’Marchés opaques’

Date de publication : 07/09/2011

“Chaque jour qui passe nous donne l’impression que l’Histoire s’accélère au versant sud de l’Europe. Mais au-delà des évolutions politiques, ces pays font face à un défi commun : la dépendance alimentaire vis-à-vis de l’extérieur. Ce défi a pris une ampleur nouvelle depuis 2007-2008 avec la hausse brutale des cours des matières premières agricoles, comme le blé et l’huile, accompagnée d’une forte volatilité. Cela va continuer à court terme puisque la faiblesse des stocks risque de causer ce printemps des difficultés pour faire la jointure avec la prochaine campagne de moisson. Le phénomène touche de façon immédiate les agriculteurs, fragilise les ménages européens, et affecte plus encore les pays en développement.
L’alimentation s’annonce donc comme un des principaux enjeux des années à venir, et même du siècle tout entier, puisque la FAO prévoit que la demande alimentaire mondiale  augmentera de 70 % d’ici 2050, pour nourrir une population qui passera de six à neuf milliards.
Nous faisons face à ces défis immenses qui nous appellent à changer nos pratiques et à nous organiser au niveau mondial. On peut saluer l’engagement fort de la présidence française du G 20, qui place l’agriculture au centre de ses priorités. En juin prochain, se tiendra pour la première fois un “G 20 agricole”. Quelles réponses peuvent être apportées ?
Pour nourrir, il faut d’abord produire, plus et mieux. Nous devons d’abord commencer par augmenter les capacités de production à travers le monde, notamment là où elles font le plus défaut et où réside un potentiel inexploité. Il faut aider chaque région du monde à se doter de vraies politiques agricoles. Je pense à l’Afrique de l’Ouest, dont les pays devraient mettre en place des outils pour gérer ensemble les défis communs : des plans de crise face aux calamités naturelles ou une meilleure gestion de l’eau et des stocks agricoles. Bref, mutualiser comme nous l’avons fait nous-mêmes en Europe. Nous pouvons aussi agir à plusieurs niveaux pour tempérer la volatilité des prix agricoles : sur les stocks physiques, en instaurant plus de transparence sur les stocks existants pour que les marchés jouent mieux leur rôle de formation des prix ; mais aussi en développant des outils de couverture innovants et sûrs. L’on touche ainsi au rôle des instruments financiers. La question de la volatilité des cours m’interpelle directement en tant que commissaire européen chargé des services financiers, car elle interroge le rôle des marchés financiers où s’échangent des produits dérivés agricoles. Les dérivés agricoles ont été créés pour permettre à des producteurs ou des acheteurs de denrées physiques de se couvrir contre une évolution défavorable de leur cours. Or, ces marchés ont littéralement explosé durant la dernière décennie : entre 2002 et 2008, le nombre de dérivés agricoles a été multiplié par trois, et leurs échanges par quatorze ! Cette explosion est largement due à des acteurs financiers sans lien spécifique avec le monde agricole, au comportement “spéculatif”, avec pour seul objectif la rentabilité.
Et cette financiarisation des marchés agricoles est allée de pair avec une plus grande volatilité des prix physiques. Je pense aux prix du sucre, qui ont atteint une volatilité record de 56% sur les 100 dernières séances. Ces deux phénomènes de financiarisation et de volatilité sont trop concomitants pour ne pas être liés. À quel point le sont-ils ? La question mérite un examen approfondi, que nous menons actuellement, mais il est clair que les marchés de dérivés sont trop opaques.
J’ai pris plusieurs initiatives pour y remédier : nous avons déjà créé une Autorité européenne des marchés financiers, et rendu les fonds spéculatifs plus transparents. Nous allons maintenant le faire pour les produits dérivés eux-mêmes, en dissuadant les transactions opaques de gré à gré pour les normaliser et les diriger vers des plateformes de négociations organisées ! On doit savoir désormais qui vend quoi et à qui. Nous allons aussi mieux sanctionner les abus de marché. Enfin, nous allons donner des pouvoirs supplémentaires aux autorités de marché en matières agricoles, en obligeant par exemple les opérateurs à révéler le niveau de positions qu’ils prennent au-delà d’un certain seuil. Ce sont autant de réponses fortes et efficaces qui nécessitent une convergence mondiale, et il est important que la présidence française du G20 les place en tête de ses priorités. L’enjeu en est double : permettre aux marchés de mieux jouer leur rôle au service du monde agricole et des pays les plus pauvres, et permettre à ces pays de réussir leur révolution agricole pour leurs populations. Ainsi seulement, nous pourrons bâtir un monde plus vivable, parce que plus juste..” 

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