Mon cher Jean-Michel, c’est toi qui as inauguré cette série de lettres ouvertes, il y a environ deux ans, dans Lyon Mag quand je me suis mis à tutoyer dans mes éditos certaines éminentes personnalités lyonnaises pour tenter de leur faire passer, en douceur, un petit message.
Normal donc que tu prennes le relais dans Mag2 Lyon qui a l’ambition de faire revivre cet esprit Lyon Mag que tu aimes tant.
D’ailleurs, tu te souviens, au plus fort de notre infernale bagarre contre ton ami le “Napoléon de la compta”, à une époque où on ne donnait pas cher de notre peau, je t’avais rencontré longuement et je t’avais expliqué que tu avais tort de parier sur la mort de Lyon Mag, car Lyon Mag, ce n’est pas simplement un magazine, mais une idée forte, une juste cause... Tu m’as écouté et tu as fait une petite grimace, l’air un peu dépité. Mais j’ai senti que tu me comprenais. Car toi et moi, on a un point commun : on ne lâche pas facilement.
C’est justement pour ça que je m’adresse à toi, mon cher Jean-Michel, moi le vieux bagarreur. Car aujourd’hui tu es dans la “merde”, si tu me permets cette expression que Lyon Mag a pratiquement brevetée au début des années 2000 en s’attaquant au beaujolais nouveau.
Il suffit aujourd’hui de feuilleter les journaux pour vérifier : même ceux qui te cirent les pompes avec une admirable constance depuis 20 ans commencent aujourd’hui à douter. Voire à te bastonner. “Lyon se casse les dents”, “L’OL n’y arrive plus”, “Lyon au bord du vide”…
Je sais que ça t’horripile. Car même si tu as l’air dur et implacable, tu es au fond un sensible. Un jour, tu as même évoqué devant moi cet insupportable “goutte-à-goutte” médiatique qui t’impose chaque jour des critiques répétées, insistantes, souvent acides, parfois brutales…
Je t’avais expliqué alors que c’était la rançon du pouvoir, la rançon du succès. Et que tu devais apprendre, tout simplement, à mieux accepter la critique. Franchement, je crois que tu as fait des progrès, même si tu as encore quelques efforts à faire. En revanche, quand l’échec pointe son nez, c’est encore plus insupportable d’écouter tous ces “cons” te faire la leçon. Et c’est là qu’il faut résister à la tentation de tout plaquer. Car je sens bien que cette tentation de Venise te guette. D’ailleurs à ton âge, quand on est riche, puissant, célèbre et qu’on pense avoir déjà fait une belle démonstration, difficile de ne pas tout balancer. En lançant un magistral : démerdez-vous !
Je t’en supplie, Jean-Michel, ne fais pas ça ! Car je t’en crois capable. Bien sûr, je te connais, tu ne partiras pas sur un coup de tête. Tu te débrouilleras pour rafler au passage un joli chèque, même si, entre nous, je crois que, toi le roi du foot-business, l’argent au fond, tu t’en fous. Pour toi, c’est un jeu. D’ailleurs en cours de récréation, j’en suis sûr, c’était toi qui raflais déjà toutes les billes. Et on ne se refait pas.
Mais n’oublie pas l’essentiel, Jean-Michel : ne lâche pas la barre ! Et je te le dis d’autant plus sincèrement que, sans toi, l’OL c’est fini. Par qui on te remplacerait ? Je sais bien qu’un certain nombre de tes amis se préparent déjà à te succéder. Mais franchement, ils ne sont pas à la hauteur. D’ailleurs, qui serait capable de relancer cette équipe, comme tu l’as fait il y a 20 ans ?
Bien entendu, la rédaction du Mag2 Lyon pose la question franchement. La question de ta démission. Comme les supporters de l’Olympique lyonnais qui commencent à te chahuter au stade de Gerland. Cette question, à Lyon tout le monde se la pose. Bien sûr, pas devant toi. Mais en coulisse et jusqu’au sommet, tu es devenu un problème. Car au fond, tout le monde avait peur de toi à Lyon. De ton fric, de tes foules en délire, de ta volonté de fer, de tes bobards et de tes manipulations qui n’abusent que ceux qui n’osent pas te tenir tête…
D’ailleurs, tu vas en prendre plein la gueule dans les semaines qui viennent. Tous ces matchs perdus, cette fin de saison qui vire au cauchemar, ton titre de champion qui t’échappe, cette Europe de plus en plus lointaine, ton budget qui rétrécit, ton cours de Bourse qui s’effondre... Tu peux réagir. Je n’ai pas la recette. Mais regarde ce petit Mag2 Lyon qui vient de surgir du néant, ça n’a pas un petit côté exemplaire ? Avoue, Jean-Michel ! Tout ça pour te dire que c’est en toi que tu trouveras la force de relever ce formidable défi. Un défi contre toi-même qui exige d’abord et avant tout que tu te remettes en cause.
Et surtout n’oublie pas ce que répète notre ami René Ricol à tous ceux qui sont dans la “merde” avec un optimisme qui tourne à la provocation : “La vie est belle !”



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