Le Merlin lyonnais de Kaamelott

Date de publication : 17/04/2012

Le Merlin de Kaamelott overbooké

 

Pièce de théâtre, one-man-show… Le Lyonnais Jacques Chambon a une actualité particulièrement chargée en 2012. Retour sur le parcours chaotique du célèbre Merlin de Kaamelott. Par NadègeMichaudet

 

 

Jacques Chambon. A première vue, un inconnu. Pourtant cet auteur, metteur en scène et acteur lyonnais a campé pendant des années le rôle de Merlin dans la série à succès, Kaamelott, du Lyonnais Alexandre Astier. Et il a fait rire des milliers de téléspectateurs pendant 6 saisons sur M6 avec ses répliques cinglantes et décalées. Aujourd’hui, Kaamelott, c’est fini. Mais Jacques Chambon a su rebondir: il est actuellement l’un des metteurs en scène les plus en vue à Lyon, avec plusieurs spectacles à l’affiche, cette année. Des pièces forcément déjantées. En février, il sera également sur scène pour son premier one-man-show, "Bilan provisoire”.

Pas de longs cheveux gris ni de barbe tressée, Jacques Chambon a un look passe-partout. Cheveux coupés court, chemise recouverte d’un pull noir, voix calme et posée. Un contraste marqué avec son style d’écriture.

Né en 1962 à Vannes "par erreur”, ce pur Lyonnais a toujours fait du théâtre. Pourtant, une fois son bac en poche, il décide de suivre des études "plus sérieuses”. Sans succès. Il passe 15 jours à Sciences Po et tient un mois en fac de Droit. "J’avais l’impression d’être perdu au milieu de tous ces gens et j’étais incapable d’étudier tout seul” explique-t-il, un brin amusé. Après ces deux tentatives ratées, il décide de se consacrer à sa passion première : le théâtre. Il quitte Lyon pour Paris et suit des cours, 5 h par jour, 5 jours par semaine, pendant 2 ans. Un rythme intense. Mais Jacques Chambon est convaincu qu’il a trouvé sa voie. Pourtant, à 22 ans, quand il décide de revenir à Lyon, c’est un échec. "Je ne connaissais personne dans le milieu artistique, et je ne pouvais pas me faire une place.” Résultat, il enchaîne les petits boulots : commercial, brancardier à l’hôpital Saint Joseph, livreur... Et ses rêves s’éloignent. "A cette époque, j’avais quasiment tourné la page. J’avais malgré tout une petite aigreur en moi chaque fois que j’allais voir un spectacle” reconnaît Jacques Chambon. Sept années sont déjà passées quand un ami lui annonce que la compagnie amateur, Le théâtre 2000, cherche un comédien. Il a 29 ans et décide de les rejoindre en devenant, pour la première fois, intermittent du spectacle. "J’ai rencontré des artistes qui avaient envie de devenir des professionnels comme Thierry Chantrel.” C’est d’ailleurs lui qui va fonder la compagnie Sortie de route, avec laquelle Jacques Chambon travaillera pendant 15 ans. Une compagnie qui propose aussi bien des textes d’Eugène Labiche que "Le Père Noël est une ordure”. Avec trois spectacles en moyenne chaque année. Une situation professionnelle et financière qui reste précaire, mais qui permet à Jacques Chambon de s’épanouir. Même s’il reconnaît aujourd’hui qu’il continuait à lire les offres d’emplois dans le journal, "au cas où”... Une crainte permanente qui va le rattraper en 2005 quand la compagnie Sortie de route cesse son activité à cause de problèmes financiers.

Elvis

Mais cet acharné de travail rebondit immédiatement. La même année, il va collaborer avec le célèbre Roger Planchon qui met en scène "S’agite et se pavane” de Bergman. "J’avais un petit rôle, mais c’était un vrai plaisir de travailler avec lui.” Une rencontre mémorable pour Chambon qui est même un des rares comédiens à oser tutoyer Planchon. Au final, il acquiert rapidement des techniques particulières de mise en scène. Puis il se lance dans le théâtre d’entreprise, "un job alimentaire”. Sa mission : écrire et jouer un spectacle pour des formations ou des séminaires. Des pièces relativement simples qui lui donnent envie d’aller plus loin dans l’écriture. Mais en 2006, il commence surtout l’épopée Kamelott.

Jacques Chambon a rencontré Alexandre Astier en 1996 pour "Poule fiction”. Puis ils sont remontés sur scène ensemble en 98 pour une pièce intitulée "Nous crions grâce” qui reprend des textes de guerre. Les deux hommes deviennent très amis, malgré une différence d’âge de 12 ans. Résultat, quand Alexandre Astier se lance dans le projet Kaamelott, il confie immédiatement le rôle de Merlin à Jacques Chambon. Un rôle écrit sur mesure qu’il tiendra pendant six saisons. Et le succès est immédiat. Une expérience télévisée qui met Jacques Chambon sur le devant de la scène. Mais si cette nouvelle notoriété lui ouvre plus facilement la porte des castings parisiens, le Lyonnais décide de continuer à monter ses propres créations. Sa vraie passion. Et il va enchaîner les pièces : "Ascension pour les fauchés”, "Vidange tardive”... Ou plus récemment "Ta gueule”, où un professeur dépressif d’histoire géographie et un truand en cavale vont se rencontrer dans la clinique de leur psychothérapeute. Deux personnages que tout oppose, mais qui vont devoir partager la même chambre.... Un véritable succès à l’espace Gerson, où la pièce est jouée pendant près de 8 mois, et devrait partir en tournée en 2012. Autre réussite : "Un pt’it coup de blues ?” qui a été présentée en début d’année au Complexe du Rire. Une comédie déjantée, dans laquelle on retrouve un autre comédien phare de Kaamelott, Nicolas Gabion, qui tient le rôle du seigneur Bohort. Mais aussi Damien Laquet, dans le rôle d’un cadre stressé qui va faire une découverte surprenante. Croyant que les bureaux de son entreprise sont vides la nuit, il va tomber par hasard sur un faux Elvis Presley en pleine répétition de son show. Personnages loufoques, situations burlesques... La recette est souvent la même. Mais ça marche. "J’aime le café-théâtre car on peut y faire les choses très vite, avec peu de moyens”. D’ailleurs, ce spectacle lui coûte seulement 1 000 euros. Contre des milliers d’euros en général. "Le plus cher, c’est le costume d’Elvis !” plaisante-t-il. Résultat, Jacques Chambon déborde de projets. Il écrit actuellement le scénario d’une pièce qu’il devrait jouer avec sa femme et se prépare pour son premier one-man-show, "Bilan provisoire” qu’il présentera en février prochain au Complexe du rire. Un spectacle où il passe en revue la bêtise et la médiocrité humaine de l’homme de Neandertal à aujourd’hui. Grinçant. Tout en continuant à intervenir dans les entreprises. Une activité qui lui permet de financer ses propres spectacles et de ne pas dépendre du bon vouloir des producteurs ou distributeurs.

Sentinelles

Mais malgré le succès de Kaamelott et de ses différentes créations, Jacques Chambon doit toujours faire face à de nombreux obstacles. Il a, par exemple, du mal à caser certains spectacles. Comme "Les sentinelles”, une pièce "sérieuse” où il raconte comment des personnages se retrouvent coincés entre les frontières de deux pays qui se détestent et qui pourtant se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Des institutions qui refusent de faire confiance à un comique ? Un passage à la télé mal vu ? Peut-être que ce père de deux enfants souffre un peu de son image "légère”. A moins que sa pièce ne soit pas à la hauteur... Trop décalée. Mais après s’être accroché pendant des années pour réussir à vivre de ce métier, il promet qu’il ne lâchera rien. Et il espère bien pouvoir financer lui-même cette pièce qui lui tient à cœur, pour la présenter au public lyonnais d’ici la fin de l’automne. Il attend aussi secrètement un coup de fil d’Alexandre Astier lui annonçant que Kaamelott va enfin être adaptée au cinéma. Et que Merlin va connaître le même succès sur grand écran. 




Portrait publié dans Mag2Lyon de février 2012
A retrouver dans le Mag2Lyon d’avril 2012 actuellement en kiosque :
, une interview du Stéphanois Bruno Gaccio, chargé de la version française du spectacle "Avenue Q”, Dan Franck interviewé sur son roman consacré à Jean Moulin, Fake Oddity, un nouveau groupe de musiciens lyonnais, l’avis de la rédaction sur le nouvel album de la chanteuse Carmen Maria Vega...

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