmenté de 7,5 %, à 466,7 millions d’euros, pour un résultat net en hausse de 44,3 %, à 39,2 millions, avec 3 900 salariés. Mais chez les Boiron, on reste cool, comme d’habitude : le groupe refuse de donner une tendance pour 2009.

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