’L'école déboussolée’

Date de publication : 07/09/2011

“Rarement l’École française n’a été en si mauvaise posture. Quelques éléments parmi bien d’autres : l’enquête PISA, qui compare les résultats des jeunes de quinze ans des pays de l’OCDE, montre un recul global des jeunes Français, en particulier dans la maîtrise de la langue et l’accès à la lecture ; elle souligne un creusement des écarts entre les bons élèves – issus de milieux favorisés – et les autres, avec un fossé qui ne cesse de grandir entre les “indigènes” et les “enfants de l’immigration” ; elle nous donne aussi à voir des jeunes Français particulièrement stressés, inquiets, manquant de confiance en eux… et qui ne parviennent pas à affronter sereinement des épreuves originales qui font appel à leur inventivité. Ce tableau vient confirmer ce que tous les analystes savent depuis plusieurs années : la France a démocratisé l’accès à son système scolaire, elle n’a pas démocratisé la réussite dans son système scolaire. Et ceux qui, jadis, parce qu’ils étaient laissés à la porte de l’école, transformaient leur exclusion en engagement contre un système injuste, sont aujourd’hui dans l’amertume : on leur a “donné leur chance !”, ils n’en ont pas profité et ils sont donc coupables de leur échec ! Terrible hypocrisie de notre société !
Cette inertie de l’École, cette difficulté à jouer vraiment son rôle de transmission d’une culture commune et d’ascenseur social, est une lame de fond. Elle tient à cet immobilisme bien français qui se crispe sur un passé mythifié au lieu d’inventer son avenir. Mais la situation a empiré depuis que le gouvernement a engagé une mise à mal systématique de l’École : suppression massive de postes qui touche, de plein fouet, les zones les plus difficiles ; disparition progressive de la carte scolaire entraînant inéluctablement la ghettoïsation de certains établissements et l’accroissement de la file d’attente devant les autres ; “discrimination positive” avec l’illusion qu’il suffirait de “faire émerger un Einstein dans les banlieues” pour résoudre le problème des banlieues ; remise en question de la formation pédagogique des professeurs, désormais condamnés à osciller entre la répression et la dépression ; caporalisation de l’institution et de ses cadres qui, loin de garantir la continuité de l’État et ses missions fondamentales, attendent la dernière circulaire comme la parole du messie et font la chasse aux “désobéisseurs” ; bureaucratisation de l’enseignement désormais piloté par ses résultats, testé de manière obsessionnelle et strictement quantitative afin de pouvoir, comme il se doit, “arroser là où c’est mouillé” pour stimuler la concurrence… Et bug au baccalauréat, attendu et inévitable, mais dont on ne tire pas les conséquences les plus élémentaires : repenser cet examen coûteux et pédagogiquement absurde (qui peut défendre l’idée qu’un 13 en physique puisse compenser un 6 en Français ?), inventer des épreuves où il ne soit ni possible ni utile de tricher, lutter conte le bachotage intensif qui fait la fortune des officines de soutien scolaire mais ne forme pas l’intelligence des élèves…
Dans ces conditions, il n’est plus temps de tergiverser : ou bien nous ferons de l’éducation et de l’enseignement une priorité absolue pour notre pays, associant professeurs et citoyens à une vraie réflexion sur ce dont nos enfants ont besoin, ou bien nous courons tout droit vers une “américanisation” du système, réduit à un vaste supermarché scolaire où les parents, devenus “consommateurs d’école”, se contenteront de rechercher, avec leur progéniture, le meilleur rapport qualité / prix.
Tout le monde souffre, aujourd’hui, dans l’école et de l’école. La mode est aux “Grenelle” de toutes sortes. Pour ce qui concerne le ministère de l’Éducation nationale, il est déjà installé rue de Grenelle. Espérons qu’à l’occasion des échéances électorales qui viennent, il soit à la hauteur du nom de sa rue et des espérances qu’il porte. Les chantiers sont nombreux : restaurer la mixité sociale dans les établissements, instaurer la justice scolaire en ajustant systématiquement la dotation des établissements en fonction de la situation sociale des élèves, refonder la formation pédagogique initiale et continue, promouvoir le travail en équipe, revoir les conditions d’évaluation et d’orientation, libérer les initiatives et mutualiser les acquis de l’innovation… et bien d’autres choses encore. Mais rien ne se fera sans une mobilisation qui fera de notre avenir la préoccupation principale de notre présent. Cela s’appelle, tout simplement, faire de la politique. De la vraie.” 

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