’La droite doit s'adresser aux bobos’

Date de publication : 08/03/2012

Au fond, quelle était l’image de Perben à l’UMP ?
Renaud Dely : Sarkozy a toujours été très sévère avec Perben. A l’époque où ils étaient dans le même gouvernement, l’un à l’Intérieur et l’autre à la Justice, ils se lançaient dans des critiques d’une violence inouïe. Sarkozy dénonçait surtout la frilosité de Perben et sa volonté de passer entre les gouttes sans prendre de coup. Pour lui, c’était l’archétype de la droite molle. Un rejeton du chiraquisme finissant.
Pourquoi ces critiques de Sarkozy ?
Pour Sarkozy, Perben est tout ce qu’il ne faut pas être en politique. Exemple, quand ils ont trahi Chirac pour suivre Balladur. Sarkozy l’a assumé, assez bravache. Au contraire, Perben avait le balladurisme honteux. Il rasait les murs.
Comment Perben perçoit Sarkozy ?
Je me souviens de quelques réflexions sur le côté petit nerveux. Sarkozy se moquant au contraire du côté hautain de Perben, car il a toujours complexé par rapport à sa taille.
Mais Perben a forcément eu le feu vert de Sarkozy pour se présenter aux élections municipales de 2008 à Lyon ?
Soit c’était faute de mieux, soit il n’accordait pas une grande importance à la reconquête de Lyon. Sinon, je suis persuadé qu’il aurait trouvé une solution alternative à Perben.
Reprendre Lyon n’était pas une priorité pour Sarkozy ?
On peut douter de la volonté de l’UMP de reprendre les grandes villes, car ce parti semble avoir renoncé à s’adresser aux bobos qu’il méprise ouvertement. Pour ce parti, ce terme est devenu une insulte. Pourtant, c’est une évolution nette de la sociologie urbaine.
Pourquoi ce renoncement de l’UMP ?
Parce que l’UMP a l’impression que pour gagner au niveau national, ils ont besoin de prendre le contre-pied de cette mentalité, en accusant la gauche de trahir les classes populaires et de privilégier les bobos. Pourtant, certaines valeurs de la droite pourraient séduire cet électorat “bourgeois-bohème”, qui se distingue par des revenus confortables et un certain individualisme.
L’échec de Perben à Lyon, comment vous l’analysez ?
J’ai constaté qu’il s’investissait peu dans la campagne électorale de 2007. C’est quelqu’un d’assez suffisant. Avec une certaine morgue, il semblait considérer que son pedigree, avec ses succès électoraux à Chalon et son expérience ministérielle, devait lui assurer son succès face à un Collomb qu’il jugeait terne et fade. Bref, il pensait que Lyon devait lui revenir naturellement. Sans qu’il ait d’efforts particuliers à fournir.
Aujourd’hui, les électeurs préfèrent les élus locaux ?
Oui. Pourtant, pour les élections législatives, les parachutages ne devraient pas poser problème. Un député est d’abord un élu de la nation qui participe à l’élaboration de la loi, avant d’être le représentant d’un seul territoire. Sous la 3e République, les députés pouvaient même se présenter dans plusieurs circonscriptions avant d’en choisir une.
Comment expliquer cette évolution ?
Depuis 20 ans, on constate un repli de l’action politique sur le local. Avec la crise, les élus sont moins ambitieux. Les électeurs préfèrent la proximité et demandent à l’élu de jouer le rôle d’assistante sociale, en le sollicitant pour des sujets très divers. C’est encore plus sensible aux élections municipales. Même à Paris, une ville pourtant sans véritables racines, Delanoë joue le côté élu du cru, alors qu’il vient de l’Aveyron et qu’il s’était parachuté dans le Vaucluse dans les années 80.
Pour reconquérir Lyon, il y a un profil idéal à droite ?
Je ne les connais pas assez pour me prononcer. Mais je crois que pour s’affirmer, un élu lyonnais de droite doit être capable de s’adresser à un électorat urbain, en affirmant sa spécificité et sa personnalité par rapport à l’UMP.
Quel genre de différence ?
Etre capable de tenir des discours plus modernes que l’UMP sur les questions de mœurs, parler du mariage gay, défendre les dépenses culturelles et de loisirs, plutôt que de présenter cela comme du fric foutu en l’air... Ces bobos aisés qui affichent un certain hédonisme pourraient se rallier à une droite déringardisée.
Tout comme Gérard Collomb a pris ses distances avec le PS ?
Oui. C’est un élu de gauche, mais il ne cherche pas à jouer au leader prolétarien. Et il a su s’adresser à ces bobos et, même, ratisser plus large, car il est capable de prendre à rebrousse-poil son propre camp.
L’UMP ne l’a pas compris ?
Elle est coincée dans sa propre logique. Du coup, elle n’en prend pas le chemin. Parachuter Fillon à Paris, c’est même tout le contraire de cette stratégie.
A Lyon, pourquoi l’UMP ne protège pas Havard de ses rivaux ?
Ce n’est pas rare que des directions nationales de partis politiques assurent plusieurs prétendants locaux de leur soutien. En plus, il y a le jeu parfois pervers de Copé. A Paris par exemple, il laisse Dati mordre les mollets de Fillon pour l’affaiblir au niveau national.
Désigner Michel Havard en 2008 pour les municipales de 2014, c‘était trop tôt ?
Non. L’UMP ayant perdu Lyon de longue date, c’était logique de placer un candidat rapidement. Mais cela ne suffit pas. Ils doivent le protéger, le conforter et l’assister, s’ils veulent qu’il ait une chance face à un maire bien installé. Si c’est désigner un candidat pour le balancer ensuite, tout seul dans la plaine, cela rappelle les dessins animés où un type court jusqu’à ce qu’il se retourne et réalise que personne ne l’a suivi. Sous lui, c’est le vide… Et il tombe à pic.

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