L'utopie Collomb

Date de publication : 07/09/2011

Franchement, on hésite avant d’ouvrir ce petit livre rouge. Un titre bateau “Si la France s’éveillait...” et une signature : Gérard Collomb, pas vraiment une star de la politique. Maire de Lyon, un provincial, même pas énarque ! Absent des grands baromètres qui font l’opinion, socialiste marginalisé au PS... Même quand on est lyonnais et qu’on adore Lyon, on se méfie.
Pourtant, à un an de la présidentielle, il faut lire ce livre, en urgence car il est vrai et solide. Rien à voir avec le manifeste d’un jeune arriviste. On ne trouvera pas dans ces pages des formules clinquantes. Mais une pensée cohérente, une analyse simple, forte.
En plus, Collomb s’attaque à un sacré chantier, “réformer la gauche en profondeur” ! Et sans complexe, il dénonce tous les “tabous” de sa famille politique : rôle de l’Etat, retraites, immigration, dépenses publiques, 35 heures, sécurité, écologie, Europe, cumul des mandats...
Quelques chiffres tombent, arguments choc : l’espérance de vie a pris 15 bonnes années depuis la dernière guerre, la dette publique représente pratiquement l’équivalent du PNB, l’âge moyen du premier CDI (28 ans !), la stupéfiante montée des urbains (75 % de la population en Europe) mais aussi des inactifs... Bref le socialisme ne peut plus fredonner les mêmes ritournelles en comptant sur un Etat providence pour sortir de toutes ces impasses.
Mais Gérard Collomb ne se contente pas d’une simple provocation en interpellant le PS, ses discours “gauchistes” avant les élections et son inertie après. Il propose un chemin différent. Quand il parle de l’entreprise, et notamment des PME, on sent la fibre de l’entrepreneur. D’ailleurs, il se qualifie lui-même d’hérétique à gauche. Intéressant aussi quand cet Européen convaincu (et fédéraliste) propose la création d’un parlement des régions sur le modèle du Bundesrat allemand. Quand il souligne les risques de l’écologie, ses dérives anti-progrès. Ou quand il cite Reagan pour dénoncer l’étatisme. Mais aussi quand, face à l’immigration, il dénonce avec autant de vigueur les partisans du “bunker” que les complices de la “passoire”. Alors que ce franc-maçon affiché consacre de longues pages au catholicisme social et ses grands pionniers, notamment lyonnais.
Ce qui fait la force de Collomb, c’est son ancrage sur le terrain. 40 ans de vie politique laborieuse. Un “militant de la proximité”. Du concret. Une sagesse. Le regard libre, de plus en plus.
Fils d’ouvrier, littéraire, formé à l’université... Il affiche sans complexe la couleur. De gauche, sans réserve, mais réaliste, ouvert sur le monde et ses évolutions. Le plus impressionnant dans ce petit livre rouge, ce sont sans doute les 50 dernières pages. Le maire de Lyon dénonce cet incurable esprit centralisateur, aggravé par Sarkozy, qui écrase les régions et les grandes agglomérations. Pouvoir séculaire et pesanteurs contre créativité et dynamisme. Il plaide alors avec fougue pour une vraie réforme des collectivités locales. En évoquant son modèle lyonnais, ses projets, “l’âme” de cette ville, son objectif de “mixité urbaine” pour mélanger les classes sociales... Mais toujours réaliste, il refuse de plaquer sur chaque territoire une solution uniforme pour privilégier le “sur mesure”. La Lozère n’a rien à voir avec de grandes métropoles comme Lyon.
Gérard Collomb est entré en politique, imprégné de pensée marxiste, comme tous ses camarades du PS. Mais il remet tout à plat en allant à l’essentiel : il ne faut pas “réduire l’homme à sa simple dimension économique”, mais viser plus haut, “sa dimension intellectuelle, culturelle, spirituelle”.
Et à la fin de son livre, il interpelle son ami Dominique Strauss-Kahn : si les socialistes s’obstinent dans leur discours gauchiste, la gauche arrivera au pouvoir sur un malentendu, en porte-à-faux avec la réalité. Ce qui ne peut que provoquer une profonde déception. “Notre ambition doit être de rassembler (largement) pour réformer vraiment”, pour “rassembler tous ceux qui ne se reconnaissent ni dans la droite ni dans la gauche et qui veulent dépasser des clivages (...) hérités du passé”. Ce qui pour lui exige d’abord avant tout du “courage”.
En refermant ce livre, on se surprend à espérer. Si la gauche se reforme, la droite devra, elle aussi, se réveiller. Une utopie bien sûr. C’est assez paradoxal qu’au cœur de ces années bling-bling, les utopies surgissent dans le camp des réalistes. 
“Et si la France s’éveillait...” de Gérard Collomb,
Plon, 216 pages, 19 euros.

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