Nora Berra, son plan’‰ secret pour Edouard Herriot

Date de publication : 09/01/2012

Restructurer Edouard Herriot est une nécessité ?
Nora Berra : C’est même vital pour cet hôpital. Cet établissement répond à des besoins de santé identifiés dans l’Est de l’agglomération. Il est, depuis la fermeture de l’Hôtel-Dieu, avec l’hôpital de la Croix-Rousse, le seul établissement de centre-ville, facilement accessible pour les Lyonnais. Mais il y a une raison plus affective pour justifier cette restructuration.
Que représente Edouard-Herriot pour vous ?
Edouard Herriot appartient au patrimoine des Lyonnais. Il a tout simplement marqué l’histoire de la médecine lyonnaise. Personnellement, je ne me résoudrai jamais, ni en tant que médecin, ni en tant que ministre de la Santé, à voir disparaître un établissement de cette envergure.
Parce qu’Edouard Herriot est réellement menacé ?
Cela fait 20 ans que cet hôpital doit être réhabilité. Déjà, à l’époque, Michel Noir, un maire visionnaire, prévoyait d’importantes restructurations. Pourtant, rien n’a été fait. Résultat, cet hôpital, qui a été un fleuron de la médecine lyonnaise, périclite. La structure pavillonnaire n’est plus adaptée à une médecine moderne. Et des bâtiments sont dégradés. Avec des patients qui ne se sentent pas rassurés. Au final, l’HEH perd de l’activité.
Comment expliquer cette dérive ?
Je pense qu’il y a eu un manque de vision et d’ambition. On a tenté de mener de front la restructuration de Lyon Sud, de la Croix-Rousse, mais aussi l’ouverture de l’hôpital Femme Mère Enfant. Alors que la situation financière s’est complètement dégradée. Aujourd’hui, c’est même l’asphyxie avec une dette qui s’élève à 920 millions pour un budget de 1,5 milliard !
Un manque d’ambition de la part de Gérard Collomb, président du Conseil de Surveillance des HCL ?
En tant que président du Conseil d’Administration puis du Conseil de Surveillance, il a sans doute sa part de responsabilités. Car il a une réelle influence pour orienter les grandes décisions de cette institution. Mais c’est du passé. Nous devons aujourd’hui regarder devant nous. D’ailleurs, dans le futur projet d’HEH, son rôle sera essentiel et je sais qu’il le prend très à cœur.
En tout cas, sans argent, les HCL ne pouvaient plus s’attaquer à Edouard Herriot ?
Mais je le répète, pour moi, il y a eu un manque de vision à long terme avec des rendez-vous manqués. Pour le plan Hôpital 2007, un dispositif qui permet à l’Etat de financer des projets de modernisation, les HCL ont déposé un projet portant sur seulement 10 millions d’euros ! Quand je suis arrivée au secrétariat d’Etat à la Santé en novembre dernier, nous avons nommé un nouveau directeur général, Daniel Moinard, réputé pour son dynamisme et sa capacité à redresser les hôpitaux. Je lui ai fixé deux priorités.
Quelles priorités lui avez-vous fixées ?
Aller écouter les professionnels sur le terrain. Car je savais que le moral était “dans les chaussettes”. Ma deuxième priorité était justement l’HEH. Et Daniel Moinard a rempli sa mission en me proposant, en septembre, un plan dans le cadre du Plan Hôpital 2012. Avec une ligne directrice forte. Un plan a aussi le mérite d’être soutenable financièrement.
Les grandes lignes de ce projet ?
Des filières de soins ont été identifiées, pour redéfinir l’identité d’Edouard Herriot. L’objectif est de consolider les urgences médico-chirurgicales avec un “Trauma Center” rassemblant l’ensemble des urgences lourdes de Lyon. Puis de développer une filière d’excellence en gériatrie. Il s’agit d’anticiper le défi démographique qui s’annonce avec le vieillissement de la population. Mais l’ambition est également de développer un pôle d’excellence en médecine régénérative, en imagerie et en odontologie. Enfin, on aura la transplantation rénale avec un rapatriement des activités de Lyon Sud. Car avoir deux centres de pointe ne se justifie pas et coûte cher. Bien sûr, on va mettre l’accent sur l’ambulatoire, c’est-à-dire les séjours courts, car c’est l’avenir et une attente des patients.
Le timing de ces restructurations ?
La direction des HCL m’a proposé deux tranches. Pour la première, il s’agit très rapidement, donc selon les variantes, d’ici 2016 ou 2019, de regrouper les blocs opératoires, soins critiques, urgences et imagerie, sur 5 pavillons reliés entre eux. En réservant les bâtiments libérés à l’hospitalisation. Puis, dans un deuxième temps, d’ici 2022 à 2025, de créer un hôtel hospitalier de 500 lits. Donc un nouveau bâtiment remplaçant deux pavillons. Sachant qu’il faut faire attention car certains sont classés.
Le problème, c’est qu’Edouard Herriot est sclérosé par les mandarinats !
Ce projet a été élaboré en partenariat avec les professionnels de santé. Pour éviter les réflexes parfois un peu égoïstes où chacun défend son pavillon, sa spécialité, son pouvoir... Le mandarinat, c’est terminé. Les médecins notamment ont conscience que la santé se modernise, que les contraintes sont fortes, qu’il faut avoir des ambitions, mais des ambitions réalistes. Je pense donc qu’il y a une adhésion à ce nouveau projet médical.
Mais il y a aussi la concurrence féroce du privé dans l’Est lyonnais !
Oui, mais l’HEH a quand même une carte à jouer. Il ne s’agit pas d’être redondant par rapport à l’offre existante, mais complémentaire. C’est d’ailleurs la mission des Agences Régionales de Santé qui doivent répartir l’activité sur leur territoire. Mais Edouard Herriot reste le principal établissement de la région, avec une recherche et des soins de pointe. Donc cette restructuration ne vise qu’à renforcer ses atouts, pour le rendre plus attractif.
Le coût de ce projet ?
80 à 120 millions pour la première tranche, selon les variantes, et 150 pour la deuxième tranche.
Une somme importante, alors qu’on coupe dans tous les budgets santé !
On ne tire pas sur les budgets santé. Les dépenses de l’assurance maladie progressent de 5 milliards par an ! C’est un discours caricatural.
Mais les hôpitaux ont des exigences de rentabilité ?
Mais il n’y a rien de scandaleux à demander une efficience aux hôpitaux. Il s’agit quand même de l’argent du contribuable. En revanche, il ne s’agit pas de moins dépenser, mais de mieux dépenser. Les projets surdimensionnés, plus architecturaux que médicaux, c’est terminé. Tout ça parce que des élus locaux voulaient des établissements pharaoniques... Aujourd’hui, on demande aux hôpitaux d’être à l’équilibre pour mieux se moderniser, embaucher...
Vous allez soutenir ce projet ?
Oui, justement ce plan proposé par la direction des HCL me semble réaliste. Nous rendrons les arbitrages très prochainement sur le projet.
Avec ce projet, vous cherchez à plaire aux Lyonnais dans la perspective des municipales 2014 où vous pourriez vous présenter !
J’espère que les Lyonnais seront contents de ce projet ! Mais pas dans un objectif politicien. Je suis ministre de la Santé. Je veux donc que les professionnels de santé d’Edouard Herriot soient heureux d’y travailler et les patients heureux d’y être soignés. Mon objectif n’est pas 2014, la santé des Lyonnais ne doit pas être un théâtre d’affrontements politiques.

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