Comment les labos inventent des maladies

Date de publication : 17/04/2012

Comment les labos "inventent” des maladies

Il fait trembler les laboratoires pharmaceutiques. Le député PS de Haute-Garonne, Gérard Bapt, a été un des premiers à dénoncer le scandale du Mediator. Ce médecin, qui est né à Saint-Etienne, explique à Mag2 Lyon comment ces labos "inventent” des maladies pour trouver des clients… Propos recueillis par Maud Guillot

Les laboratoires inventent vraiment des maladies ?

Gérard Bapt : Oui, c’est une réalité. Plus précisément, ils transforment certains "symptômes” liés à des problèmes familiaux ou professionnels en véritables "syndromes” qu’il faut traiter bien évidemment avec des médicaments. Ce sont ainsi des millions de médicaments qui sont vendus chaque année pour des "maladies” parfois inexistantes.

Vous avez des exemples ?

Il y a, par exemple, la DSF ou dysfonction sexuelle féminine. Près de la moitié des femmes, avant la ménopause, auraient un problème de désir et d’orgasme. Il a donc fallu trouver une pilule miracle. Mais pour justifier le bien-fondé de ces nouveaux traitements, les labos alertent les médias qui multiplient les articles de sensibilisation. De façon à ce que les femmes réclament ces médicaments. Même chose pour le syndrome prémenstruel, c’est-à-dire les troubles avant les règles, qu’on a tentés de traiter avec des antidépresseurs aux Etats-Unis ! Il y a aussi le cas de l’andropause chez l’homme.

Quel est le problème avec l’andropause ?

Quand l’homme vieillit, il voit certaines fonctions endocriniennes décliner avec, notamment, la baisse de la production de testostérone, accompagnée parfois de fatigue et de moindre appétit sexuel. On a donc eu l’idée de donner de la testostérone aux hommes pour compenser cet effet. Mais on s’est aperçu que cela augmentait les risques de cancer de la prostate.

D’autres exemples ?

Le syndrome du colon irritable, un syndrome un peu psychosomatique, mais très fréquent qui se manifeste par des troubles intestinaux. Un labo a donc engagé une agence de communication pour le transformer en maladie. Mais le produit en question a provoqué des coliques, voire des interventions chirurgicales... Sans parler de la spondylarthrite ankylosante. Une maladie inflammatoire de la colonne vertébrale, qui a fait l’objet d’une vaste campagne de publicité, visant tous les gens qui ont mal au dos. Alors que cette maladie est rare, 1 personne sur 1 000. Mais les labos utilisent aussi un autre moyen pour développer leur clientèle.

Quel moyen ?

C’est l’adaptation des constantes considérées comme normales : tension artérielle, cholestérol et glycémie. L’objectif est que de nouveaux malades soient concernés par leurs traitements. Exemple : le taux à partir duquel on est traité pour le cholestérol baisse régulièrement.

Mais c’est peut-être dans l’intérêt des patients ?

Ce n’est pas prouvé du tout ! Pour les statines, qui sont censées réduire le risque cardiaque, en faisant baisser le taux de cholestérol, aucune étude ne montre que la prise systématique agit en prévention. Sauf dans les cas d’une hypercholestérolémie majeure familiale. On considère même que la moitié des patients sous statines n’en a pas besoin ou n’a pas bénéficié de conseils d’hygiène simples par lesquels on doit pourtant commencer : perdre du poids, faire du sport...

D’autres exemples ?

L’hypertension artérielle. On essaie de nous faire avaler la notion de la "pré” hypertension artérielle. Dès qu’on passe 13 de maxima et 8 de minima. Ce qui représente des milliers et des milliers de patients. Les labos s’appuient sur des études qui disent que les "pré” hypertendus ont plus de risques de devenir hypertendus. Donc qu’il faut les traiter ! Parfois à vie. Ce qui coûte des millions à la sécu.

Mais si des études scientifiques prouvent une baisse de risques pour le patient ?

Oui, mais ces études sont commandées et financées par les firmes pharmaceutiques ! D’ailleurs, la Société Européenne de Cardiologie a démenti cette notion de "pré” hypertension. Malheureusement, il arrive que ces données envahissent ces fameuses sociétés savantes. Des sociétés savantes qui ont parfois des liens d’intérêt avec des labos, voire de la complaisance. Mais qui peuvent aussi se croire indépendantes.

Les laboratoires n’ont donc aucun scrupule !

Mais après tout, ce sont des industriels. Ils ne font que leur travail en essayant de vendre des médicaments. Et ils font effectivement beaucoup de lobbying. Mais ce sont les médecins qui sont responsables de leurs prescriptions.

Donc les médecins ne sont pas assez exigeants ?

Le problème, c’est que toutes les études sont fournies par les laboratoires pharmaceutiques. Sans véritable contre-expertise des autorités publiques. Ensuite, les médecins, qui ont peu de formation continue, peuvent être influencés par les visiteurs médicaux. Enfin, les patients eux-mêmes sont de plus en plus exigeants. Avec ces campagnes de communication, on crée des attentes et des inquiétudes auxquelles on doit apporter des réponses médicamenteuses. 




Interview publiée dans Mag2Lyon de février 2012

A retrouver dans le Mag2Lyon d’avril 2012 actuellement en kiosque :Allergie, les conseils d’un pédiatre
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