’Toute punition n'est pas une violence’

Date de publication : 11/02/2011

“Je ne suis pas favorable à la multiplication des lois, tendance bien française. Edwige Antier voudrait apparemment introduire ces nouvelles dispositions dans le code civil et non dans le code pénal, il n’y aurait donc pas de sanctions. Il s’agirait surtout d’inscrire dans le carnet de santé de l’enfant que ses parents ne doivent pas lui infliger de violences physiques ou psychiques, une sorte d’apprentissage de la parentalité. Cependant, certains parents sont convaincus qu’il faut frapper pour éduquer.
La phrase entendue souvent est : « J’ai bien pris des fessées quand j’étais petit et je n’en suis pas mort ». Il ne s’agit pas de risques vitaux, mais de respect de tout corps et donc de celui de son enfant. Frapper l’enfant dans son espace arrière, un lieu qu’il ne voit pas, qu’il ne contrôle pas, est un lieu d’où peuvent venir tous les dangers. Dans la répétition à long terme, l’enfant peut devenir méfiant, manquer de confiance en lui et dans les autres. Toute relation est à risque, entraînant des comportements d’évitement ou de violence en défense.
Une seule agression physique peut entraîner un trauma psychique avec cauchemars répétés, peurs, honte, culpabilité. Mais il est toujours difficile à tout parent de garder le contrôle de ses attitudes en toute circonstance. Des parents ayant égaré leur enfant dans un magasin, sous le coup de la peur et de l’angoisse, mettent une bonne fessée à l’enfant lors des retrouvailles. Cette attitude est incompréhensible pour l’enfant, ses parents ne doivent pas se sentir coupables, mais doivent prendre la résolution d’expliquer cet acte à leur enfant, s’excuser même de ce qu’ils ont fait. Ils doivent savoir qu’à l’avenir, ils devront mettre des mots sur toute punition.
Les enfants victimes de violences répétées sont dans l’obligation de se défendre : ils vont émousser leurs émotions, se rendre indifférents à un monde devenu dangereux.
Des lois sanctionnent cette violence physique. C’est même une circonstance aggravante de frapper son enfant. Mais les violences psychologiques ont parfois des conséquences plus graves et sont souvent difficiles à diagnostiquer. L’indifférence est une violence passive et c’est souvent la pire qu’on peut faire subir à un être humain. L’enfant n’est ni vu ni entendu, et semble n’avoir aucune existence. On ne lui parle pas. Certains enfants dans cette position d’inexistence en gardent des séquelles physiques, comme le nanisme lié à une carence affective grave.
Mais les violences psychologiques actives telles que les injures, les humiliations, le mépris, la dérision, entraînent aussi des désordres psychiques importants. S’il ne faut pas couvrir son enfant de compliments, il ne faut pas le rabaisser en le traitant de moins que rien, en lui promettant un avenir sombre dans l’exercice d’un métier dévalorisant. Il peut devenir parfois brillant pour contrarier ce pronostic, mais le plus souvent, il se coulera dans cette image négative, condamné à toujours tout rater, avec parfois des fugues, des tentatives de suicide, une dépendance aux drogues.
Cependant, toute punition ne peut pas être considérée comme une brimade et donc une violence. L’enfant a besoin de cadre, de règles, de repères pour se construire. La sanction peut faire partie de cet arsenal éducatif. En aucun cas, elle ne peut être répression. Toute sanction doit se faire dans le calme qui se traduira dans les gestes et la voix des parents, qui peut-être nécessitera un isolement temporaire de l’enfant dans sa chambre pour qu’il se calme et réfléchisse à ce qu’il a fait. La grosse voix du père témoignant de son autorité peut être aussi rassurante. Et puis il y a les interdits qui s’imposent à chacun, non seulement aux enfants mais aussi aux parents, et qui doivent être répétés pour affirmer leur présence dans les nécessités relationnelles.
Certains psychiatres estiment que cette proposition de loi risque de culpabiliser les parents qui se découvriraient comme n’étant pas des parents parfaits. Mais d’expérience, chacun sait bien qu’il n’y a pas de parent parfait. L’éducation ne peut pas être liée à un idéal de perfection. L’éducation est d’ouvrir l’enfant au monde du langage, à l’altérité, à l’expérience relationnelle ondulant à tous les vents, bons ou mauvais. »

Partager

LES DERNIERES ACTUALITES

20/04/2018
Figure de l'entrepreneuriat lyonnais, de la fondation d'Infogrames à son rebond dans la robotique, Bruno Bonnell était très attendu sur les bancs de l'Assemblée. Il a finalement semblé plus discret que prévu jusqu'au buzz provoqué par ses déclarations au Monde début avril. Explications.

20/04/2018
Le documentaire "Pédophilie, un silence de cathédrale” diffusé par France 3 le 22 mars dernier a suscité une nouvelle vague de témoignages auprès de la Parole libérée, l'association lyonnaise qui a révélé l'affaire Preynat. Interview de son président, François Devaux.

12/02/2018

Après Lyon en juin, Mag2 Lyon poursuit son analyse du marché de l'immobilier avec les communes de la métropole. Quelles sont les valeurs sûres ? Quels sont les quartiers qui montent ? Et quels sont ceux à éviter ? Par Hélène Capdeviole

12/09/2016
La Stéphanoise Elodie Clouvel participera à Rio de Janeiro à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais en parallèle de sa discipline, le pentathlon, elle baigne dans d'autres activités. Elle est également gendarme, mannequin et peut-être même future actrice. Une véritable ambassadrice de son sport. Portrait.

20/04/2018
Cet ancien champion de boxe ayant grandi à Vaulx-en-Velin s'est fait une place à coups de seconds rôles dans le cinéma français, s'appuyant sur une plastique d'athlète, une discipline de fer et une capacité à tout interpréter. En 2018, il se retrouve sur le devant de la scène avec la sortie de trois films dont le très attendu Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, où il campe un dragueur insouciant. Rencontre.


Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo